CICERON OPPOSE AUX EPICURIENS
II'
Théorie (VEpicure sur la flccUnaison des atomes garantissant
la liberté de Vhomme.
Selon Cicéron les causes déterminantes sont la volonté el
le désir. Violation de Vharmonie de VUnivers. Théorie de Lucrèce sur V ordre.
I.) Les Epicuriens ont inventé la théorie du clinamen non seulement comme conception de la création du monde, mais aussi pour garantir la liberté humaine. Epicure pensait que si les atomes tombaient parallèlement et avec une vitesse é^ale dans le vide, ils ne sauraient se rencontrer et par suite la formation de tout monde ou de tout corps serait impossible ; il inventa donc le clinamen : les atomes en tombant s'écartent faiblement de la ligne droite et se rencontrent rendant ainsi possible la création du monde ; cette déclinaison des atomes leur servait aussi à affranchir l'action humaine d'une tutelle divine. Au nom de la liberté individuelle, les Epicuriens repoussaient en effet la Providence, la Divination et le Destin, car ces trois conceptions de la
philosophie stoïcienne soumettent l'homme aux lois divines et lui ôtent toute possibilité de rester libre et de suivre sa propre volonté.
C'est à Démocrite qu'Epicure a emprunté sa théorie de la formation du monde par les atomes que la pesanteur met en mouvement. Cicéron reproche à Epicure d'avoir gâté la philosophie de Démocrite en y ajoutant la déclinaison nécessaire à la rencontre des atomes (i).
Cette théorie de leur déclinaison brouille, selon lui, l'harmonie de l'univers (2) et suivant la croyance admise par les Académiciens il estime que la volonté et le désir sont les facteurs nécessaires à l'harmonie de l'univers ; en admettant la déclinaison des atomes libres et n'obéissant à aucune loi, on arrive à l'incohérence, aucun corps ne pouvant se créer dans un tel désordre.
II.) Dès leur point de départ les Epicuriens se heurtaient à l'impossibilité. Ils continuaient néanmoins à croire à une contingence universelle et se refusaient à admettre dans leur philosophie les causes finales, une Providence supérieure, ou des Dieux qui dirigent le monde selon l'enchaînement éternel des choses. La formation du monde, la possibilité des harmonies en dehors de la finalité et du déterminisme nous sont présentées et expliquées par Lucrèce dans son poème du « De Natura Renim ». Il pose comme agents principaux le temps et la multiplicité des combinaisons ; selon lui, les atomes n'ont pas réussi d'un coup à former des corps ou des composés solides, stables et harmonieux ; ils n'arrivent à la création parfaite qu'après une suite d'essais,
(i) De finibus. I. 6. 21.
(2) ibid. I. 6. 2g.