‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 48 sur 68 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Cicéron le suppose dans la nature même (i) ; il nous fait comprendre qu'il ne faut pas chercher une cause extérieure aux mouvements volontaires de Tàme, car sa nature même, implique qu'il dépend de nous et que c'est en nousmême que nous devons en chercher la raison ; il affirme que le mouvement n'est pas engendré par la fatalité.

C'est la critique de la doctrine d'Epicure ; il n'admet pas sa théorie des atomes n'obéissant à aucune loi et ne trouve la cause du mouvement que dans la nature ellemême.

II.) On sent toutefois, en ai)profondissant le « De Fato » que Cicéron penche beaucoup plus vers l'Epicurisme que vers le Stoïcisme.

C'est avec modération qu'il raille les premiers et combat leurs doctrines ; mais il ne pardonne rien aux seconds, et les accable de ses critiques et de ses sarcasmes. Au Chapitre X, il se montre plus favorable à Epicure qu'à Chrysippe quand ce stoïcien affirme que le destin préside à tous les événements du monde : « Hic primuni miJii libeat adsentiti Epiciiro et necjare omneni cnuntiationein oui veram esse aut falsam. Eani plagani potins acclpiani quam fato omnia fieri conprobem » (2).

Cette préférence déjà marquée se précise encore dans ces mots : « llla enim sententia habet aliquod disputationis, haec vero non est tolerabilis » (3) (insoutenable) et il est à remarquer que dans ses précédents traités, le « De natura deomm », le « de Divinatione », le « de Fato », malgré certaines

(1) De Fato XI. & XX.

2) De Fato X.

(^3) ibid. X.

divergences d'opinions, on rencontre des traces de cette préférence pour Epicure. Dans le « de Finibus » (i) notamment Cicéron fait dire à Torquatus qu'il démontrera que plusieurs erreurs de la philosophie de Démocrite ont été relevées et

corrigées par Epicure.

La doctrine du fatalisme, chère aux stoïciens conduit au despotisme ; le libre arbitre des épicuriens, au contraire,

favorise la liberté.

Il est donc permis de penser que Cicéron ami lui-même de la liberté pour les citoyens et la République pencha plutôt vers ces derniers.

En terminant ces observations sur le « de Fato » je conclurai que Cicéron au lieu de se tenir comme dans les ouvrages précédents, à égale distance des deux philosophies opposées s'y montre nettement l'adversaire du stoïcisme qui soumet à la loi du destin l'existence humaine et laisse percer toute sa préférence pour i'épicurisme qui l'affranchit au contraire de loul fatalisme physique et moral, et lui assure toute sa liberté et sa dignité. Je cite à ce propos l'opinion d'Arthur Schopenhaucr : « Cicéron expose clairement la question du libre arbitre dans le livre « de Fato n (10,17)- Le sujet de son ouvrage le conduit d'ailleurs très facilement et très naturellement à l'examen de cette dilficidté. Cicéron est personnellement partisan du libre arbitre » (2).

ïhiaucourt dit de son côté que Cicéron dans le « de Fato .. tourne presque tous ses efforts contre la doctrine des stoïciens : « Dans le .< de Fato » il mentionne et critique le clinamen d'Epicure ; mais ce n'est qu'en passant ; il tourne

(1) De Finibus, I. 8. ag. -.^.

(2) a: Schopenhauer. Essai sur le libre arbitre, chapitre IV.

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