TROISIEME PARTIE
riens, il les traite avec une violence extrême ; mais son disciple, Marc-Auièle, stoïcien aussi, plein des mêmes idées et des mêmes croyances, se retourne de nouveau, comme à regret, vers Epicure et le prend pour modèle » (i).
Non seulement la philosophie d'Epicure a trouvé beaucoup d'admirateurs chez les anciens, mais elle a compté nombre de partisans modernes.
Au XVII* siècle, Tabbé Gassendi s'en fait l'apôtre en France, et Hobbes l'a appuyée en Angleterre de tout son génie. Présentées par eux les théories épicuriennes ont trouvé une force nouvelle et leurs adeptes se sont encore multipliés par la suite.
Spencer et Darwin les ont appropriées aux lois qui, d'après eux, régissent l'univers.
En ce qui concerne Voltaire, notamment, l'un des plus grands adversaires de la religion chrétienne, un des premiers ayant proclamé la liberté de conscience et la loi de nature, voici en quels termes, G. Lanson apprécie son épicurianisme : « L'irréligion de Voltaire n'est pas fondée exclusivement ni même primitivement, comme chez Fontenelle, sur la foi dans la raison et sur le principe de la science. Elle procède de sa nature avide de jouir, et que toutes les défenses de jouir révoltent. Voltaire est d'abord l'héritier de la tradition épicurienne qui, depuis le xvi" siècle, et à travers le xvii% défend l'instinct et la volonté contre le christianisme. Une religion qui gêne la nature, qui attache le péché au désir et au plaisir, lui fait l'effet d'un monstrueux non-sens » (2). Empruntons à la consciencieuse étude de Guyau sur
(i) Guyau, La morale d'Epicure. p. i3.
(2) Lanson. Histoire de la littér. française.
LA DOCTRINE DE CICERON
l'Epicuiisme ancien une preuve de l'influence que cette doctrine a eue sur les écrivains modernes qui en ont adopté les tendances : « L'épicurisme, si puissant dans l'antiquité, a repris de nos jours assez de force pour dominer successivement chez deux des plus grandes nations de l'Europe : en France, avec Helvétius et presque tous les philosophes du xviii* siècle, en Angleterre avec Bentham et l'école contemporaine anglaise. Tous les penseurs de l'Angleterre sauf de rares exceptions lui appartiennent maintenant, et son influence en notre pays même, restée considérable depuis le siècle dernier, tend à s'accroître en face du stoïcisme de Kant et de son école » (i).
Cette influence manifeste d'Epicure tant sur les anciens
que sur les modernes, est aussi bien apparente dans l'œuvre de Cicéron et ses différents traités en fournissent mainte preuve.
in.) S'il a réfuté la théorie épicurienne de la formation du monde la conception personnelle qu'il donne s'en écarte cependant bien peu. Cette nature qui s'engendre d'ellemême et sans intervention divine n'est-elle pas bien plus proche de la doctrine des Epicuriens que de la nature comme la comprenaient les stoïciens ?
Pour expliquer la création, Epicure n'admet que deux facteurs nécessaires et suffisants : des atomes et le vide ; les atomes incréés, éternels, innombrables, se combinant de mille façons suivant les propriétés opposées des corps, dans le vide infini. Le monde est un composé de ces éléments régis par des lois purement mécaniques, entre autres la déclinaison arbitraire en dehors de toute intervention divine
(i) Guyau. La morale d'Epicure p. i3.
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