‹ La critique religieuse chez Cicéron [microform]Chapitre 53 sur 68 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

qu'il nie formellement : « Que si l'on demande quelle est la cause active ou efficiente du mouvement des atomes, il n*y a rien à répondre de plus : cette cause existe en eux-mêmes.

En général, il est vrai, nos yeux n'aperçoivent que les mouvements communiqués par une impulsion étrangère et les animaux mêmes qui se mettent en mouvement sur l'ordre d'un agent intérieur qui est la volonté, les animaux, disons-nous, ont presque toujours l'air d'obéir à une influence extérieure. Il n'en est pas moins vrai qu'il existe deux espèces de forces motrices : les causes externes et les causes internes ; et par suite, deux classes de mouvements, les mouvements communiqués et les mouvements intrinsèques ou spontanés. Les corps qui possèdent en eux-mêmes cette force latente s'appellent en grec : autokinetes. Ce mot est heureux ; il exprime à merveille la plus belle propriété des animaux, et celle qui donne aux atomes la puissance d'engendrer le monde » (i).

Le même auteur ajoute : « Il est donc clair que la nature seule, ou si l'on veut, le hasard a fait le monde » (2). Même les désirs et les passions sortent de la nature elle-même : « Dans la théorie épicurienne ce vœu universel de tous les êtres en faveur du plaisir résulte de la nature même des choses » (3) .

IV.) La nature est une puissance créatrice, dit Lucrèce : « Renim natura creatrix » (4) ou elle est une puissance dis-

(1) A. de Grandsagne (Préface sur Lucrèce). (3; ibid.

(3) ibid.

(4) De nat. rerum. I. 628.

LA DOCTRINE DE CICÉRON

iincie des êtres qu'elle contribue à former, puissance d'organisation et d'élaboration :

« Unde omnes natura creet res, auctet, alatque ; quove eadem nirsum natura perempta resolvat » (i), ou elle est un gouvernement supérieur : « Natura gubernans » (2).

On voit combien il y a d'analogies entre Lucrèce et la philosophie naturelle de Cicéron. Cette puissance créatrice capable d'engendrer le monde, cette force motrice naturelle, ce vœu universel et ce hasard dont parle A. de Grandsagne, ne les retrouve-t-on pas dans Cicéron ?

Pour lui, comme pour Epicure, la divinité n'intervient pas dans la formation du monde, la nature possède en ellemême la force qui la dirige et la renouvelle. Voici comment il s'exprime en parlant du mouvement des corps célestes : « Sed non omnia, Balbe, quae cursus certos et constantes habent, ea deo potius tribuenda sunt quam naturae » (3).

A la doctrine des stoïciens sortie de la bouche de Chrysippe jugeant d'une manière naïve que le monde est la maison des dieux parce qu'une belle maison est à ceux qui en sont les maîtres, Cotta répond dubitativement sur ce point : « Ita prorsus cxistimarenh si illum aedificatum, non, quem ad modum docebo, a natura conformatum putarem » (4).

Pythagore a cru que le monde formait un concert harmonieux. Mais Cotta affirme que cette harmonie universelle n'est qu'un effet de la nature et non une œuvre divine ; de même que notre parole est un chant terrestre seulement. Suivant lui la nature se crée elle-même : « Naturae ista

(i) De nat. deor. I. 5i.

(2) ibid. V. 78.

(3) ibid. III. 9.

(4) ibid. III. 10.

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