Allgem. Weltgesch. fur aile Stœnde. II. L., p
l'inviolabilité dks traités. 40
subjuguer les Croates; que Kajuk, devant qui toutes les nations fléchissaient avec stupeur, rencontra une défense tellement opiniâtre et tellement héroïque que la plupart des villes et des places fortes finirent par triompher de ses attaques; que le roi de Hongrie et de Croatie, Béla IV, fugitif, épuisé de forces morales comme de forces physiques , sans ressources d'aucune sorte, se réfugia, avec un certain nombre de magnats hongrois, suivis de leurs femmes, chez les Croates à Agram, où il attendit que les Mongols eussent traversé la Drave ; qu'une multitude innombrable de Croates, de l'un et de l'autre sexe, et de tout âge, suivît le roi à Spalato vers la mer qui allait devenir bientôt un champ de bataille aussi bien que la terre, et qu'elle ne céda aux Mongols le territoire de la patrie qu'en versant à chaque pas le plus pur de son sang pour protéger la retraite et la concentration du reste de la nation sur les bords de l'Adriatique ; tandis qu'une autre multitude se jetait dans les villes de Traw, de Fiume, de Buccari, de Zengh, de Zara et de Grobnik, s'y organisait solidement et y formait des armées assez considérables pour concourir efficacement au grand, but de la délivrance nationale; qu'une lutte suprême s'engagea dès lors entre les Croates et les Mongols ; que la rage des barbares s'exerça inutilement contre Clissa et Traw, forteresses nationales, et dans les vallées de Vinodol et de Zengh ; que les Mongols, défaits à Spalato et taillés en pièces dans les champs de Grobnik, furent poursuivis jusqu'à Krkaet Bresca, villes autrefois croates, mais aujourd'hui englobées dans la Styrie et dans la Carniolie ; que les Croates noriques achevèrent de les exterminer dans leur fuite ; que Béla IV rentra dans la Hongrie eru triomphateur, accompagné des seigneurs croates et de toutel'armée victorieuse, dont la présence put seule rassurer un. peuple que les barbares vaincus avaient réduit naguère à la situation la plus affreuse, et qu'enfin ce monarque, jaloux de récompenser royalement tant de hauts faits auxquels il devait le salut de ses États, concéda sur-le-champ à la noblesse croate, ,
aux villes, à certains districts et aux communautés religieuses de toute la Croatie des diplômes, des donations et des privilèges destinés à transmettre aux générations les plus reculées l'impérissable souvenir de leur héroïsme patriotique.
On a célébré dignement dans l'histoire la bataille de Poitiers et celle de Vienne, remportées contre les Sarrasins ou les Turcs par les Français de Charles-Martel et par les Polonais de Sobieski, à près de mille ans d'intervalle; c'était éminemment juste, puisqu'elles sauvèrent l'Occident d'un immense péril ; car les barbares, venus de l'Orient , après avoir subjugué une partie de la civilisation, se proposaient d'étouffer, dans le continent, par la dévastation et une conquête fatale, toutes les divines semences du christianisme. Mais la destruction des Mongols par la nation croate, qui est peut-être l'événement le plus remarquable de l'histoire européenne, a été passée sous silence ! Et pourtant , les Mongols avaient un caractère encore plus épouvanlablement sauvage que les Sarrasins et les Turcs, puisqu'ils se proposaient d'anéantir à la fois tous les divers buts du monde civilisé. Ici, la nation croate se transfigure donc, d'une manière vraiment extraordinaire, dans la grandeur de sa mission. En combattant pour ses propres foyers, elle verse son sang pour toute l'humanité; en triomphant pour elle-même sur tant de champs de bataille, elle conquiert l'indépendance de tous les États chrétiens sur l'ennemi commun du genre humain; elle garantit Tordre matériel et l'ordre moral dans la civilisation ; elle devient enfin le peuple sauveur par excellence, dans un temps où les périls et les alarmes que la barbarie fait courir à la chrétienté frémissante se renouvellent sans cesse, comme si la Providence doit ici-bas se trouver toujours aux prises avec le destin.
Jamais plus grand dévouement ne provoqua une ingratitude plus grande. Ce n'était pas assez que les Allemands prétendissent avoir fait fuir les Mongols par le seul bruit d'une expédition qu'ils devaient diriger contre eux, tôt ou tard , pour disputer
l'inviolabilité des traités. SI
aux Croates la gloire splendide qui leur est décernée par l'histoire impartiale, il fallut encore que, quelques années avant la révolution de 1848, la nation croate ayant voulu élever un simple monument aux héros de cette lutte gigantesque dans les plaines de Grobnik, il se rencontrât parmi les possesseurs de ces champs aujourd'hui stériles en toutes choses , autrefois si fertiles en tout genre de grandeurs, un Hongrois, plein de petitesse et de vanité, qui refusa même de céder ou de vendre la place d'un tombeau vide, comme si son nom magyare eût pu être souillé par ce témoignage vivant de l'héroïsme croate ! Mais qu'importe un monument de pierre ou de marbre ! Ne . s'en élève-t-il pas un autre plus grand, plus solide, plus durable surtout, et plus digne de notre noble patrie, au fond de la conscience universelle? Celui-là du moins, les Allemands et les Hongrois auront beau en être sottement jaloux, ils ne parviendront jamais à le détruire ; car il doit toujours exister, Dieu l'ayant lui-même élevé en l'honneur des Croates, pour rappeler aux générations futures qu'ils ont sauvé l'Europe, c'est-à-dire son œuvre immortelle! Et c'est ce que l'auguste témoin, Béla IV, roi de Hongrie et de Croatie, a le mieux tracé dans un document public adressé à toute la chrétienté, en reconnaissant : « Quod cum humani generis sordidis sceleribus prœvalentibus, multitudo inestimabilis rabiot gentis Tartaric*:, per climata totius Rcgni Nostri perfusa... severrime ulciscendo fuisset... Undique ut muro obstructo... ut nec antea procederc et nec... fugerc poteramus... more Raclielis... suspiria fundebamus, Kyrie Eleison et Protector Noster De us! gementes exclamabamus. . . ubi annotati fidèles nostri, reverissimc, tanta Nobis et Regno Nostro ac sacrée nostri Corons fidelissima exhibuerunt obsequia quantum Caput Nostrum Regium prœvalcbat, quœ licct pro tedio legentium misimus silentio, sed quantum totius Christian*: religionis una valuit Zona 1 . »
1. Voir au n° 1 de l'Appendice le diplôme de Béla IV, aiusi que les autres pièces historiques servant de base et de justification à notre récit.