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échapper que les mercenaires allemands, envoyés par lui, exerçaient de plus grands ravages en Croatie que les Turcs euxmêmes, en attaquant les castels des gentilshommes, en saccageant les humbles demeures des paysans, en se livrant à toute sorte de crimes soit contre les propriétés soit contre les personnes et en dévastant le pays. Si le roi ne voulait ou ne pouvait remédier à ces calamités, les nonces étaient chargés de déclarer publiquement que la nation se réservait de faire ce qu'il lui conviendrait le mieux, qu'elle repoussait hautement la responsabilité des événements, devant Dieu, le roi, la Hongrie et toute la chrétienté 1 .
Les nonces, en accomplissant une pareille mission, excitèrent aussi le mécontentement des Magyares et les poussèrent à tenter quelque chose en leur propre faveur. C'était leur rendre service ; car ils étaient tombés dans une telle apathie, qu'ils ne donnaient depuis longtemps aucun signe d'existence nationale. Et pendant que la diète hongroise délibérait sur les lamentations des Croates, Rustan, beg de Petrinja, dévastait et saccageait pour ainsi dire tout le pays jusqu'aux environs d'Agram. Ce ne fut que la diète d'Agram qui prit une détermination énergique (22 avril 1593) dans le but de délivrer la Croatie, en ajoutant une nouvelle page héroïque aux annales de cette malheureuse nation 2 .
Effectivement, Hassan, pacha de Bosnie, avait envahi le territoire national avec une armée de trente mille hommes pour s'emparer de Sissek, confié à la bravoure de deux chanoines, B. Jurak et Mathias Fintiç. Le ban Erdôdy s'empressa de porter secours aux assiégés. Une bataille terrible s'engagea sous les murs de la forteresse, et la victoire se déclara bientôt en faveur des Croates. Les Turcs, mis en pleine déroute, abandonnèrent leur camp, deux mille chevaux, tous leurs étendards et leurs approvisionnements ; ceux qui fuyaient le champ de