‹ La Croatie et la Confēdēration italienneChapitre 43 sur 101 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

DBOIT PUBLIC DES CROATES DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULES JUSQU'A LEUR UNION AVEC LES MAGYARES.

Les Croates appartiennent à la grande famille des peuples slaves*. Leurs institutions nationales et politiques furent, dès l'époque la plus reculée, entièrement analogues à celles de toutes les autres sociétés de race slave, c'est-à-dire libérales. Suivant le témoignage des écrivains romains, la forme primitive de leur gouvernement était ochlocratique et républicaine 2 ; plus tard elle devint démocratique et bientôt aristocratique , l'État se trouvant divisé en zsupanies (départements), dont le chef zsupan dirigeait les affaires locales et internationales'. Mais, lorsque les barbares inondèrent l'Europe, les Croates, trop

1 . Certains journaux français n'ont pas craint de dire que les Croates descendaient des Huns. Il serait à désirer qu'on parlât plus raisonnablement de cette nation opprimée par l'Autriche; car elle se croit digue de toutes les sympathies de l'Europe civilisée.

2. « Sclavinorum nationes, non ab homine aiiquo uno, sed ab antiquo plebeia, communique liberlate vivunt, et idcirco res ouines, quœ vel utiles, vel forte difficiles, ad commune consilium deferuntur. » Procopius, de Bello yothico, liv. 111. L'empereur romain Maurice ajoute : « Sclavorum gentes etAntum... libertatem colunt, nec ulla rations ad serviendum vel parendum persuadentur. » De Strategico, lib. XI, c. 5.

3. « Principes, ut aiunt. hœ gentes non babent... prœter supanos senes.» Const. Porph., De Adm.lmp.,

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longtemps courbés sous le joug des Avares, comprirent bientôt qu'ils devaient se donner d'autres institutions et un chef suprême, première expression du principe de l'unité nationale, qu'on essayait de constituer à l'état de dualisme, dans un but d'affranchissement et de liberté. En effet, Constantin Porphyrogénète déclare que le chef suprême des Croates de Pannonie et d'illyrie envoya ses nonces chez le prince des Croates de Dalmatie, « amicilùe ergo *. » Bien que partagée en deux États, liés par des légations réciproques, toute la nation se trouvait plus ou moins concentrée sous une forme monarchique.

Toutefois, cette situation était encore trop vicieuse pour être durable. Car, entourés de peuples d'autant plus puissants que, chez eux, l'unité nationale avait atteint son expression définitive, les Croates ne purent résister aux Allemands franconiens, précisément parce qu'ils étaient divisés en deux corps politiques, ce qui était l'unique motif de leur faiblesse. Ils le comprirent si bien, qu'à peine eurent-ils secoué le terrible joug de la conquête franconienne 2 , ils résolurent de ne plus former qu'un seul corps de nation politique et de société civile, sous l'autorité d'un chef suprême national 3 qui s'appela d'abord Duc, ensuite, Roi des Croates, « Dux, Rex Croatorum. » Et plus tard , quand les villes restées soumises à l'empire romain oriental et désignées sous le nom de Dalmatie, eurent accepté la domination des souverains croates, ceux-ci prirent le titre de

1 . « At a Chrobatis qui in Dalmatium vénérant, pars quœdam secessit, et Illyricum occupavit atque Pannoniam. Habebantque etiam îpsi principem supremum, qui ad Chrobatiœ tanlum prineipem amicitiœ ergo legationem mittebat. » De Adm. Imp. t cap. 30.

2. Sous « Ljudewit. Dux inferiorîs Pannoniae. » Eginhard y ad ann. 818.

3. Et dès cette époque, selon le témoignage de l'empereor romain Const. Porphyrog., la puissance matérielle et militaire de l'État croate prit un degré très-respectable. Voici ce qu'il a dit à cet égard : a Exhibetque (la Croatie baptisée) equitum sexaginta, peditum centum mil lia ; et sagenas octuaginta, conduras centum; quarum illee quadruginta viros habent, hrc (condurae) viginti... » c'est-à-dire 5,200 marins.

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rois des Croates et des Dalmates, « Rex Croatorum, Dalmatinorumqm. » Malheureusement, ils étaient électifs au lieu d'être héréditaires, car il y eut bientôt autant d'intrigues dans l'État que de partis dans la société.

En général, les Slaves aimaient à vivre de la vie publique, selon les principes d'une large liberté. Aussi, en monarchie représentative comme en république, ces Formes politiques ontelles toujours été conservées parmi les Croates, qui n'ont jamais sacrifié le pouvoir limité au pouvoir absolu. Effectivement, le plus ancien document historique nous montre, dès l'an 837, le premier duc de la nation, Trpimir, consultant le conseil de tous les supans au sujet d'une fondation pieuse qu'il ne voulait ou qu'il ne pouvait juridiquement constituer qu'avec l'approbation formelle des représentants légaux du pays 1 . Une foule d'autres témoignages attestent le respect des rois pour la représentation et la constitution nationales. Cresimir le Grand en fait foi dans son privilège de l'an 1067 2 . Zvonimir, son successeur, réunit à Tinin une diète fort nombreuse 3 , et Etienne II,

1. « Ego ... Tirpimirus Dux Chroatorum... commune consilium meis cum omnibus zupanis construxi mouasterium, etc.. »

2 « Amio Dominiez Incarnations 1067... Ego Cresiarir, Rex Croatiae et Dalmatiae, faudntione Ducis Nostri Stcphani, c^eterorumqub Croate Comitum, etc. » Sous ce glorieux prince national de la dynastie des DrzislaweSy la Croatie atteignit le comble de sa puissance tant sur terre que sur la mer. Voici le témoignage de Fessier, qui nous fait connaître le caractère de ce grand roi : « Um dièse Zeit herrschte in Croatien (1 056-1078) Cresimir Petrus, ein grosser Mann in seinem Volke, tapfer im Felde, staatsklug daheim, yottseliy im Gemùthe und in (1er kirchlichen Einrichtung seines Laudes. Dièse vereimgten VorzOge setzteu ihn in den Stand, sein Reich zu Lande uno zu Wasser betr.echtlich zu erweitern... Er selhst nannte sien KOnig der Kroaten und Dalmatiner (wegen der griechischen Seestadte, die ihn anerkaunten). » Fessier, Gesch. der Ung. und ihres bands, I. Th., p. 122.

3. « In eo Zviuimirus approbantibus epis. et proceribus rbgri, firmas ratasque esse jussit omnes donationes et immunitates quas Cresimirus Petrus adinodum libcraliter contulerit. » Farlatus Illyr. Sacr. y tom. III, pag. 157.

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dernier souverain national, rendit un solennel hommage aux principes libéraux consacrés par les lois autant que par l'usage ' .

Mais bien que la nation croate eût conservé intacte sa liberté intérieure comme son indépendance extérieure, on y vit peu à peu l'élément aristocratique se substituer à l'élément démocratique au sein de sa propre représentation politique. Entourée de l'empire romain oriental et occidental, elle ne put se dérober entièrement à l'influence sociale et civile des Étals qui en dépendaient sous un titre ou sous un autre. La petite noblesse, la bourgeoisie proprement dite et le peuple furent, à vrai dire, supplantés dans l'État par la haute aristocratie, qui profita seule de cette révolution. Elle s'accomplit surtout sous l'influence de la féodalité allemande qui réagit puissamment sur les destinées de la société croate, considérée dans son esprit organisateur comme dans sa forme constitutive.

Tel fut l'état général des personnes en Croatie jusqu'à l'époque où la nation, livrée aux divisions les plus implacables toutes les- fois qu'il s'agissait de faire un roi, s'imagina qu'elle pourrait rétablir l'unité en elle-même par l'élection d'une dynastie étrangère, après l'extinction de la dynastie nationale des Dcrzsislaves, pour éviter désormais les horribles luttes civiles qui éclataient à chaque interrègne.

Résumons-nous :

Le gouvernement croate était donc-à cette époque une monarchie élective, limitée par la représentation aristocratique — Procercs et nobiles — et concentrant toute la puissance publique au sein de la diète nationale, où les villes étaient largement représentées 2 .

]. « Stephanus nutu Dci Chrobatorum et Daluiatiaorum Rex... Cum omnipotentis Dei pietas me... patruum, avum, proavumque solio in regio om- Hwrs Chrobatle et Dalmati.£ kobilibits collaudantibl's cxaltaverii honcre, etc. » Farlatus.

t. « Auno siquidem 1087 habitas est conventus Tinninii... sano frequeutissimus. . . » Ibid., I. c.

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L'État social de la Croatie se composait de quatre éléments principaux : la haute aristocratie, « Comités, Bani, Zupani, » la noblesse, les bourgeois et le peuple.

Il est donc permis d'en conclure que la société civile croate, n'admettant ni l'absolutisme gouvernemental, ni l'esclavage de l'individu, représentait dans le monde, avant l'union des Croates avec les Magyares, un État chrétien parfaitement or-

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