CHAPITRE II
UNION DE LA NATION CROATK AVEC LA NATION MAGYARE DANS LA PERSONNE D'UN ROI COMMUN (UNION PERSONNELLE].
Ce n'est pas après la mort de Zvonimir, comme les historiens hongrois voudraient nous le faire accroire , mais c'est après celle du dernier roi national, Étienne II, que Ladislave, roi de Hongrie, profitant des luttes civiles qui venaient d'éclater à l'occasion de l'interrègne, et se croyant lui-même Arpâd ou Zoltan, résolut d'envahir la Croatie, et principalement la Croatie pannonienne, pour la soumettre à ses lois. Tandis qu'il pénétrait dans les possessions territoriales des Croates, les barbares pénétraient dans ses propres États' : de sorte qu'il dût renoncer à ses projets de conquête, revenir précipitamment sur ses pas et remplacer la guerre offensive par la guerre défensive.
Passons sous silence la seconde invasion magyare (la première du roi Coloman) parce qu'elle fut sans résultat, et ne nous arrêtons qu'à la troisième, qui fut la dernière, parce que, loin de n'être qu'un simple sujet historique, elle implique au contraire tout le droit public de la nation croate.
Coloman, roi de Hongrie, s'avança jusqu'aux rives de la Drave avec la ferme résolution de subjuguer la Croatie tout entière. Aussitôt la nation croate s'arme comme un seul
1. « Allein der Einfall der Cumanen in Siebenbûrgen nîtthigte ihn , unverzûglich nach Pannonien heimzukehren. » Fessier, Gemœlde a. den alten Zeiteu der ttungarn, II. Bd., p. 331. Li justice étemelle ne tarda pas a venger cette rapine internationale!
66 l'inviolabilité des traités.
homme pour repousser l'envahisseur. Celui-ci, ayant changé de dessein en voyant cette mâle attitude, fait proposer aux Croates une convention internationale et déclare formellement qu'il acceptera « tout ce qu'on voudra*. » En conséquence, au lieu de combattre Coloman, les Croates, réunis dans une diète, se décident à l'écouter et lui envoient des nonces en qualité de négociateurs.
Les deux parties contractantes, représentant chacune une nationalité indépendante et distincte, traitent mutuellement, non pas en maître et en esclave, mais sur le pied de la plu* parfaite égalité 2 . D'un coté, Coloman, qui sera choisi pour roi de toute la Croatie, prend l'engagement de respecter le droit public et social « (suum) »> de la nation croate et ne lui impose
1. «... et pacta cum iisdem (Croates), ut voluerunt, ordinare. » Voir, plus loin, le pacte fondamental.