Voici le texte historique du traité
« Memoriale bonae memoria? Do mi ni Thomae qnondam Archidiaconi Spalatensis.
« Colomanus Vladislai Régis Ungariae stans in Rcgno patris sui... proposât totam Chrowatiam usque ad mare Dalmaticnm sub suo dominio«<©jugare. Venit cum suo exercitu .usque ad flumen Dmvœ. Chrowates autem audientes de ad vertu Régis congregaverunt exercifum suum et prasparaveri'nt se ad pugnam. Rex autem audita congregatione ipsorum, misit sios
NUNTIOS, VOLLNS ipSOS GRATIOSE TRACTARE , ET PACTA Cl' M iisdem, LT VOLIE-
ri'nt, ordiuare.
« Chrowates vero audita legatione Domini Régis, ikito consilio, omnes in simul acceptaverunt, et miserunt XII nobiles sapientiores de XII tributus Croatiœ. » (Ici sui veut les noms des nonces.)
« Qui venientes ad Dominnm Regem ei debitam reverentiam exhibuerunt. Domiuus vero Rex ad osculum pacis eos recipiens, et honorifice eos tractons, ad iaietn concordiam devenerunt : qnod omnes praedicti teneant si'um pacifiée et quête, et quod non teneantur aliquae prœdictarum gencmtionum nec earum homines Regiœ Majestati solvere censum, nisi tantum teneantur Domino Régi, quando aliqui invaderent sua confinia regalia, tune si Dominus Hex mittet pro illis, tune ire debeant adminus cum derem Armigeris equitum dequaliret générations pr&nominatarum [suis sumptibus et expensis usqib ad flumen Dr av.* : inde versus Ungariam ad expensas Domini Régis, usque quo exercitus dura ver it, debeant permanere : et sic exstitit ordinatum de Anno Nostrae Redemptionis millesimo centesimo secundo. » Miroczv, Otiorum Croatiœ,\>. ÎJ10.
aucun tribut; de l'autre côté, les Croates, jaloux de leur indépendance nationale, prennent envers Coloman et ses successeurs de la race arpadienne l'engagement de suivre le roi contre ses ennemis à leurs dépens, quand il s'agira de combattre sur leur propre territoire, et aux dépens des Hongrois quand il s'agira d'aller combattre au delà des rives de la Drave, qui devient désormais le point de limite entre les deux puissances. Ainsi, cette convention mémorable n'est et ne doit être en quelque sorte, pour les Magyares comme pour les Croates, qu'un simple traité d'alliance offensive et défensive, servant de base à leurs relations internationales.
Pendant sept siècles et demi, la nation magyare, fidèle à ses engagements sacrés ainsi qu'à ses traditions nationales, se conforma noblement à l'esprit et à la lettre du traité conclu entre la nation croate et Coloman. Mais, dès l'an 18/i4, une réaction s'opéra chez elle contre tout ce qui concernait le droit public des Croates, quoi qu'il fût garanti et confirmé par des lois innombrables. Un pseudo-historien, Étienne Horvath, se fit l'organe de cette réaction, et publia, en hongrois d'abord, puis en allemand, à Leipzig, une brochure historico-politique, sous ce titre : Ueber Croatien, als eine durch unterjochung erworbene ungarische Provinz, etc. — De la Croatie considérée comme unn province conquise et subjuguée par la Hotigrie,
L'auteur de cette publication trop fameuse prétend démontrer que la convention conclue entre la nation croate et le roi Coloman ne soutient pas la critique de l'histoire, et par conséquent qu'elle est apocryphe; en d'autres termes, que la nation hongroise doit considérer purement et simplement la nation croate comme un État conquis, et, par conséquent, privé de ses droits et de son indépendance. Les Croates, justement indignés, se virent dans l'obligation morale de répliquer par une autre brochure substantielle, concluante et décisive qui parut à Leipzig sous ce titre : Dos Verhàltniss Croatiens zu Ungani. Eine Erlautenmg der Steph. v. Horvath' sclien Unterjochungs:
l'inviolabilité des traités.
geschichte. Relations de la Croatie avec la Hongrie, Réfutation de la brochure d'Êtienne Horwah (18^6).
Ce débat contradictoire, porté devant l'opinion publique, a donc eu pour résultat de rendre plus évident et plus incontestable que jamais, ce que l'on prétendait cacher et ce que la bonne foi publique n'avait contesté en aucun temps. Par le seul fait qu'elle choisissait et proclamait, pour son roi légitime, Coloman, roi de Hongrie, après l'extinction de la dynastie des Derzsislaves, la nation croate ne se confondait pas avec la nation hongroise et ne cessait pas de former un corps politique distinct entre les divers États de l'Europe, mais elle s'unissait à la Hongrie, dans la personne de son roi, qui devenait leur souverain commun, c'est-à-dire le chef de deux États respectifs et séparés qui avaient eux-mêmes débattu les conditions de leur alliance pour toutes les œuvres collectives qu'ils pourraient accomplir d'après le but du monarque, lequel ne devait pas toujours être le but commun des deux pays.
Au surplus, l'État croate restait, après le traité, ce qu'il était auparavant, c'est-à-dire une monarchie élective, limitée, libre et indépendante vis-à-vis de l'État et de la monarchie magyare. En effet, Coloman ne possédait pas la nation croate comme roi de Hongrie, mais bien comme roi de Croatie légitimement élu et couronné. Or, le couronnement du prince a toujours été regardé comme un acte d'autant plus solennel, qu'il déterminait la liberté des peuples et l'indépendance nationale et politique des États. Et il est incontestable que Coloman fut positivement couronné, en qualité de roi de Croatie et Dalmatie, à Belgrade ; car ce monarque le déclare lui-même dans u \ acte auUientique* . On sait d'ailleurs qu'avant Coloman, tous les rois croates nationaux se
1. «Ego Cnlomanus Dei gralia Rex... Croatiaj atqne Dalmatiae salvo uab^to consilio poslquara coronatus fui Belgra<li supra mare in urbe Regia... »
Ex Registre* rrivilegiorum S. Mariœ Jadrensis. Anno Inc. I). N. Jesn Christi 1102.
l'inviolabilité des traités.
faisaient couronner à Belgrade 1 , où ils avaient fixé leur résidence.
Il est historiquement notoire que Colonian et son prédécesseur Ladislawe envahirent la Croatie pannonienne à plusieurs reprises différentes. Pourquoi donc laissèrent-ils échapper ces occasions d'en devenir rois et de s'y faire couronner? C'est qu'ils agissaient alors en simples conquérants et qu'ils avaient l'intention de subjuguer la Croatie pour l'incorporer à leurs autres possessions magyares, comme ils y avaient déjà incorporé divers autres États. Et pourquoi ne se firenl^ils jamais couronner rois de ces pays absorbés, si ce n'est parce qu'ils les considéraient comme des pays conquis, et que nul ne s'impose des devoirs là où l'on peut s'en passer? Mais ces pays, conquis par la force, ont été perdus pour la Hongrie dès qu'ils ont pu lui opposer une force supérieure, tandis que la Croatie est restée unie à elle dans la personne de son souverain, qui se soumettait au libre choix de la nation, afin d'avoir le droit de régner sur elle, après une nouvelle consécration du. pacte fondamental établissant leurs liens respectifs.
Ce n'est pas tout encore : le roi Coloman ne traita pas les . affaires croates en Hongrie ou par l'intermédiaire de Hongrois délégués à cet effet, mais bien en Croatie, personnellement et par l'intermédiaire du grand-chancelier 2 choisi dans les rangs
1. Ville maritime royale croate près de Zara, aujourd'hui « Zara Vecchia. »
2. Voici un privilège concédé par le roi Coloman à Martin Lapsanoviç, et contre-signé par son propre chancelier de l'État croate :
« Colomanus Dalmatiœ, Chroatiœ, etc. Rex... Notam facimus magnanimitatem... Scriptum Jadra? per Canceliarium Dalmatiœ Petrum Berislaviç de Boçki. A. a Nativitate Dom. N. J. Ch. 1105. »
Ce privilège de Coloman et celui de sou successeur, Étienne II, furent expédiés en langue croate. Mikoczy, /. c, pag. 433. (Apud Farlat. lllyr. sacrum. Tom. III, pag. 158.)
Et dans un autre privilège, concédé à l'église à'Arbe, le chef de la cour royale croate est nommément désigné :
« Anno Dominica Incarnationis 1111... Ego Colomanus per misericor-
l'inviolabilité des traités.
(les Croates. Effectivement, il séjournait régulièrement en Croatie, tous les trois ans (1102, 1105, 1108, 1111), pour y diriger hiMnême, constitutionnellement et par la diète, les affaires de l'État, qui était complètement indépendant et jouissait d'une entière souveraineté extérieure. Au surplus, le roi jurait, nonseulement à la nation croate, mais aussi à toutes les villes croates, d'observer fidèlement toutes leurs immunités, franchises et libertés, et de respecter leurs lois anciennes et leur ancienne constitution \ Aussi les diètes nationales s'assemblaient-elles eu regard du souverain devenu le garant de leur indépendance morale et positive, et gouvernant le royaume selon le droit constitutionnellement établi 2 , tant que les Croates et les Hongrois, séparés par l'État social , étaient unis par la personne du monarque. Et quand cette union s'est trouvée rompue, à plusieurs reprises différentes, chacun de ces deux peuples a conservé ses droits naturels indépendamment l'un de l'autre.
Résumons-nous :
De tous les monuments historiques et authentiques sus-men- . tionnés, il résulte que, par son union aux rois de Hongrie âr-
•diamDei potitus Regno Dalmati» atque Croaliae... assentimus... et confirmanus Arbensi Ecclesiœ... Datum est hoc privilegium dictas Arbensis Ecclesiae ex concessiooe Colomani Régis... Dalmatiœ atque Croatiœ ia prœsentia... Pétri Absarensis Episcopi et Genebalis Domini Régis Curlc...»
L. «... et sicut vobis Dalmatinis Colomanus Rex Ungariœ juravit suis cum Ârchiepiscopis , Episcopis et Comitibus, ut in breviario illo coutinetur... » Extrait du privilège concédé par le duc de Venise Ordelapho Faledro au peuple et à la commune d'Arbe. Ap. Luciwn De Regno Daim, et Croatiœ.
1. Afin de démontrer plus évidemment encore que l'union personnelle avec les Hongrois, établie par l'élection de la dynastie ârpddienne, n'avait nullement porté atteinte à Yindèpendance et à la souveraineté de la nation croate , et que le « pacte fondamental, » que l'histoire nous a conservé, fut pleinement confirmé par les actes authentiques, nous reproduisons, dans l'Appendice I, quelques pièces diplomatiques, qui le prouvent d'une manière irréfutable et qui renferment des témoignages encore plus éclatants que le monument historique lui-même.
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pâdiens, la nation croate n'a primitivement change que sa dynastie, en se réservant tous ses droits d'indépendance et de souveraineté intérieure et extérieure ; que sa monarchie élective et limitée par les diètes s'est maintenue sous la dynastie arpàdienne; et que les rois ârpâdiens de Croatie ont maintenu la constitution des diètes nationales de Croatie telle qu'elle existait avant eux; de sorte que les Croates ont gardé le maniement de leurs propres affaires que les Magyares n'ont jamais pu leur enlever, et qu'enfin le traité célèbre, dont on a malencontreusement nié l'existence, mais que tous les échos de l'histoire répètent à la fois, a été, est encore et sera toujours, en dépit de la nation hongroise, le fondement inébranlable de leur passe comme de leur avenir.
En effet, les Magyares ont eu beau se concerter, dès 1723, avec le gouvernement autrichien, pour détruire, autant qu'ils le pouvaient, les libertés et l'indépendance politique des Croates; leurs efforts ne devaient aboutir à rien, car tout ce qu'on entreprend contre la souveraineté d'un peuple libre est invinciblement nul de soi-même.