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CHAPITRE PREMIER

I.KS CROATES SBCOUENT LE JOUG DES AVARES ET AFFRANCHISSENT PLUSIEURS PEUPLES ES s'AFFRANCHISSANT Et X-MÊKES.

« Die Slaveu in Bielo-Cbrowatieu... rettete « Empœrnng .. nnd brachte das ganze Chn>- « uxtien-Yolk in Aiifrubr... Die Awareo, Lon- « gobarden , Franken ,' Sacbsen , Tharinger .

• Alemannen unterlagen ihm fdem Kroaten*

• Kienige Saino^ in jedem Kampfe... •

», liv. I, p. 72.

L'empire romain oriental, créé par Constantin le Grand, marchait au pas accéléré vers sa ruine que lui préparaient ses propres Césars en s'exterminant entre eux. Théodose, et après lui, Justinien le Législateur, essayèrent pourtant de le régénérer; mais ces deux grands hommes curent beau relever l'empire de leurs mains puissantes; à peine furent-ils morts qu'il retomba lui-même dans l'abaissement, dans une décadence incessante , dans la perversité la plus inouïe et sous les coups des barbares, qui avaient besoin de détruire la société impériale, avant de se créer pour eux-mêmes n'importe quelle civilisation.

Ils vinrent, en effet, de tous les côtés à la fois, fondre comme des vautours sur le cadavre du colosse byzantin. Co n'était pas assez de Chosroës, roi de Perse, qui lui arrachait en Asie toutes ses provinces l'une après l'autre, et menaçait même Constantinople, ni des rois slaves et des rois lombards, qui le dépeçaient en Europe ; il fallut encore que les Avares, mille fois plus cruels et plus dangereux que tous les autres ennemis,.

4 L'INVIOLABILITÉ DKS TRAITi.S.

accourussent, sous la conduite de leur prince Bajan, pour rédamer la meilleure part de cette formidable curée. Mais l'héroïsme de l'empereur Héraclius servit de bouclier à l'empire. Ce fut pour lui le dernier sourire du destin ; car la Providence l'avait irrévocablement condamné. On voudrait se détourner du triste et monotone spectacle de ses crimes, de ses lâches humiliations . et de ses perpétuelles ignominies; mais l'histoire embrasse tout dans ses multiples tableaux, les misères honteuses comme les plus éclatantes fortunes, les forfaits les plus odieux comme les plus admirables vertus, les lâchetés sans nom comme les courages les plus héroïques.

Après avoir été réduit à s'humilier devant les barbares, l'empire, qui dominait autrefois presque toutes les nations du globe connu, au nom de la civilisation, trop faible désormais pour leur résister avec succès, se voit maintenant obligé de recruter des alliés puissants au sein même de la barbarie. Et ces alliés recherchés, ces barbares invoqués par la chrétienté agonisante, quels sont-ils ? Les Croates, habitant encore au nord de l'Europe, dans leur ancienne patrie, qui répondirent à l'appel de Constantinople, et se fixèrent à l'extrême frontière de l'Europe, leur nouvelle patrie, pour lui servir de rempart contre l'Asie.

Arrêtons -nous à la fin du vi* siècle et au commencement du vu* ; interrogeons les témoignages authentiques des annalistes grecs et romains de cette époque, et nous saurons alors dans quel état déchirant se trouvait l'empire oriental aussi bien que l'empire occidental. Lin véritable déluge de Slaves envahissait la Grèce et la Thrace, renversant et saccageant tout, ne laissant rien debout. D'autres barbares se joignirent bientôt à ces barbares, pour doubler leur force matérielle ; et les terribles Avares marchèrent, avec des Slaves innombrables, contre la capitale de l'empire oriental, dépourvu de toute force morale. En effet, les murs de Constantinople tremblèrent plusieurs fois aux cris farouches de ces hordes nomades dont l'histoire ne

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nous a pas même transmis le nom, tant la puissance des Avares avait rapidement absorbé en elle-même ces masses féroces et qui ne devaient jamais être connues de la civilisation !

Si Dieu ne permit pas aux Avares d'anéantir l'empire oriental, quoiqu'il déshonorât l'humanité , c'est que toutes les des- / tinées du monde chrétien auraient été compromises, par le

seul fait que l'élément barbare l'eût emporté sur l'élément civilisateur, dont la Providence avait inutilement doté la Grèce. 11 faut donc le reconnaître : sa délivrance fut presque miraculeuse. L'Église orientale, représentée par son saint patriarche, sauva une première fois l'empire et conséquemment la chré-

* tienté.

Malheureusement, l'empereur Tibérius, ennemi particulier des Slaves 1 , invoqua contre eux le secours et l'alliance des Avares, qu'il avait plusieurs fois vaincus ou repoussés; mais

* cette alliance fut pire qu'un désastre , car elle devint la source des plus grandes catastrophes. En effet, sous l'empereur Maurice, les Slaves s'unirent aux Avares , et l'empire; ne pouvant lutter contre cette coalition, acheta honteusement la paix moyennant un tribut de 80,000 ducats que les Romains payèrent aux Avares (598).

Cependant la coupe des calamités n'était pas encore pleine. Les barbares renouvelèrent leurs attaques l'année suivante ; et, d'après l'aveu d'un contemporain 2 , les affaires byzantines, tant en Europe qu'en Asie, tombèrent dans l'état le plus déplorable. Mais la peste vient au secours de l'empire. Ses alliés d'autrefois, aujourd'hui ses ennemis, reculent devant ce fléau et non pas devant les armes romaines; car, au lieu de vendre chèrement leur vie pendant la guerre, les Byzantins ne songent

1 . « Erat eoim Sdavinis privatim iofeusus ». Menander y apud Stritterum, t. Il, p. 47, 48.

2. « Eo egitur malornm res Byzantitia délassa, ut de Europa deserenda atque Asia et Chalcedono incolenda cives serio cogitaient » Theophi- ? actes.

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plus qu'à acheter la paix , même très-chèrement. Cette fois 200,000 ducats seront payés aux Avares comme tribut; et le Danube servira désormais de barrière entre la barbarie et la civilisation

On le voit, une paix infamante succédait à une paix honteuse, et les calamités intérieures se joignaient aux catastrophes extérieures. D'ailleurs, la conduite honteuse, coupable et criminelle des empereurs ne pouvait qu'empirer cette situation, puisqu'ils n'exprimaient par eux-mêmes aucun noble sentiment, aucune vertu morale capable de l'améliorer. Pour la plupart montés sur le trône par d'abominables parjures ou par des assassinats plus abominables encore, souvent par l'assassinat et par le parjure, ils ne représentaient que l'immoralité la plus sauvage et la plus profonde, au lieu de représenter la civilisation et la chrétienté. Aussi la chronique patriotique éleva-t-elle sa voix déchirante en ces termes :

« De différents et de grands désastres ne cessent d'opprimer l'empire romain ; car Chosroës, roi de Perse, a rompu la paix; les Avares pillent la Thrace , et l'ennemi anéantit nos deux armées : tant celle de l'Orient que celle de l'Occident. »

En ce moment, les Croates, opprimés dans le nord par les barbares, commencent à émigrer de leur patrie , avec l'espoir de trouver ou de conquérir leur indépendance dans le sud. De 592 à 595 les premiers flots de la nation croate roulent néanmoins vers le midi sans but fixe et déterminé 2 . Or, lesSIaves étant alors généralement considérés comme les esclaves des Avares

1 . La participation des Slaves à la grande révolution produite en Europe par l'invasion des barbares a été supérieurement appréciée dans le bel ouvrage de M. Nicolas de Gerebtzoff : Essai sur C histoire de la civilisation en Russie, t. I, cbap. i",passim.

2. Voici en quels termes le pape Grégoire le Grand s'exprimait à leur sujet, en s'adressant à févèque et au clergé de Salona : « Et quidem de Sclavorum gente quœ vobis valde imminet, affligor vehementer et conturbor; affligor in tris quœ jam in vobis patior; conturbor, quia per Istriœ aditum jam Italiam intrare cœperunt. »

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et comme leur propre avant-garde, toute l'Europe occidentale tressaillit à cette apparition inattendue. Ce n'étaient, il est vrai, que quelques petites colonies d'émigrants ; mais elles devinrent terribles aux Romains, dès qu'elles se confondirent avec les masses innombrables des Avares et des Longobards • . Au surplus, l'empire romain subissait le même sort que toutes les peuplades errantes ou en état d'émigration qui furent obligées de se courber sous le joug des Avares , devenus si redoutables qu'aucune puissance ne pouvait ni les repousser ni les vaincre. Et la nation croate, située sur le territoire primitivement occupé par ces farouches représentants de la race • hunnique, ressentit leur férocité d'une manière encore plus terrible que toutes les autres nations subjuguées comme elle, mais bien moins malheureuses qu'elle.

L'excès de l'oppression fit bientôt éclater, dans le cu*ur des Croates, le sentiment invincible de l'indépendance. Plus le joug des Avares était lourd, plus le soulèvement de la nation croate devint irrésistible. Après avoir choisi pour son roi Samo, qui venait parler de liberté à tout un peuple opprimé, elle triompha durant trente-cinq ans, pleins de victoires et de hauts faits, non-seulement des Avares, mais aussi des Longobards, des Franconiens, des Saxons, des Thuringiens et des Allemands. Elle ne se contenta pas de s'affranchir elle-même, elle voulut affranchir en même temps toutes les autres nations voisines, qui passèrent alors de l'état d'esclavage à l'état d'indépendance. L'illustre Fessier a raconté en détail les phases diverses de cette noble révolution 2 ; et certes — il faut bien l'avouer

1. Inter hœc Longobardi cum Avaribuset Sclavis Istrorum fines ingwssi, universa igne et rapinis vastaverunt. » Paulus Diaconus, t. IV, p. 25. A. Ch. 600.

2. « Die Siawen in Pannoniens Norden oder Bielo-Chrovoatien, welche in der Regel ihren Avarischen Sehutzherrn ihre Wohnungen zu Winterquartieren, ihre Weiber und Tœehter zur Lust uberlassen innssten, wttete Empœrung... und brachte das ganzb Cbrowaten-Wolk in Aufruhr gegen seine... Unterdrûcker (J. Ch. 623). Als nun Ailes zu Kampfe rùstete,b&m...

l'inviolabilité des traités.

— les Croates méritaient bien cet honneur, non -seulement pour avoir vaincu les Avares en Pannonie, c'est-à-dire au centre de leurs possessions du nord de l'Europe et au berceau même de leur nationalité, mais surtout pour avoir anéanti les diverses dominations barbares, préparé ainsi les voies à la civilisation chrétienne, et créé, sous l'autorité du prince Samo, avec le concours des diverses peuplades qu'ils avaient émancipées, un État puissant et indépendant, qui renfermait la Bohême, la Moravie, la Styric, la Carniolie et même le pays situé entre l'Elbe et la Pleisse, quand Dervan, prince des Sorbes, eut accédé aux lois de cette confédération slave.

Samo in das Land... Das daokbare Volk wâhlteihn zum Konige. Die Atvaren, Longobarden, Franken, Sachseo, Thûringer, Alemannen unterlagen ihm in jedem Kampfe uo d in 35 sieg-und thatenvolien Jahren natte er eio Reich gegriiiidet (J. Ch. 630), welches Bôhmen, Mahren, Steyermaik, Kârnthen und, nach dem Beitritte des Fursten Dervan, aucta das Land der Sorbet» zwischen der Elbe nnd der Pleisse in sich fasste. » J. A. Fessier, die Geschichte der Ungarn und ihrer Landsassen. I. Bd., p. 72. S'appuyant sur l'autorité de Frédégar, C. 48 adann. XL, Chlotar. II ap. Duchesne, Scriptor. rerum Franc, tom. I, p. 71 1. Nestor ap. Schlotzer, Vorgeschicbte, Kap. X. Gebhardi, Pray, Gercken.

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