ANÉANTISSEMENT COMPLET DES AVARES PAR LES CROATES AU SUD DE L'EUROPE
• ... Belloque per annos aliqnot inter sp geslo virrruut Chrobati, Abarpuque partem ncciOEhtJNT, cmlerw parère sibi coegeruat... » Cosstakt., Porphtp: De Ad. J. C, 30.
Tandis que les Croates passent héroïquement de l'état de nation esclave à l'état de nation libre et indépendante, l'empire romain, depuis longtemps ébranlé, chancelle plus que jamais, aux yeux de l'Europe dévastée par les barbares et aux yeux de l'Asie dévastée par les Perses. l.e vaillant Héraclius se décourage en voyant ses États flotter sans cesse entre la vie et la mort , mais dès qu'on ose proposer à cet empereur de piller lui-même son propre empire et de se réfugier en Asie, le grand homme parle et agit de soi-même comme un digne successeur de Constantin le Grand ; et par la manière dont il se lève, plein de dévouement et de courage, on croirait que l'abaissement de Byzance va finir.
Il n'en est rien pourtant, car toutes sortes d'ennemis conspirent sa ruine. Déjà Chosroës, le roi des Perses, conduit son armée victorieuse vers Constantinople; et le malheureux Héraclius, ne se croyant pas assez puissant pour affronter seul un pareil ennemi, demande aussitôt l'assistance armée du terrible khan des Avares (610). Cette assistance lui est promise; mais,
10 l'inviolabilité des traités.
selon la coutume des Avares, l'empereur, à l'heure suprême, sera abandonné par ses propres alliés; car les barbares ne veulent soutenir que les barbares ; et Dieu seul peut sauver l'empire romain, expression défectueuse et défaillante de la civilisation aussi bien que de la chrétienté.
Il le sauve en efïet, sinon en relevant le courage des Byzantins, du moins en semant la discorde entre les Slaves et les Avares 1 , qui, au lieu de marcher sur-le-champ vers la capitale, reine du Bosphore, s'en allèrent plus tard occuper la Dalmatie, ou mieux les plus belles provinces de l'empire, que les Romains n'espéraient plus reconquérir. Et pourtant Héraclius leur fait remporter une victoire signalée contre les Perses, en Asie. Mais à peine ces vieux ennemis ont-ils pris la fuite, que de nouveaux se présentent et se rapprochent en quelque sorte pour ne plus s'éloigner. Ce sont les Arabes, soldats de Mahomet, commençant, contre les soldats des Césars, une lutte qui ne finira, aux yeux du monde civilisé, que le jour à jamais fatal où le croissant aura remplacé la croix sur la coupole de Sainte-Sophie et où la prise de Constantinople par les Turcs aura fait passer les clefs de l'Europe des mains du christianisme à celles de l'islamisme : en sorte que la civilisation tout entière se trouvera aux prises avec la barbarie.
Cependant les Croates, libres et indépendants depuis qu'ils avaient secoué le joug des Avares, ne songeaient plus qu'à faire prévaloir, en eux-mêmes, le système d'agglomération sociale sur le système d'éparpillement, principe de toutes les invasions barbares qui désolèrent, pendant plusieurs siècles, chaque nation civilisée ; et leur souverain ne songeait plus lui-même qu'à transformer ses peuples, encore nomades, en corps de société ayant des établissements fixes et des lois aussi justes
1. «Quidam aiunt Sclavos, cum, quod actum fuerit, vidissent (savoir les cruautés commises contre eux-mêmes), Castris rrlictes recessisse, eosque et execrandum cag.anum reverti illosque seqoi coactlm fuisse. » Chronicon Pasquaie, 625.
L* INVIOLA IIILITK DES T R ,\ I T K S. M
qu'elles pouvaient l'être, n'étant pas encore dictées par le christianisme. C'est alors qu'Héraclius, hors d'élat d'entreprendre une guerre offensive contre les Avares, pour leur enlever les plus belles provinces de l'empire dont ils s'étaient emparés, fit appel aux Croates, leurs anciens vainqueurs, en les suppliant de venir à son propre secours; car eux seuls pouvaient affranchir le monde romain de la domination avare, comme ils s'en étaient affranchis eux-mêmes 1 . Et bientôt après, la nation croate apparaît sur le théâtre des événements historiques, afin d'engager une lutte suprême contre la nation avare, de détruire ses établissements et de se conquérir au sud de l'Europe une nouvelle patrie, enlevée à leurs vieux ennemis, auxquels ils ont déjà pris tout un royaume, les armes à la main, au nord de la Pannonie 2 .
Maintenant cette tâche, dont ils se sont chargés librement et volontairement, les Croates l'ont remplie d'une manière héroïque, après plusieurs années d'efforts et de combats; car les Avares sont complètement vaincus et subjugués. Vainement se retirent-ils entre le Danube et la Save avec l'espoir d'y recommencer une autre phase d'existence; les coups portés contre eux par les Croates ont été si vigoureusement assenés, qu'ils sont frappés à mort 3 . En effet, les Avares, forcés de se retirer entre le Danube et la Drave, y traînèrent jusqu'au ix e siècle
1. U est curieux de voir comment l'empereur Constantin Porpbyrogénète s'exprime à ce sujet dans son livre : « De administratione imperîi, « fieraclii... jussu Chrobati artnis arreptis, Avaros ex illis lotis expulerunt »> et « Chrobati ad Romanorum imperatorem Heraclium confugerunt. » L'auguste écrivain attribue à son prédécesseur plus de puissance et d'autorité qu'il ne pouvait s'en attribuer lui-même, dans ses divers traites avec les Croates ou avec les barbares, qui le menaçaient de toutes parts, en Europe ainsi qu'en Asie. Mais le trône doit avoir sa pudeur.
i. Mikoczy, Hougrois de nation, a parfaitement exposé cette période historique dans son livre : Otiorum Croatiœ.
3. At a Chroàatis, qui in Dalmatiam vénérant, pars quwdam secessit et Illyricum occupavit atque Pannonîam. Const. Porpiiyr.
une déplorable éxîstcnce politique et nationale, qui s'éteignit enfin dans la vie des autres nations; tandis que les Croates, ayant embrassé le christianisme dès leur arrivée dans le sud, dépouillent peu à peu leurs mœurs farouches, deviennent partie intégrante de la civilisation, et prétendent s'élever à un plus haut degré de gloire, après avoir terrassé l'ennemi commun de la chrétienté.