APPEL A L'EUROPE
« Quod uui jtistum, alteri squum. • Principe suprême de la justice.
Un éloquent publiciste écrivait naguère quelques pages diplomatiques, qui peuvent trouver leur place dans ce travail : « De toutes les idées que nous venons d'esquisser, disait-il, comme aussi de tous les événements qui s'accomplissent sous nos yeux, il résulte un fait certain, incontestable, nous voudrions bien pouvoir dire incontesté : c'est qu'il est désormais indispensable de remanier complètement le système politique de l'Europe, non pour la satisfaction égoïste de tel ou tel souverain, de telle ou telle dynastie, de tel ou tel gouvernement, mais pour établir autant que possible l'équilibre des races humaines, en donnant une forme nouvelle à l'esprit général des nationalités... Nous croyons fermement que si l'Europe était reconstituée sur un pareil plan, elle ferait un pas immense dans la voie du véritable progrès. Les nationalités italienne, polonaise, thcekhe, magyare, croate, serbe, roumaine, bulgare, etc., mortes à la vie politique, seraient rendues à leur propre existence, et contribueraient ainsi chacune, par ses actes et par ses idées, au développement général de l'humanité. Les liens de la grande famille slave, qui ne sont aujourd'hui que des chaînes, puisque leurs membres sont fortement retenus sous la domination de divers gouvernements hostiles ou barbares, se trans-
formeraient en liens d'amour, de fraternité et de civilisation 1 ».
Puisque le grave problème d'un remaniement général de l'Europe, en faveur des nationalités, se trouve posé devant l'opinion publique, le premierdevoir de la nation croate, envers les autres nations opprimées comme envers elle-même, était de faire entendre ses plaintes légitimes à tous les titrés contre la maison d'Autriche, qui devra bientôt comparaître, sans doute, devant un tribunal suprême, y justifier de ses prétendus droits à tant de puissance, et subir enfin le châtiment trop longtemps ajourné de ses iniquités envers plusieurs peuples et de ses crimes envers l'humanité. En effet, après la guerre actuelle, entreprise dans le but d'affranchir positivement l'Italie, et par l'Italie, dans le but d'affranchir moralement les États qui gémissent, comme elle, sous le même joug exécré, la paix future ne saurait être conclue autrement que dans un congrès où la diplomatie européenne sera certainement appelée à sanctionner les principes généreux et les glorieux résultats des armées invincibles de la France émancipatrice, en même temps qu'à répartir les destinées générales du monde civilisé en sauvegardant tous les droits des nationalités et en leur imposant de nouveaux devoirs.
C'est donc à l'Europe que nous nous adressons et que nous faisons un appel entrecoupé de sanglots ; c'est à l'Europe monarchique et conservatrice que nous dénonçons l'Autriche révolutionnaire, pour laquelle il n'y a rien de sacré sur la terre, quoique son dernier ministre, M. Buol-Schauenstein ait prétendu la poser effrontément, devant la conscience universelle, comme une puissance conservatrice, pour laquelle la religion, la morale et les droits historiques sont sacres.
Nous avons démontré, par des faits authentiques et irrécusables, la fausseté de cette triple assertion avant même de la reproduire.