‹ La Croatie et la Confēdēration italienneChapitre 72 sur 101 · Un congrès et non la guerre, p. 57-60. Paris · texte numérisé non relu

Un congrès et non la guerre, p. 57-60. Paris

478 l'inviolabilité des traités.

En effet, les serments prêtés à la nation croate par la maison d'Autriche impliquaient \sl religion, qui a pour objet de consacrer la pureté des maximes morales dans leur propre application. Et que sont devenus ces serments? Ne les a-t-elle pas mis sous les pieds de la manière la plus impie ?

Et la morale, dont M. Buol prétend que l'Autriche est la gardienne persévérante ? Témoigne-t-elle d'un profond respect pour elle, alors qu'elle se laisse prendre, en Croatie, comme en Italie, en Hongrie, partout, en flagrant délit de parjure?

Et les droits historiques pour lesquels elle professe un véritable culte, assure-t-on avec un cynisme de langage dont rien n'approche, qu'en a-t-elle fait? Citez-nous un seul peuple, un seul des nombreux États où elle s'est fortuitement glissée, et sur lesquels elle pèse de tout le poids de son empire con ventionnel dans toutes les acceptions du mot, qui ne puisse lui demander un compte sévère de ses iniquités, de ses illégalités, de ses usurpations, enfin de mille violations de ses propres droits historiques anéantis par une politique d'étouffement, d'aveuglement, de présomption , de spoliation et de barbarie ? car elle semble avoir pour origine et pour fin l'assassinat moral de l'humanité !

Tel est le but positif de l'Autriche contemporaine. Au lieu de gouverner selon les principes du droit humain et du droit divin, c'est-à-dire au lieu de sauvegarder les lois divines et les lois humaines, de respecter l'indépendance individuelle des nations au sein de la fédération générale qui prend le titre pompeux d'empire d'Autriche, de garantir les destinées des sociétés civiles, de maintenir les droits de l'homme et de donner un libre cours à sa perfectibilité indéfinie, pour qu'elle puisse entièrement satisfaire ses intérêts moraux et matériels considérés comme son bien suprême sur la terre, le cabinet de Vienne prend toujours le contre-pied de ce qu'il devrait faire; il confond la routine avec la stabilité ; il foule aux pieds tout droit pour se dispenser de tout devoir, et n'a jamais pensé

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qu'à exprimer, par ses actes comme par ses principes, la marche régressive de l'humanité du bien vers le mal, en d'autres termes la barbarie, et non la marche progressive de l'humanité du bien vers le mieux, en d'autres termes la civilisation elle-même.

Pour motiver une semblable politique aux yeux de l'Europe stupéfaite, M. Buol-Schauenstein, l'ancien ministre des affaires étrangères de François-Joseph, interprétait les sentiments de son maître en ces termes ironiques :

« Dans ses vastes domaines habitent des nations de différentes races et de langues différentes ; l'empereur les embrasse toutes dans un même amour... mais la prétention de former de nouveaux États d'après les limites de la nationalité est la plus dangereuse des utopies. »

Voilà le grand mot lâché ! qu'on ne parle plus à François- Joseph ni à ses hommes d'État de la religion du serment, des conventions les plus sacrées, des actes les plus authentiques passés entre la nation croate et la maison de Hapsbourg-Lorraine; car toutes ces réalités du passé ne sont aujourd'hui que des utopies. Ainsi, l'acceptation de la Pragmatique-Sanction, en vertu de laquelle Marie-Thérèse devint roi de Croatie, et la Croatie elle-même, considérée comme un État distinct et libre entre les divers États amalgamés au sein de la maison d'Autriche, sont des utopies; la constitution croate jurée par les ancêtres de François-Joseph n'est qu'une utopie; les services éternellement rendus à la maison d'Autriche par les Croates ne sont que des utopies; les franchises, immunités et libertés, la tradition tout entière ne sont que des utopies... Il n'y a, il ne saurait y avoir de réel désormais que l'empire d'Autriche, tel qu'il existe à présent et justifiant ses propriétés par le vol , son existence particulière par l'assassinat ; car il est impossible de désigner en d'autres termes un acte aussi coupable que celui de la destruction systématique des nationalités.

Et voilà pourtant la doctrine gouvernementale dont on ne

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craint pas de se glorifier en pleine Europe, au xix e siècle! Voilà le système sauvage et barbare dont on semble recommander la pratique à tout le monde politique et civilisé! Voilà enfin le nouveau droit public qu'on a préconisé, qu'on a mis subrepticement sous l'égide non inviolable des traités de Vienne et de Paris et qu'on espère sans doute faire sanctionner à perpétuité, quoiqu'il consacre la ruine de tous les droits historiques et qu'il implique, par conséquent, le triomphe absolu du droit de la force et la décapitation morale et physique de toute l'humanité.

Étonnez-vous, après cela, de l'agitation sourde et générale qui règne parmi les nations sur lesquelles François-Joseph étend sa main de fer ! Tout annonce que l'heure des représailles va sonner. Dix ans et plus viennent de s'écouler au milieu d'une iniquité profonde ; et l'Autriche — nous l'avons constaté d'une manière péremptoire — s'est donné positivement pour mission d'exclure les principes de la justice, but suprême des sociétés. Puisque la maison de Hapsbourg-Lorraine, abusant de sa propre autorité, refuse de se soumettre aux lois morales et aux traditions, il est nécessaire, il est juste surtout que ses prétendus sujets, citoyens libres dont elle voudrait faire des esclaves, rentrent dans l'exercice légal de leur propre liberté pour assurer le maintien du droit humain et traditionnel, et l'application permanente des lois morales qui constituent le droit divin. Enfin, puisque François-Joseph, au lieu de protéger l'existence universelle des États, qu'il gouverne légalement ou illégalement, ose signer leur arrêt de mort politique, il est nécessaire, il est juste surtout que les peuples, au lieu de protéger l'existence de la monarchie autrichienne, ne craignent pas, à leur tour, de signer l'arrêt de mort politique de la maison de Hapsbourg. Car « la destruction d'une nation, dit Hoené Wronski, est un assassinat public pour lequel la justice éternelle prescrit la peine du talion. »

Ces principes généraux ont une valeur toute particulière en

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ce qui concerne la nation et l'État croate , parce que les liens politiques et moraux, qui l'unissaient à la maison de Hapsbourg, étaient le résultat d'un contrat bilatéral qu'une partie quelconque ne pouvait violer, sous n'importe quel prétexte, sans dégager absolument l'autre partie. Nous prenons donc l'Europe à témoin de la sainteté de notre cause et de l'indépendance dont nous avons le droit de jouir, comme nationalité libre, au milieu de toutes les autres nationalités, ni plus ni moins que l'Italie, puisque les droits des nations ne se prescrivent jamais. Au surplus, l'affranchissement actuel d'un seul peuple implique, en principe, l'affranchissement immédiat ou futur de tous les autres peuples qui se débattent encore sous les coups d'un brutal despotisme autrichien. Le monde politique en a conscience. Mieux éclairé sur ses véritables intérêts, il comprend ou semble comprendre qu'il n'a rien à perdre, mais qu'il a tout à gagner dans une réorganisation de l'Europe, qui, ayant égard aux diversités de race, de mœurs, de langage et de position géographique, répartira les destinées générales de l'humanité de manière à ce que chaque nation soit rendue à son propre destin.

Le jour où l'on introduira cette doctrine providentielle dans l'ordre des faits diplomatiques, l'Autriche portera la peine de ses forfaitures et de son despotisme, la Croatie , la Hongrie, etc., seront libres comme l'Italie, et l'Europe sera sauvée.

APPENDICE

II nous est arrivé souvent, dans le cours de cet ouvrage , de renvoyer nos lecteurs aux pièces justificatives, toutes historiques ou diplomatiques, pour donner à notre récit Y authenticité, la puissance, la consécration de la science et du droit.

A cet effet, nous avons dû former deux appendices : l'un et l'autre contiendront toutes les pièces historiques ou diplomatiques qu'il est nécessaire de reproduire, afin de dissiper tous les préjugés du public au sujet de la nation croate.

C'est dans ce but que nous nous sommes étendu plus amplement, dans la partie historique, sur les événements si importants pour la science et pour la civilisation universelle, qui marquent l'époque de Vinvasion et de l'anéantissement des Tarlares par les Croates. Au surplus, chaque victoire de l'élément civilisateur sur l'élément barbare, soit morale, soit matérielle, est une propriété do toutes les sociétés civilisées', c'est donc un bien commun à toute l'humanité; chaque société civile a le devoir sacré de le signaler à l'univers, de dissiper les doutes et de repousser les thèses non historiques.

Quant à la vie publique intérieure et extérieure de la nation croate, qui forme le sujet de la deuxième partie de notre travail, elle exigeait un éclaircissement d'autant plus impérieux que les relations publiques, existant autrefois entre la nation magyare et la nation croate, sont devenues la cause fatale du malheureux état où elles se trouvent réduites. Bien que, de

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836 à 18^8 , l'antagonisme entretenu par la ruse autrichienne entre les Magyares et les Croates n'ait été qu'une lutte continuelle des opprimés contre les oppresseurs , il n'en est pas moins résulté que l'opinion égarée du public européen s'est positivement prononcée en faveur des oppresseurs contre les opprimés!

Non moins injuste était l'appréciation des propriétés territoriales de la nation croate , parce qu'une malveillance odieuse avait cherché à obscurcir les témoignages les plus évidents. La science en général, l'histoire, la géographie , la diplomatie et la politique en particulier, nous sauront gré d'avoir exposé, dans l'appendice n° 2 , l'état réel des propriétés territoriales, primitives, naturelles et incontestables de la nation croate; car, pour juger d'une manière juste l'avenir politique des contrées et des nationalités du Sud de l'Europe, il faut connaître leur doit et leur avoir trop souvent compromis par la violence internationale.

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