CHAPITRE III
l'ei rope délivrée du joug allemand par les croates.
« Die ersten Dewegungen (contre le jon# allemand franconien opprimant l'Europe) creigneten sic h bei den Chrowaten, welche sich der frâukischen Sehutzltolteit nnterwerfen mnssten... von deren unmemchlii-hen Bedrûckungen sie sich nnr dnrcL Empoxruno, Ebmordung aller frânkischen Beâmten, and blutigen sfeben Jahre lang gefûhrten krieo befreien konnien... Seit jcner Zeit behanpteten die Kroateu ibre I'nabhxngigkeit, bauten das Land , rûstelen Schiffe ans, trieben auf grievhischen In*eln nnd in Seest.edten llandcl, nnd ^ewannen Wohhtatul. •
Fesslkr, 1. c, p. m.
Les Croates furent très -mal récompensés des services qu'ils venaient de rendre à la chrétienté et à la civilisation, en anéantissant les Avares, par les ancêtres d'une race ou mieux d'une nation qui prétend représenter exclusivement la civilisation et la chrétienté, dès les premiers temps de l'histoire moderne.
On sait que, sous le règne de Charlemagne, les Croates pannoniens et dalmaliens subirent le joug de ce conquérant, à l'instar de tous les États de l'Europe; on sait aussi par quelles luttes terribles ils essayèrent de résister aux armes et aux lois de cet irrésistible dominateur. Cette opiniâtreté honorable, puisqu'il s'agissait pour eux de défendre leur liberté et leur indépendance nationale, suscita plus tard une férocité inouïe dans les annales humaines, et qui fit tressaillir les nobles cœurs, mille ans après, comme châtiment tardif, juste, mais implaca-
l'inviolabilité des traités.
ble, de tout ce qui se commet d'injuste et de violent sur la terre.
La domination franconienne traversa toute l'Europe avec la rapidité d'un météore. Les Croates la subirent de 798 à 819, c'est-à-dire pendant vingt et un ans ; et nulle autre nation n'en fut aussi cruellement éprouvée. Effectivement, les Franconiens, au dire de l'empereur Constantin Porphyrogénète \ se conduisaient à leur égard avec tant de cruauté, qu'ils égorgeaient les enfants, comme s'ils eussent voulu en finir avec cette nation, qui semblait destinée à une mort inévitable. Mais les Croates aimèrent mieux se faire tuer sur les champs de bataille les armes à la main en revendiquant leurs droits et leur indépendance nationale, que de se laisser tuer dans leur propre postérité ou de se suicider eux-mêmes en renonçant à leur existence indépendante et libre.
La nation croate eut donc l'insigne honneur de protester la première contre l'oppression générale, et puis de se lever comme un seul homme, de combattre et de lutter résolument pour reconquérir son indépendance et sa liberté, de se libérer et de s'affranchir elle-même, de provoquer enfin, par son exemple héroïque, la libération et raffranchissement de tous les peuples opprimés, qui commencèrent à secouer leur propre joug aussitôt que les Croates eurent détruit chez eux le fait de l'esclavage allemand et proclamé le principe de la liberté européenne, pierre angulaire de la civilisation.
Les historiens contemporains de l'Allemagne 2 , qui ont décrit
1 . Tanta autem crudelitate utebantur Franci, ut lactentes adhuc eorum pueros occidf.ntes, CANiBUS objecbrunt. de Adm. imp., C. 30.
2. Eyinhardy secrétaire de Charleinagne, écrit ad ann. 818. « Erant ibi... (dans l'assemblée de l'empire) Legati Lindeviti, ducis Pannoniœ Inferioris qui, res nova8 moliens ( voilà la perfidie allemande!) Cadolaum Comitem et Marchiœ Forojulii praefectum a crudklitatis accusare conabatur... » (Il a honte de mentionner l'espèce des cruautés.)
VitœLudovici scriptor ad eumd. ann. « Leuteviti Rectoris Inf. Pannoniœ missi... aderant, accusantes Cadolaum falso (ce perfide!) eo quod imma-
NITAS EJHS INSUPPORTABILIS ES9BT. »
L'INVIOLABILITÉ DUS TRAIThS.
cette magnifique levée de boucliers providentiellement couronnée par la fortune, se sont bien gardés de mentionner les cruautés sans nombre que les Croates avaient trop longtemps endurées dans leur détresse. En les passant sous silence, ils se sont épargné le soin de les nier : et, sous ce rapport, ils étaient alors plus babiles que les Autrichiens ne le sont aujourd'hui ; car ils prétendent rejeter dans l'ombre ce qui est plus éclatant que le soleil. Mais n'anticipons pas sur les événements. D'ailleurs la Providence a voulu que ces cruautés fussent transmises au jugement de l'histoire par une tête couronnée \ afin que la conduite des Croates en Allemagne, mille ans après, de 17/jl à quand l'Allemand les excitait contre l'Allemand, fût con-
1. . . . Quae res cnm intolerabilis Chrobatis esset *, facto dissidio (convient parfaitement à la phrase d'Éginhard, suscitée , parlant de Ljudevit, duc des Croates, « res novas moliens »). Principes, quosex ipsis habebant, interemerunt; unde magnus contra eos bxehcjtcs movit e Francia... Et post septeh annordm bellum «gre tandem superioies facti Cbrobati omnes Francos... Eorumque principex cotziun e medio sustclercnt, et exinde liberi ac sui juris. » Const. Porph., lib. I, cap. 30.
Ajoutons d'autres témoignages. Voici d'abord celui du biographe de Charlemagne, écrivain contemporain (Eginhard, ad ann. 880). Carniolenses... Baldrico se dediderunt... Idem et pars Carantanorum , quae ad LiNDEwm partes a nobis defecebat, facere cubavit (mais non, fecit).
Annal. Fuldens. a Contra Lindewicum Slavum in Pannonia rebella»tem exercitus de Italia missus, rébus parum pbospebe gestis, infecto pene negotio, regressus est. »
Adelman ad ann. 820. « Transacta hyeme, cum primum herba pabulum jumentis prœbere potuit, très exercitus contra Lindeyitum mittuntur. Cnus de Italia per Alpes Noricas, alter per Carantanorum provinciam (voilà la cause de la défection des Croates carantains; opprimés par l'armée allemaude et n'étant pas en communication directe avec les Croates Pannoniens, ils ont dû céder, une partie, à des forces supérieures) . Tertius per Boivariam et Pannoniam superiorem. Contra hoc Lindewitus nihil moliens... Exercitus vero postquam in unum conver t erunt:'toiA* pene régions* ferro et ignb dévastantes... Domum reversi...
Idem ad ann. 831. « Conventus mense febrnario habitus, et in illo de bello Lindeviiico tractatum, ac très exercitus ordinati qui futura aestatapebfidobum agros per vices vastarenl. »
• L'historien hongrois Mikoczy ajonle : et tnerito quitter».
sidérée non-seulement comme de terribles représailles, mais surtout comme l'accomplissement de cette sentence divine : Qua mensuri mensi fueritis, eadem et remctietur uobis.
Cette grande lutte pour l'indépendance nationale fut entreprise par la totalité de la nation croate. En sorte que les Croates noriques ou carantains combattirent à côté du héros patriotique Ljudevit Posavski. La trahison de Borna, duc des Croates dalmatiens, faillit compromettre, il est vrai, toutes les destinées de la patrie commune, en mettant la division entre les diverses familles de la même race ; mais les malheurs qui pesaient sur elles resserrèrent leurs liens et les rendirent indissolubles.
Effectivement, les Croates étaient divisés en deux États séparés au commencement de la lutte ; et dès cette époque, les Croates pannoniens et dalmatiens , ainsi qu'une grande partie des Croates carantains ou noriques, se réunirent spontanément pour ne plus former désormais qu'un seul État, qu'une seule nation affranchie, régénérée et devenue, par le fait de sa propre délivrance, le génie qui tient en éveil la liberté présente ou future de toutes les nationalités de l'Europe.