I. Ap. Pertz., I, 4M
APPENDICE. 244
« Carniolenses , qui circa Savum fluvium habitant et Forojuliensibus penb contigui sunt, Baldrico se dederunt; idem et pars Carantanorum , quae ad LiuDEvnr partes a nobis defecerat , facere curavit. »
Ce témoignage authentique d'un auteur allemand démontre d'une manière irréfutable que la Gorica fait -partie intégrante de l'État croate, et que, eût-elle même subi un envahissement momentané^ ce fait n'aurait jamais pu donner aucun droit à son envahisseur.
lin premier lieu, il est question de la patrie des Croates de Carniolie. Eginhard dit expressément que les Carnioliens ne sont pas limitrophes avec les Forojuliens, mais presque limitrophes (pene conligui). En jetant un coup d'oeil sur la carte, on comprendra facilement ce « presque», puisqu'il ne s'agit que de quelques lieues de distance qui séparent les Carnioliens des Forojuliens tfÉginhard. 11 est donc vrai que les Croates de Gorica n'étaient incorporés ni aux Carnioliens, ni aux Forojuliens; mais qu'ils formaient un corps politique séparé positivement croate. — Ce premier argument devient plus clair encore par le second que voici :
Êginhard dit qu'une partie des Carantains , qui suivit les drapeaux de Ljudevit, duc des Croates, révoltés contre la barbarie allemande, abandonna la cause nationale. Or, cette partie des Carantains, qui ne louchait nullement au pays des Croates, sinon par le territoire de Gorica, s'est réunie et ne pouvait se réunir aux Croates Dalmato-Pannoniens que par le territoire cioate de Gorica, qui, selon Éginhard, ne faisant partie ni de la Carniolie, ni du Frioul, devait, par conséquent, être croate.
8" Au xi* siècle, le grand roi croate Pierre Kresimir luttait contre Berchtold, margrave de la Carinthie, et il ne pouvait le faire autrement qu'en l'attaquant par son propre territoire de Gorica, qui touchait immédiatement a la Carinthie.
9° Mais la meilleure preuve du droit de propriété territoriale et exclusive des Croates sur toute l'Istrie et la Gorica, c'est la nationalité croate elle-même. Quelques viik-s colonisées par les Italiens, ou mieux italianisées, ne décident pas plus la quesiion de propriété territoriale sur toute l'Istrie et sur Gorica, contre les Croates, que les colonies croates des comtés de Mosony, Vas, Gyœret Soprony (en Hongrie), s'élevant environ à 200,000 âmes (presque autant que toute l'Istrie) ou les
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colonies croates de Naples, s'élevant à plusieurs milliers d'âmes , ne décident la môme question contre les Napolitains et les Magyares, relativement à leurs propres domaines. En effet , l'envahissement ou l'hospitalité accordée ne peuvent donner aucun titre légitime, ni aucun prétexte honnête d'enlever la propriété d'autrui. La ville de Venise , arrachant et attaquant , pendant des siècles , des territoires croates , est-elle assez cruellement punie de ces violences internationales, maintenant que le joug allemand s'appesantit sur sa propre tète?
Àu surplus, quand bien même les Croates n'auraient aucun de tous ces arguments à produire en leur faveur, certes la nationalité croate, en sa qualité de slave, ne peut, sous aucun rapport, être assujettie à l'esclavage allemand; car, de même que les Allemands luttent acharnément pour leur nationalité schleswigienne , pareillement les autres nationalités non allemandes ont le droit très-légitime de repousser l'esclavage de la race étrangère, quelle qu'elle soit.
10° Puisqu'il s'agit de démontrer ici l'acquisition faite au moyen âge, en supposant même que la nation croate ne pourrait produire ses titres de propriété territoriale d'une manière aussi évidente qu'elle le fait en réalité, il lui suffirait de démontrer la probabilité du droit; car, comme nulle autre nation n'est en état de justifier d'une acquisition primitive juste et honnête des contrées en question , il s'ensuit irréfutablement que, contre les preuves évidentes des Croates, toute tentative ne saurait être qu'une lutte engagée pour conserver le produit du vol et des rapines commises.
Enfin , la nation croate regardait et envisageait toujours ces contrées comme sa propriété territoriale Contestable , et bien que pendant ses luttes continuelles entreprises contre la barbarie turque, en faveur de la civilisation et de la chrétienté, elle n'ait pu défendre, les armes à la main , sa propriété contre une autre barbarie bien plus cruelle encore, c'est-à-dire la barbarie autrichienne, elle ne laissa cependant échapper une seule occasion de protester, le plus solennellement possible, contre les rapines que la cour de Vienne commettait sur ses propriétés territoriales.
Effectivement, le grand et héroïque ban croate Thomas Bakaç- Erdôdski , voyant que les propriétés territoriales des Croates étaient anéanties par les archiducs d'Autriche et nommément par le roi de Croatie, Rodolphe de Hapsbourg, s'indigna de cette perfidie royale et
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prolesta solennellement contre la séparation de l'Istrie (y compris la Gorica) et du comté de Pazina (ancienne zsupanie croate Pazenta). C'est ainsi qu'il s'attira, par cette franchise et cette noblesse patriotiques, la haine de ce roi perfide. Sa protestation resta sans résultat; l'acte d'iniquité s'accomplit donc malgré la parole d'honneur donnée au ban par l'archiduc d'Autriche, Maximilien, et Thomas Bakaç-Erdœdski résigna sur-le-champ la haute dignité de ban de toute la Croatie 1 .
La nation croate sut noblement et dignement apprécier sa belle conduite; car, assemblée en diète (4596), elle prit acte de cette protestation et de cette abdication , bientôt suivies de celles des comtes de Zrinj et Frankopan, et déclara, franchement et sans aucune réserve , à la cour de Prague, ses sentiments nationaux , qui n'étaient pas au-dessous de ceux de son propre ban *.
N'est-ce pas la preuve la plus évidente que la nation croate n'a jamais consenti à la cession de ses propriétés territoriales istriennes; qu'elle a énergiquement protesté contre les violences commises (cette protestation se renouvellera tant que la nation croate existera physiquement), et que ces propriétés territoriales étaient encore considérées
i. « Thomas Erdcedy, dessen freymûthiger Einxpruch wider die Trennung Istriens und der GrafseJiaft Pazina (sic!) von Croatien dcu Kœnig zum Unwillen wider ihn gereizt iiatle, zog sich anf seine Burg Mœttling*, an der Kulpa, in ftube zurûck. • Fessier, l. c, VII. Th., p. 349.
t. « ... und auf dem Pressburger Landtage die Fabne des Banates {après la résignation de Erdredy) dem Erzherzoge Mathias ûberliefert, wogegen die Stânde Croatiens mit lauter Unzufricdenheit sich erklœrten, am beherztesten am 15. May auf dera croatischen Landtage, dessen Erœffnnng dem geweseuen Ban vom Kœnige ùbertragen wurde, sprach sicb der Stamde Mùtsvergnûgen folgendermassen aus : « Keinem auslcendiscften Feldberrn werden sie gehorctien noch zu Felde ziehen, mûssten sie auch aile zusammen mit dem Vaterlande untergehfn; sie seien entsclilossen, lieber das jkusserste zu wagen, als ibre staatsbûrgerliche Freyheit bierin gef£HRden zu lassen. Wolle aber der Kœnig aus den Landsassen einen kriegserfahrenpn, wohlverdienten Ban ernennen, und ihm das Banderium mit dem seiner Wûrde gebûhrenden Machtumfange verleihen, so werden sie auch Dliuje, die unmoeglich scheinen dûrften, vollbritujen. Damit entliessen sie des Erzherzogs Botscbaftcr. Fessier, /. c, XIII. B., p. 347. Ainsi, nous voyons que la nation croate a constamment et énergiquement repoussé toute ingérence concertée des Magyares et des Autrichiens dans ses affaires nationales, et nous avons prouvé ailleurs (au texte, première partie, chap. vu, pag. 43) que cette détermination nationale donnait souvent bien des inquiétudes à la cour de Prague et aux auteurs de la violence commise.
* Aujourd'hui incorporée à la Carniolie par la môme perfidie allemande, bien qu'elle *>U incoatoUbUmeat une propriété croate.
l'inviolabilité dus traités.
à la fin du xvi" siècle comme une propriété territoriale appartenant incontestablement et exclusivement à la Croatie.
Considérant donc tous ces arguments irréfutables, pour ce qui concerne l'acquisition primitive et naturelle, juste et honnête du territoire intégrant de la Croatie dalmatienne {baptisée), faite par les Croates et excluant non-seulement tout autre propriétaire, mais aussi tout autre possesseur; considérant Y inique procédé des archiducs d'Autriche qui ont arraché celte partie du territoire croate et l'ont incorporée au corps politique de l'empire germanique; considérant l'acte plus immoral encore auquel cette rapine a donné lieu, savoir, le parjure de la maison d'Autriche, dont les rois de Croatie avaient juré de conserver nonseuUraint intact tout le territoire de l'État croate, mais de faire tout le possible, à l'effet de reconquérir, les armes à la main, les territoires qui en avaient été arrachés par l'ennemi ; considérant, par conséquent, u que le titre et le mode de la possession de ces territoires croates primitifs et naturels, par la Confédération germanique, se base sur le vol, le parjure et la violence internationale glorieusement consacrés par les traités de Vienne de 1815»; considérant, disons-nous, tous ces faits incontestables, une question péremptoire se présente a notre esprit : Est-ce que l'Europe, morale et civilisée, est-ce que la Confédération germanique elle-même, peuvent envisager la revendicatien et la reprise du droit de propriété territoriale par les Croates, lequel est imprescriptible, comme une violation du territoire allemand, c'est-à-dire de la Confédération germanique, malgré le témoignage auguste, authentique et irrécusable de Const. Porphyrogénète : a A Zentina autem flu\io Chrobatia incipit, extenditurque, versus mare, ad Istriœ usque confinia sive Albunum urbem, versus montana, aliquatemjs etiam supra Istrije tuema excurrU..fî 1 »
1 . Nonobstant cette acquisition territoriale nationale, primitive, naturelle, exclusivement croat: et éternellement incontestable, nonobstant une possession réelle et non interrompue de tout le liltoial croate par les Croates, l'Autriche, afin de couronner sou œuvre de destruct on du bien d'auirui, et aûn de jeter un yerme jterjKtuel de discordes combinées à l' ffiic ment mutuel des États qu'elle gouverne, a cependant fait, an xviu« siècle, une autre injustice et une antre violence, plus cruelle encore à la nation croate, en réiucorporant •< jure poslliminii» la ville de Fin me et son territoire, non au territoire croate auquel il a été arraché au Xive siècle, mais an territoire hongrois et sous la dénomination « du littoral lumyrois » , malgré les serments prêtés de vouloir et de devoir incorporer les territoires reconquis aux Etats respectifs, par conséquent le territoire croate au territoire croate.
Cette iniquité inouïe a paru même a la maison de Hapsbourg trop brutale pour ne pas
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Et nommément la Prusse, libérale et généreuse, la Prusse qui représente naturellement la race allemande, est-ce qu'elle pourrait envisager l'abrogation des traités de Vienne, de l'an 1815, en ce qui concerne ces propriétés incontestables de la nation croate, comme une violation du sol allemand, après le vol et le parjure commis par les archiducs d'Autriche? Est-ce que la Prusse serait moins généreuse, en 1859, vis-à-vis de la propriété des Croates, que ne le fut l'Autriche en 1806, en affranchissant du joug allemand les Croates et les autres Slaves soumis anciennement à l'empire germanique? Quand la Prusse a-t-elle été moins généreuse que l'Autriche? Voudraitr-on, par hasard, faire couler le sang slave et allemand pour sanctifier les rapines et le parjure de la maison de Hapsbourg, qui s'est placée sous l'égide de la Confédération, avec le fruit de ses rapines, espérant y être à l'abri des justes poursuites que pourraient diriger contre elle les défenseurs de la propriété volée? Enfin, protégera-t-on l'esclavage des races? Nous ne le
la masquer, pour ne pas organiser l'incorporation de manière à ce qne tontes les deui parties en pussnt tirer profit. Hélas! les Magyares ne se prêtaient qne trop à profiter de la malveillance autrichienne. Mais passons sous silence cet odieux passé. 11 a fallu que la nation croate reprit les armes à la main, en 1848, la propriété et la possession qu'on lui avait si monstrueusement enlevées. En présence des droits naturels enfin revendiqués par les Croates, pas une puissance, non, pas une puissance européenne, diplomatiquement représentée à Fiume, n'a protesté contre cette revendication sacrée; pas une n'a voulu souiller son blason d'honneur en prenant la défense du vol international. El l'Europe ne s'en est montrée que plus grande et plus respectable.
Comment aurait-elle pu faire autrement? A l'époque où les Croates conquirent, les armes à la main, ces tristes contrées, en anéantissant la barbarie des Avares (au vu* siècle); à l'époque où le plus pur sang croate coulait sons les murs de Tersat (Fiume)' contre la barbarie des Allemands du ixe siècle, et à l'époque où la nation croate rentra en possession de sa liberté nationale et de sa propriété teiritoriale à force d'héroïsme, les Magyares erraient encore dans les steppes de l'Asie; ils étaient encore au ventre de l'histoire européenne. Comment l'Europe aurait-elle pu contester aux Croates, en faveur des Magyares, ces propriétés légitimes? Propriétés volées par l'Autriche aux Croates et données anx Magyares. Propriétés peuplées exclusivement par les Croates; éloignées de 40 milles géograpliiques de l'État magyare et entièrement inaccessibles, si ce n'est en frappant au cœur la Croatie, c'est-à-dire par l'effacement de la nation croate? Que dirait la Sardaigne si, par exemple, le Wurtemberg prétendait avoir un port et une ville dans la Méditerranée? Que dirait la France si la Prusse affichait les mêmes prétentions? Donc, quand même la nation croate n'aurait aucun droit (ce qui est cependant géographiquement impossible) sur ce territoire, que l'Autriche rendit croato~hongrois au xvnie siècle, l'instinct naturel de la conservation pousserait la nation croate i anéantir l'injuste prétendant ou à être anéanti par lui.
* ■ Êricus (allemand) post multa prœlia et insignes victorias, ad Tewaticani Liburni* cirltatem ab oppidaois interfectUS est. » Éginhard, ad ann. 198-9.
346 l'inviolabilité des traités.
croyons pas ; la Prusse éminemment evangélique ne saurait le vouloir. Et pourtant, si la nation croate venait à se tromper, alors, mais alors seulement, que l'Europe civilisée devienne indulgente pour les terribles représailles de lapropriété contre l'usurpation, du volé contre le voleur... Alors s'accomplira de nouveau ce que l'auguste témoin Const. Porphyrogénète vit s'accomplir jadis par la nation croate, prêtant le serment dô ne jamais attaquer personne, si elle n'était attaquée elle-même, « et imprecationem vicissim a Pontifice acceperunt, ut si quando aliœ gentes
ipSOS IXVADERENT... prO IIS PUGNARET, VINDEXQUB eSSet KORUM DEUS,
victoriam conciliante Petro Christi discipulo *.» C'est-à-dire : Dieu protégera le juste et vengera la violence.
Les comtés de CHU et de Zagorje (aujourd'hui en Styrie), ainsi que les districts de Metlika, Çrnovlje, Koçevje et Bistrica, incorporés à la Carniolie, sont parités intégrantes du territoire de Y État croate, dont elles furent arrachées par les archiducs d'Autriche qui les incorporèrent à Y empire germanique, et par celui-ci, en vertu des traités de Vienne de 4815, à la Confédération allemande.
Le savant historien Joseph Mikoczy, Hongrois de nation, a démontré, dans son ouvrage « Otiorum Croatiœ liber unus » chap. I , pages i-ii, en s'appuyant sur Y autorité des autres historiens et sur les documents authentiques, que tout le territoire situé entre les fleuves Save, Mure et le Sulm fut primitivement pris aux Avares, les armes à la main, par les Croates, qui le conservèrent jusqu'à nos jours. Cette déduction scientifique est pleinement confirmée par le témoignage do l'empereur romain, Const. Porphyrogénète, qui, en racontant la troisième déroute des Avares par les Croates, s'exprime en ces termes :
« At a Chrobatis qui in Dalmatiam venerunt pars quœdam secessit, et Illyricum occupavit atquo Pannomam 2 . »
La nation croate a toujours eu l'exclusive possession de cette propriété territoriale nationale, depuis cette époque primitive jusqu'à la fatale élection de la maison de Ifapsbourg, laquelle, foulant aux pieds les serments prêtés et les droits les plus légitimes, donna le signal d'une spoliation qui ne se serait jamais accomplie sans les terribles luttes que les Croates eurent à soutenir contre les Turcs ; car la nation