CHAPITRE II
TOUTE LA CROATIE TURQUE ET LA BOSNIE CROATE FONT. EXCLUSIVE-* MBNT ET INCONTESTABLEMENT, PARTIE INTÉGRANTE DU TERRITOIRE DE L'ÉTAT CROATE.
Que la malencontreuse paix de Sistov, conclue en 4791 entre l'Autriche et la Porte Ottomane, ait infligé à la nation croate une plaie
Î50 l'inviolabilité des traités.
devenue incurable par le traité de Paris, aussi longtemps du moins que ce traité existera au mépris de son droit le plus sacré, au mépris du christianisme , de la civilisation et de l'humanité, c'est ce que nous avons prouvé dans le chapitre VII de la deuxième partie.
Mais, il ne suffît pas de démontrer historiquement que les Croates ( envisageant les contrées cédées perfidement à la Turquie comme leurs propriétés) ont lutté pendant des siècles pour les reconquérir; il ne suffît pas non plus d'exposer et de constater le fait que ces mêmes provinces ont continuellement joui des droits publics et nationaux de l'État croate jusqu'à l'époque du traité de Sistov, qui ne les en dépouilla que provisoirement , en consacrant le parjure et la violence internationale, et jusqu'au traité de Paris de 1856, qui les en dépouilla définitivement; car, avant cette consécration internationale, le traité de Sistov n'était qu'une convention d'une nature plutôt privée que publique, et limitée d'ailleurs à 25 ans, si les parties contractantes ne le renouvelaient de temps à autre. Il faut aussi démontrer que ces contrées font en effet justement et naturellement, primitivement et incontestablement partie intégrante du territoire de l'État croate, et
qu'elles constituent une propriété territoriale nationale et exclusivement croate, aùn que l'odieux du procédé autrichien devienne plus évident et plus criant encore, s'il se peut; car ce n'était pas un pays étranger ou conquis que le roi de Croatie pouvait céder à la Porte Ottomane en vertu do « Yuti possidetis » du traité de Sistov , puisqu'il faisait positivement partie intégrante du territoire croate, lequel, d'après les serments prêtés, aurait dù être non-seulement conservé, mais, de plus, reconquis et défendu contre tout envahisseur.
Or, les territoires mentionnés qui ont été cédés perfidement à la Turquie, savoir : la Bosnie croate, circonscrite par les fleuves Vrba et Drina et le3 montagnes de Romanja jusqu'aux environs de Vishegrad, ainsi que toute la Croatie turque^ nommément la Croatie méridionale, improprement dite Herzégovine, s'étendant de la Save jusqu'aux •
I, Le pays situé entre les sources des fleuves Una et Vrba jusqu'à la Save, et, selon tous les historiens impartiaux, celui qui est situé entre la Vrba et la Bosna font incontestablement partie de la Croatie « sensu strictissimo » ; il serait donc superflu d'insister davantage sur ces vérités qui éclateront plus évidemment encore lorsque nous aurons démontré que tout le pays situé entre la Bosna et la Drina constitue également une propriété territoriale incontestablement croate, et par conséquent aussi les contrées situées entre les fleuves Bosna et Vrba.
APPENDICE
fleuves Neretva et Rima, forment et constituent une propriété territoriale appartenant primitivement, exclusivement et incontestablement à la nation croate; \e titre de possession et de propriété, de même que le mode d'acquisition primitive n'en peuvent être produits d'uno manière valable que par les Croates, ce qui exclut tout prétendant, quel qu'il soit d'ailleurs, comme nous l'avons déjà suffisamment prouvé.
Quant à la validité du titre et du mode d'acquisition territoriale en vigueur pendant le moyen âge, nous nous en rapportons à ce qui a été dit dans l'introduction de ce second appendice. 11 nous suffira donc de répéter ici que la nation croate, d'après l'auguste témoignage de l'empereur et historien Constantin Porphyrogenetos , a conquis ces propriétés territoriales, au sud do l'Europe, sur les Avares les armes à la main, et qu'elle les a conservées par sa valeur et par son héroïsme militaire.
11 ne s'agit donc que de déduire la portée et Yélendue de Vacquisition primitive, laquelle, tant que les sociétés civiles existent physiquement (puisque les droits les plus sacrés de propriété ne se prescrivent jamais), doit servir de base inébranlable à tout acte et à tout principe relatif aux droits de propriété internationale.
Aussi faut-il que, sous le rapport de l'acquisition primitive et naturelle, V histoire, interprétée par son juge incorruptible : la raison, c'està-dire par la critique, puisse donner un appui sûr et incontestable à la vérité. De là ces deux q>ie«tions : Est-ce que l'acquisition a pour base un titre et un mode valable? Quelle en est l'étendue primitive ?
L'unique peuple qui habite les contrées en question, c'est le peuple croate, et aucun des peuples auxquels ces contrées appartenaient jadis, ni les Avares, ni les Romains, n'existe plus. V unique historien qui ait transmis le souvenir de Vacquisition primitive kt naturelle des contrées dont il s'agit, c'est l'empereur romain oriental Constantin Porphyrogénète; et comme tous les monuments antérieurs et postérieurs confirment pleinement son récit, pas une voix ne s'élève pour le démentir 1 .
Ces faits et ces principes ramènent l'esprit des lecteurs vers ce qui a été dit en général de la propriété internationale dans l'introduction de cet appendice.
1. <■ Cum Croatos Dalmatiam occupasse nomev, Iwdicrnum regionis comprolet, idque nullus scriptor praeter Porphyrogenetum référât, ipsi defer, ndum est. > Lutins, de Regno Dalmatiœ et Croatia. Lib. I, p. 45.
252 l'inviolabilité des traités.
Constantin Porphyrogénète, après avoir décrit la marche de l'expédition avare contre les Romains, sous le règne de l'empereur Héraclius, déclare qu'ils ont occupé peu à peu toute la Dalmatie, en anéantissant, en subjuguant ou enfin en chassant les Romains de leurs anciennes possessions et propriétés, et il conclut en ces termes :
o Abares itaque pulcherrimam HANcesse terram videntes 1 , sedes illic posuerunt... *»
H nous intéresse avant tout de savoir ce qu'on doit entendre sous la dénomination de Dalmatie, occupée par les Avares à la fin du vi' et au commencement du vu* siècle, afin d'arriver à des conclusions historiques et authentiques. A cet effet, il faut savoir d'abord l'étendue de la Dalmatie romaine à cette époque, et ensuite l'époque où les Avares ont pris possession de ces territoires en anéantissant les Romains. Quant à l'étendue de la Dalmatie romaine, voici les preuves authentiques des écrivains romains qui nous l'indiquent :
« Istorum Romanorum (qui ont été chassés par les Avares) termini protendebantur ad flumex danubium usque 8 . »
« Coganus in Dalmatiam profectus, Balbam et vicinas XL urbes occupât 4 . »
« ... quotempore Abares armis inde Romanos eiecerant, quos Roma advectos Diocletianus Imperator illic (en Dalmatie) habitare fecerat, unde et Romani dicti sunt, quod Roma venientes sedes posuerunt in illisreyionibus, nempe Chrobatia et Serblia... r .»
a Quadraginta insuper castella vastavit (le prince des Avares) 6 . »
a Salonam transisse Rausium... 7 . »
On voit donc que la Dalmatie romaine, occupée par les Avares, s'étendait du Bas-Adriatique jusqu'au Danube, et qu'elle contenait toute la Croatie et la Serbie des temps de l'auguste écrivain. Âu surplus, le grand nombre de villes dévastées confirme parfaitement cette étendue.
On voit, en outre, d'après le témoignage sus-rite, que les Avares occupèrent toute cette Dalmatie romaine, a Abares itaque pulcherrimam iianc
\. * Id est Dalmatiam », ajoute Lucius, t. c.