Cedrenus et Zonaras, ap. Stritt. II, p
l'inviolabilité des traités.
ne les mentionne que pour marquer leurs frontières. Lorsqu'il traite de celles des Zachlumiens , il démontre qu'ils sont Croates et non pas Serbes. Ce n'est que pour les mettre sous la domination romaine, qu'il a tâché d'en faire des Serbes et de prouver que leurs possessions dépendaient de Yempire grec. 11 dit : « Zachlumorum Principatus, montana, quœad septentrionem \ Chrobatu... contermina est. » Donc, les Croates païens étaient, vers le sud-ouest, limitrophes avec le3 Zachlumiens; et comme leurs possessions, qui commençaient au territoire ragusien et ne s'étendaient pas même jusqu'à la Narenta , les rendaient limitrophes avec les Croates païens, il est évident que le territoire de ceux-ci s'étendait vers le sud, au delà de Narenta, car il ajoute :
c A Ragusio Zachlumorum Principatus initium habet et ad Oratium fluraen tendit, oraque maritima Paganis, Montana quœ ad septentrionem Chrobatis contermina est »
Les Croates païens*, s'étant faits peu à peu chrétiens, ont peuplé la ville de Raguse, qui devint plus tard une ville exclusivement slavocroate , florissant dans tous les genres de science et d'art. L'élément rotnain se fondit dans l'élément slave et la république de Raguse réveilla l'ancien amour des Croates pour la liberté primitive qui s'est conservée sous les débris des trônes et des peuples eux-mêmes, jusqu'au xix* siècle , pour donner un jour ou l'autre le signal de la résurrection nationale de la Croatie universelle.
1 5° La nationalité croate exclusive est la meilleure preuve de la propriété territoriale croate des contrées en question. Le savant Shafarik
1 . En traitant des frontières de la Croatie vers le nord-ooest, nous avons observé que Constantin les appelait ces régions « versus montana », savoir : vers le nord, et ■ venus mare » c'est-à-dire vers le sitd.
2. Constantin Porphyrogénète, pour revendiquer le territoire des Croates païens en faveur de son empire, en fait un territoire serbe; il oublie soi propre récit au sujet de la Croatie. Relativement aux frontières des contrées serbes, il recounait que la principauté des Zachlumiens, bien qu'elle atteigne à peine le fleuve Sarenta, et nonobstant il avoue que cette principauté touche à celle des Croates vers le nord. Si les païens ou Sarentaitxs n'étaient pas Croates, eiu qui s'étendaient entre la Serbie, Zachlumie et les Croates chrétien;, alors son récit ne pourrait avoir aucune réalité géographique. Mais il ne s'agit ici que de la primitive acquisition des propriétés territoriales, laquelle seule peut servir de point de d-jpart en cette matière, puisque ses droits sont imprescriptibles. C'est ce que Constantin Porphyrogénète désigne lui-même quand il parle de la division politique et géographique de son temps, c'est-à-dire trois ità'les après la primitive occupation croate.
3. « Excussa prima sua servitute ipsi sponte baptistnum prorsus ejuravernnt. » Couît. Porphyr., Apud Stritt.,l\, 92.
APPENDICE. 267
reconnaît lui-même , dans l'ouvrage mentionné, page (>83 , que nonseulement dans l'époque la plus reculée, mais de nos jours encore la population de toutes ces contrées ne se nommait que croate, et que sa langue était la langue croate. Les écrivains de tous les temps observent, eux aussi, le même fait; ce qui dénote la continuation non interrompue de l'occupation primitive ou une force morale intellectuelle supérieure. Nous ne nous éloignerons pas de la vérité en l'affirmant. Aujourd'hui le terrible et barbare joug des Turcs a fait oublier à ces pauvres gens qu'ils portent -le nom d'un être raisonnable , un nom d'homme et pourtant ils ont conservé la tradition nationale du nom croate, puisqu'ils disent que les Croates n'ont peur ni du Turc, ni du moine : ce qui veut dire beaucoup en Turquie.
16° L'histoire, elle aussi, confirme d'une manière non interrompue la continuelle possession, par la nation croate, des contrées dont nous parlons. Excepté quelques envahissements qui ont eu lieu sous le règne de Dushan, prince et autocrate serbe, lesquels cependant ne décident pas plus contre la propriété territoriale des Croates que l'occupation de la ville de Moscou et de toute la Russie méridionale parNapo- ' léon I er contre celle de l'empire russe lui-même, la nation croate a été toujours dans la jouissance de son droit de propriété, et ses luttes de quatre siècles prouvent irrécusablement qu'elle n'a jamais voulu renoncer à son bien territorial.
Considérant tous ces arguments, documents et monuments historiques, après une première occupation qui remonte à Yère des migrations des peuples, la probabilité du droit serait parfaitement suffisante pour constater la propriété territoriale en question ; car aucune société civile n'est en état de montrer des preuves aussi péremptoires. Il s'ensuit donc incontestablement :
Que la nation croate a le droit, non-seulement historique, mais encore naturel, fondé sur le mode d'acquisition et sur le titre de possession juste, valable et exclusif, de proclamer I'unité de ses territoires et de sa nationalité, de même que toutes les autres nations constituées en sociétés civiles; qu'elle a le droit le plus sacré do revendiquer tous ses droits foulés aux pieds et violés par le parjure et l'illégalité de l'Autriche; et qu'elle a aussi le droit de demander que, depuis V Albanie jusqu'aux Alpes noriques, depuis le Danube et la Drina jusqu'à l'Adriatique, elle soit reconstituée en un corps d'État politique, en une société
L'INVIOLABILITÉ DBS TRAITÉS.
civile; et toute puissance qui voudra l'en empêcher désormais ne pourra s'appuyer que sur Y immoralité et la violence internationale.
il ne nous reste maintenant qu'à dire quelques mots de la nationalité des Croates noriques, et de l'abominable politique de l'Autriche qui se sert des noms géographiques — tous non historiques ou controuvés pour la plupart, — de la religion, des préjugés nationaux, etc., pour mieux diviser les fils d'une même nation, qui devraient avoir le même avenir, les mêmes espérances, la même vocation, pour les armer les uns contre les autres, pour les germaniser enfin et les annuler tous à la fois les uns par les autres.
Et d'abord, pour ce qui concerne les Croates noriques, bien que tous les historiens déclarent que la Croatie blanche, au nord de la Pannonie, fut leur berceau, bien que les écrivains les plus éminents aient démontré qu'ils sont une branche incontestable de la totalité de la nation croate 1 , il y a cependant à Vienne, dans cet institut des sections anatomiques des peuples, quelques hommes, vils instruments de la tendance dénationalisatrice de l'Autriche, qui abusent de la science et do * Yhistoire, à ce point qu'ils prétendent détourner les Croates noriques de leurs frères pannoniens et dalmatiens, afin que, ne se connaissant plus entre eux, ils persistent dans leur esclavage millénaire, et se laissent peu à peu transformer en Allemands : ce qui n'arrivera pas, grâce à Dieu, puisque \ejoug de mille ans n'a pu jusqu'à présent les abrutir aussi profondément.
Au surplus, nos frères des Alpes s'aperçoivent bien dans quel but l'Autriche veut leur enlever la conviction scientifique qu'ils sont purement et simplement Croates, et comme tels Slovènes, c'est-à-dire Slaves, et qu'à ce titre, ils font partie d'une grande race européenne. De même que les aigles de leurs Alpes, ils s'aperçoivent déjà que séparés de leurs frères croates et par ceux-ci des autres Slaves, ils doivent têt ou lard s'évanouir et être effacés du nombre de la race dont ils portent le nom générai. Mais ils savent par l'histoire quelle fut leur patrie à l'époque de l'émigration de la Croatie grande, quand ils occupaient toutes les possessions dont ils ne possèdent aujourd'hui que les débris. Ils savent que, s'éloignant de leurs frères croates, qui ont anéanti le joug allemand au ix* siècle, ils ont dû fatalement souffrir et supporter