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nos voisins, et les autres voulaient à tout prix nous damer le pion. Ils allaient d’un train d’enfer avec leur pas gymnastique. Mais le nôtre n’est pas mauvais, et, au débouché, nous nous trouvâmes tous ensemble prêts à aborder ce plateau qui faisait envie à MM. les Russes et que MM. les, Anglais n’étaient pas commodes à vouloir leur lâcher. Nous .. montâmes pêle-mêle pour ne pas faire de jaloux et sans nous faire prier davantage.
Bourbaki était avec nous; si vous ne le connaissez pas, mes amis, jamais vous ne saurez ce que. c’est que la crânerie d’un officier français devant l’ennemi. On nous parle toujours du vieux Murat qui prenait sa cravaché pour sabre quand il chargeait les artilleurs essayant de lui cracher de la mitraille au visage avec leurs canons. J’aurais voulu le voir avec Bourbaki. Les deux auraient pu faire la paire et personne n’aurait perdu au change*
Nous en aurions aimé deux au lieu d’un, voilà tout. Mais contentons-nous de celui que nous avons et laissons le leur à nos anciens de l’autre Empire.
Bourbaki jetait du feu de parte ut; ses yeux étincelaient et nous l’entendions qui nous criait, avec sa voix énergique, de lui faire place afin qu’il arrivât ré» premier. ,
— r Pârdon, mon général, il y en a [tour tous à la noce, et faut que chacun ait son tour.
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Oh ! ce fut une rude affaire, mes lapins, et les petits agneaux du 2 e et du 3 e , les -turcos, les chasseurs, tous enfin s’en donnèrent à bouche que veux-tu. On n’eut qu’à prendre. Nous abordâmes le plateau carrément et sans dire aux Russes que nous étions là, en leur envoyant de loin un méchant coup de fusil. Nous nous en vînmes les trifouiller à la baïonnette. Dame, nous n’y allions pas de main morte, faut croire, et la besogne marchait rapidement, puisque les Russes se rangèrent en carré pour recevoir notre assaut. ’Ils ne virent pas d’autre moyen de nous résister et de conserver le terrain. Mais qu’est-ce que cela nous faisait, leur carré? Nous la connaissons celle-là; nous savons faire la chose aussi bien que ces braves gens, et aussi la défaire. Ah ! ils furent solides et ce ne fut pas commode de les démolir.
J’en ai vu pas mal dans mes quinze ans d’Afrique, et pas mal en Crimée, et je ne connais pas d’affaires qui furent aussi rudes. Nous eûmes là quatre heures de travail qui auraient bien pu en fatiguer d’autres. Mais bah! puisque nous étions arrivés sur ce plateau, l’idée nous était entrée dans la cervelle d’y rester malgré tout et de bousculer tout ce qui voudrait nous en empêcher. Or, vous savez si les vieux zouaves d’Afrique sont entêtés. Quand ils se sont mis quelque chose dans la boule, il faut que
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cela parte et arrive au but. Ici la besogne en valait la peine, et les Russes n’étaient véritablement pas raisonnables. > .
Eux aussi s’étaient fourré dans la machine qu’ils devaient s’install ersurieplateau comme s’ils avaient voulu s’y promener la canne à la main. Ils ne nous avaient pas consultés pour prendre c'ette petite résolution, et je crois que voilà ce qui nous vexait. Ils avaient été beaucoup trop sournois pour nous. Ce n’était pas commode à arranger. Chacun restait avec son idée et la défendait. Mais après quatre heures de bonne et solide conversation, et après que pas mal des leurs et des nôtres eurent passé l’arme à gauche, on finit par s’entendre un peu plus convenablement. Les Russes déguerpirent avec lenteur, et nous leur fîmes poliment un pas de conduite jusqu’à ce qu’ils fussent rentrés chez eux.
Tel est l’historique réel à ma connaissance.
Mais tout cela, mes enfants, continua le vieux troupier après avoir repris haleine un instant, tout cela, quoiqu’assez joliment troussé, n’est rien auprès de ce qui nous est arrivé à Traktir. C’est là qu’il y eut un fier engagement sur les bords du ruisseau, et de mémoire de zouave c’est bien le plus fier que l’on ait jamais vu. De ma vie je n’oublierai la peur qui me serra le ventre lorsque cha-
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cun de nous tricotait de son côté, que sur le Pont on se bousculait, et que sur les bords de la rivière nous flanquions à l’eau tout ce que ne crevaient pas nos baïonnettes ; tout à coup j’entendis le clairon du régiment sonner au drapeau. J’en frémis encore rien que d’y penser.