‹ La croix présentée aux membres de la Société de tempérance [microforme]Chapitre 4 sur 13 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

La croix et les fidèles de tous les siècles.

La croix était devenue l’étendard du chrétien et le symbole le plus puissant pour toucher les cœurs et les convertir, en rappelant de la maniète ta plus frappante, que le Fils de Dieu avait tellement aimé le monde qu’il avait versé son sang pour le sauver.

Aussi fut-elle l’arme unique dont se munirent d’abord les apôtres de Jésus- Christ pour aller lui conquérir lunivers, èt faire adorer, même par ses bourreaux et ses ennemis, le Dieu qu’ils avaient fait mourir sur cette croix.

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Saint Paul, l’apôtre de la croix par excellence, ne veut prêcher que la croix. C’est la croix, toujours la croix qui fait le sujet de ses admirables prédications. Cette croix lui paraît si belle, si puissante, son cœur est tellement épris d’amour pour elle, qu’il ne se contente pas de la montrer et de la prêcher sans cesse, il veut, se semble, se l’incorporer et comme l'identifier avec lui, quand il s’écrie : ‘“ Je suis attaché à la croix de Jésus-Christ.” Cet apôtre, le plus grand des ap6tres par l’ardeur de son zèle et par ces travaux immenses, qui jetaient un Saint Jean-Chrysostôme dans une admiration inexprimable, cet apôtre ne veut se glorifier ni dans le nombre prodigieux d’infidèles qu’il a conquis à Jésus-Christ, ni dans les souffrances et les persécutions que lui ont attirées ses prédications et ses conquêtes. Toutes ces œuvres, si douces pour le cœur de celui qui travaille pour la gloire de son Dieu et le salut de ses frères; toutes ces souffrances, si glorieuses pour l’apôtre de ce Dieu crucifié pour l’amour des hommes, ne

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sont pas à ses yeux, comparables à [a gloire qui lui revient d’être l’ami et le disciple de la croix. Dans la pensée de ce grand apôtre, toutes les autres gloires s’évanouissent devant la gloire de la croix ; tout ce qu’il a fait et souffert pour Dieu ne l’honorera jamais autant que Dieu l’honore en le faisant l’apôtre de la croix. Aussi, entendez-le : “ Rien ne m’est si précieux ‘ rien ne m’est si glorieux que la croix.

‘ Je porte en mes mains, en mes pieds, ‘“ en mon côté les stigmates de Jésus “ crucifié. Voilà ma gloire. A Dieu ‘“ me plaise que je. me glorifie jamais “ dans autre chose que dans la croix “ de Jésus-Christ, par qui le monde “est crucifié à mon égard, et moimême à l’égard du monde.” Quelqu'un refuse-t-il d’honorer, d’aimer la croix, ou s’en déclare-t-il Pennemi ; alors l’apôtre de la croix se sent frappé au cœur, sa douleur n’a lus de bornes, et il faut entendre ce cri d’étonnement : ‘ Quoi donc ! ...

La croix a été tellement aimée par le :

Sauveur des hommes qu’il Pa choisie pour l’autel de son sacrifice ! la croix

est le signe du plus graml amour dont la terre ait été l’objet ! et vous ne l’aimez pas! Que dis-je ? Vous en êtes l’ennemi ? Ah ! vous me blessez au cœur!!... Voyez... regardez couler mes larmes ! ....”

Ecoutons un autre apôtre de Jésus- Christ et comprenons combienil aimait la croix celui qui, conduit vers ce monument d’amour pour y être attaché et y mourir, lui adressait ces ineffables paroles :

“ O croix! O bonne croix, devenue si vénérable depuis que tu as reçu Jésus-Christ entre tes bras ! O croix que j’ai tant désirée, que jai tant ‘“ aimée ! Te voilà donc enfin pré- ‘ sente à mes ardents désirs ! Recois- “ moi dans tes bras et rends-moi à’ “ celui que j’ai choisi pour maître, afin que par toi je puisse m’envoler ‘ vers celui qui m’a racheté en te ‘’ faisant l’instrument de mon salut !”

Quelles paroles !... Quels sentiments ! ... Quel amour pour la croix !.… Heureux les amis de la croix qui, comme Saint André, ne mettent leur bonheur que dans ce signe de toute

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notre espérance, puisque c’est par Îæ croix que nous serons un jour mis en possession de ce royaume céleste, acquis par les mérites d’un Dieu crucifé !

Je dis : heureux les amis de la croix, parceque l’amour que l’on porte à ce signe adorable est une marque de prédestination, et que tous les, saints se sont sanctifiés à ses pieds.

C’est par la croix que les apôtres, et tous ceux qui les ont suivis depuis dans la carrière apostolique, ont reçu cette force et ce courage qui leur a fait affronter tous les périls et braver la mort même pour conquérir des âmes à Dieu. (C’est à la vue de la croix qu’ils ent fait tomber les idoles, détruit le règne de Satan et arraché les hommes à ce à quoi ils tenaient le plus, je veux dire, à. leurs préjugés, à leurs passions, à l’orgueil, à la volupté et à l’attachement aux biens et aux joies de la terre, pour en faire des.

hommes doux, humbles, chastes, patients et pauvres d'esprit et de cœur.

C’est la croix à la main que les premiers missionnaires on d’abord,

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attiré à eux, et ensuite civilisé et rendu de fervents chrétiens, ces mille et mille tribus de sauvages superstitieux et féroces qui souillaient la terre que Dieu a faite pour une créature intelligente, et morale.

C’est par la croix, élevée partout et offerte à tous les regards, que nos ancêtres ont toujours paru si fortement attachés à la’ vraie foi. Et ce qui pouvait n’être qu’une apparence aux yeux étrangers, était une fidèle réalité pour quiconque vivait et conversait quelque temps au milieu du peuple Canadien.

A lors, cette foi était si vive, qu'avant ces années dernières, il était inouï qu’ux seul Canadien eût passé dans le camp des hérétiques. Alors, nos femmes Canadiennes, les mères chrétiennes surtout, portaient avec bonheur sur elle la croix, signe de respect et de toute vertu ; et malgré le refroidissement de la piété, un grand nombre la portent encore pour leur consolation personnelle et l'édification des vrais chrétiens.

C’est la croix à la main, comme on le sait, qu’un Pierre l’hermite et un

Saint Bernard remuèrent toute l’Europe et la poussèrent en masse contre ces hordes de barbares qui menaÇaient d’éteindre la religion et la civilisation. Quel signe de ralliement ces libérateurs de l’Europe avaient-ils adopté ? Demandez-le à l’histoire ; elle vous dira qu’ils avaient tous une croix blanche tracée sur leurs habits, et qu’ils se faisaient gloire de s’appeler croisés, c’est-à-dire, enrôlés sous l’éténdard de la croix.

Demandez à un Saint Laurent Justinien pourquoi il renonce aux honneurs et aux richesses que lui promet sa naissance ? Pourquoi il refuse la main de l’épouse que lui présente sa mère ? Pourquoi, le premier dans son monastère, il choisit les emplois les plus bas? Pourquoi il va par les rues mendier des affronts comme d’autres vont y mendier des attentions ou des louanges ? Il vous répondra que c’est la croix qui lui inspire ces vertus si au-dessus des forces de la nature.

Demandez à un Saint François- Xavier quel secours il a, quand vous le verrez partir pour aller attaquer

toutes les superstitions et les penchants vicieux des peuples de l’Inde et du Japon qu’il veut soumettre au joug de l’évangile ... Xavier vrus montrera la croix.

Demandez à tous les saints qui leur a donné l’idée et le courage de pratiquer toutes ces vertus qui font aujourd’hui notre admiration, et ils vous montreront encore la croix, toujours la croix.

La croix a donc soutenu tous les hommes apostoliques, sanctifié tous les saints et inspirée la pensée de ces immenses sacrifices qui nous étonnent.

C’est à la vue de la croix, arrachée du faîte de l’église Notre-Dame, à Paris, et jetée dans la Seine, qu’un homme au cœur noble, mais jusquelà assez indifférent pour la croix, se sentit tout à coup ramené à Dieu etenflammé d’un tel amour pour cet instrument divin de salut, qu’il éleva hautement la voix dans une assemblée composée en grande partie de ceux-là même qui avaient applaudi à ce sacrilége attentat. Cet homme est aujourd’hui

l'illustre de Montalembert. Cet homme admirable a vu la croix renversée et profanée ; son âme s’en est pofondément émue ; il ne peut contenter son indignation religieuse, et adresse à peu près ces paroles à ceux qui l’écoutent : “ Vous avez renversez la croix ‘“ qui ornait l’église de notre-Dame, ‘ et vous l’avez jetée dans la Seine.

‘ Vous avez cru sans doute, par cette humiliation, faite au signe de la rédemption, détruire son amour dans le cœur des chrétiens. Je viens vous apprendre que vous vous êtes trom- “ pés. Votre sacrilége attentat m’a réveillé de mon assoupissement religieux. Sachez donc qu’en voyant

Seine, je lai ramassée et placée glorieusement dans mon cœur, et ‘ je vous défie de venir l’y arracher.”

Pendant la révolution française de 1789, une petite troupe de soldats vendéens fut surprise et enveloppée de toute part par un nombreux parti de soldats républicains. La défense étant impossible ; les vendéens mirent bas les armes et se rendirent aux républi-

la croix tombée et puis jetée dans la

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cains. Une croix était plantée près dû lieu où se passait l’événement, et les soldats français, qui ne faisaient alors la guerre aux hommes qu’en haine de la croix qu’ils abattaient partout où elle s’offrait à leurs regards, les soldats français résolurent de faire abattre celle-ci par un des soldats vendéens.

Cette résolution prise, un soldat républicain saisit aussitôt une hache et va da présenter aux vendéens. ‘ Si ‘“ quelqu'un d’entre vous, dit le soldat ‘ impie, veut prendre cette hache et abattre la croix que voilà, nous vous ferons grâce de la vie ; sinon, vous ‘ serez tous passés au fil de l’épée.”

A cette proposition sacrilége, un cri d’horreur s’élève parmi les vendéens, et puis ils demeurent immobiles en attendant la mort. Les républicains s’apprêtaient à massacrer ces héroïques amis de la croix, lorsqu'un vendéen s’avance et, saisissant la hache des mains du destructeur de l’instrument du salut des hommes, il se dirige raidement vers la croix. A cette vue, a troupe entière des vendéens frémit

d’indignation et s’éerie dans sa douleur : “Arrête, arrête ! sacrilége ! Quoi !

‘“ tu insulterais, tu abattrais la croix ‘ de Jésus, le symbole adorable de ‘ notre rédemption !” ... Et les vendéens détournent la tête pour ne pas voir tomber la croix par la main de leur compatriote.

Cependant le vendéen est rendu au pied de la croix. Les républicains tressaillent d’alégresse. . . .Encore une croix va tomber sous des coups sacriléges. Ils encouragent le vendéen et déjà ils applaudissent à son attentat, lorsqu'ils le voient embrasser la croix, et se tourner vers eux. Un feu divin brille dans les yeux du généreux soldat de la croix. Le voilà qui s’appuie contre ce bois vénérable, et élevant sa hache qu’il brandit dans les airs, il défie seul les soldats impies, ‘ Avan- ‘ cez, s’écrie-t-il, avancez, sacriléges ‘ destructeurs de la croix de Jésus!

‘ Vous avez cru que cette hache, re- ‘ çue de vos mains, devait abattre ‘€ encore cette croix : détrompez-vous :

‘ elle doit servir aujourd’hui à la dé- ‘ fendre contre vos insultes.”

À ces paroles, les républicains poussent un cri sauvage, et se précipitent furieux sur le soldat vendéen. Celui ci n’est pas effrayé par le nombre, il

défend la croix avec un courage in-

croyable. Sa hache semble poussée par une force surnaturelle, et il terrasse tous ceux qui s’offrent à ses coups redoutables. Bientôt un monceau de

cadavres est amoncelé autour de la

croix. ‘Cependant le généreux soldat vendéen est percé de plusieurs coups de baïonnette ; son sang coule à grands

flots et jaillit sur la croix. Mais, voilà.

que tout-à-coup, son bras st refuse aux nouveaux coups qu’il veut encore porter, et épuisé de sang et de fatigue, il tombe expirant au pied de la croix qu’il ne peut plus défendre. Alors, par un

suprême effort, il se tourne vers la

croix qu’il embrasse étroitement ; il y colle ses lèvres décolorées et y dépose un dernier baiser avec lequel s’exhale son dernier soupir.

Heureux soldat qui vient de verser son sang pour défendre la croix du Dieu mort pour son salut !

C’est ainsi que la croix a inspiré

toutes les actions héroïques qui font l'honneur de la religion, comme elle a sanctifié les saints et dissipé les ténèbres spirituelles qui couvraient la surface du globe.

Ecoutons maintenant les enseignements qu’elle va nous donner, a nous spécialement qui l’avons reçue des mains du ministre de Jésus-Christ pour nous servir d’étendard dans la guerre sainte que nous avons déclarée au vice de l’intempérance.

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