‹ La croix présentée aux membres de la Société de tempérance [microforme]Chapitre 5 sur 13 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

Les enseignements de la croix.

La croix nous rappelle l’exemple de toutes les vertus, de tous les devoirs, de tous les sacrifices ; elle nous anime puissamment à devenir des chrétiens généreux et parfaits. Si nous voulons réfléchir et nous laisser pénétrer des leçons divines résumées dans le mystère de la croix, ne devient-elle pas pour nous le plus éloquent, le plus persuasif de tous les prédicateurs ?

La croix w’est-elle pas notre catéchisme, notre évangile, notre chemin, notre guide, notre moniteur, notre autel ? A la vue de la croix placée dans nos maisons, quelles passions pourraient ne pas se laisser vaincre, quel sacrifice pourrait paraître rebutant, quelle aflliction pourrait paraître trop poignante pour le disciple du Dieu crucifié ? Oui, un cœur chrétien, à la vue de la croix, verra la colère s’apaiser, l’injustice changer ses desseins pervers, la vengeance arrêter ses plans et ses complots criminels, tous les vices se réformer et se fondre en vertus, toutes les tentations se dissiper et le tentateur prendre la fuite.

La croix nous fait encore comprendre combien nous a aimés le Dieu qui s’y est laissé clouer pour sauver sa créature ; combien noble et grande est notre âme que le Sauveur n’a pas cru payer trop cher en donnant pour elle tout son sang divin.

Mais pour voir, dans toute leur étendue, les effets de la croix sur une âme vraiment chrétienne, entrons dans les

détails de la vie journalière.

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Quel besoin de motifs chrétiens n’éprouve pas à tout moment, et dans tous les états, une âme qui veut servir Dieu fidèlement ? Or, quel souvenir, quel signe, quel vue, mieux que la vue de la croix, lui rappellera ces motifs ? Oui, la croix nous apprend exclusivement et efficacement à nous sanctifier chacun dans son état. Elle nous prêche constamment ce courage et cette persévérance si indispensables au salut de nos âmes, devenues si précieuses à nos yeux, dès que nous comprenons ce qu’il en a coûté au Fils de Dieu pour les arracher aux mains de Satan.

Aussi la croix qui, pour nous membres de la société de tempérance, a pour but spécial de nous encourager à tenir fidèlement à nos engagements contre le vice de l’intempérance, la croix va devenir ici comme une chaire du haut de laquelle Jésus-Christ nous parlera sans cesse un langage d’autant plus touchant et plus persuasif qu’il est iñséparable, dans notre esprit et notre cœur, de la pensée de l’immense

sacrifice que ce divin Sauveur a consommé pour notre amour.

Un peuple qui connaît et vénère la croix, qui la prend pour conseïl et pour règle de ses actions, de ses pensées et de ses sentiments, sera toujours un peuple dévoué à son Dieu et à sa religion. Que mes compatriotes, fidèles jusqu’ici à ce culte sacré et salutaire, continuent à l’exercer avec un ll respect et une persévérance inaltéll rables, et j’aurai le bonheur de mourir 1 avec l’intime persuasion que ma bienll aimée patrie n’imitera jamais l’insigne et abominable folie d’un si grand nombre de nations, qui semblent avoir renié tout à la fois le divin Fils de Marie

et le signe adorable qui a servi d’in- d strument au salut du monde. Oui, je h mourrai content, si non seulement le d canadien conserve, comme aujour- te d’hui, le saint culte de la croix, mais Je surtout si j'ai le bonheur de voir de m mes yeux cette croix divine placée au P:

sein de chaque famille canadienne, il comme la sauvegarde de toutes les cc vertus et l’antidote de: tous les vices. V

Veut-on se convaincre que mon cc

éspérance ne serait pas. vaine ? qu’on réfléchisse sur la sainte influence qu’exercera la croix sur toutes Îles classes de la société, ou qu’on daigne m'écouter. Je vais exposer les besoins de chaque état et le remède que la croix peut y apporter. Commençons par les états les plus élevés dans la société, ceux qui ont plus besojn des . secours d’en haut pour donner l’exemple et répandre la lumière et la vertu dans les rangs inférieurs. Et te je parlerai des hommes de oi.

$ 1. La croix et lhomme de loi

Je comprends sous le titre d’hommé de loi les hommes placés das les hautes professions de la société canadienne, tels que les avocats, les notaires, les magistrats. C’est à eux que je dis: Votre profession met entre vos mains le sort temporel de vos compatriotes. Pour ne point prévariquer, il faut de l’instruction et surtout beaucoup de délicatesse de conscience.

Vous avez à craindre de tromper la confiance que placent en vous ceux

qui mettent entre vos mains leurs intérêts propres et ceux de leurs familles.

Vous avez à appréhender que l'esprit d'intérêt, la passion ou un manque d’attention ne vous rendent coupables de quelque injustice plus où moins grande envers ceux que la loi de Dieu et des hommes vous obligent de servir avec une scrupuleuse fidélité. Enfin, vous dévez craindre que des occupations multipliées, et, encore plus peutêtre, que cette atmosphère bruyante et mondaine, au sein de laquelle vous vivez, ne vous fassent négliger ou peutêtre oublier tout à fait les devoirs que Dieu et votre religion vous imposent, si vous n’avez sans cesse, sous les yeux, un objet, un signe, je dirais plutôt, un moniteur qui ne vous passe aucune faute. et vous rappelle toutes vos obligations. Or, ce moniteur inflexible et toujours sincère, sera la croix du Sauveur. Sa vue ramène à Dieu, et son langage franc et sans déguisement empêche de s’aveugler.

L'homme de loi qui préparerait sa cause, travaillerait un plaidoyer étudierait une question importante, ou ré-

intéilles.

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Sa étu- } ré-

digerait $es actes, placé en face de la croix qu’il consulterait souvent d’un regard de foi, ne serait que bien peu exposé à commettre des injustices ou des négligences. Car sur la croix sont écrites, en caractères de sang, ces paroles qui retentissent comme un coup de tonnerre au fond de la conscience : ‘ Tout est à nu et à dé-

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couvert aux regards de celui qui est mort entre mes bras pour expier et arrêter les iniquités et les injustices.

souviens-toi qu’il tirera, un jour, vengeance épouvantable de son sacrifice contre tous ceux dont la cupidité aura rendu ce sacrifice inutile. On peut bien tromper les hommes, mais on ne saurait tromper Dieu. .... Enfant du Calvaire, vous rendrez compte, au tribunal du Dieu crucifié, de tout ce que vous allez dire en faveur de ce client ou contre cette partie adverse .....

Souvenez-vous que ce Dieu haït le mensonge ét l’injustice. . ....Ce que vous allez méditer, conseiller, :

écrire, l’oreille de Dieu lentendra,

% son œil le verra, sa sagesse le sonde- 17% ra, sa justice le jugera . . . ”

Si d’un autre côté, vous étiez tentés de négliger vos devoirs de religion, la ‘croix serait là pour vous rappeler, entre ‘mille autres souvenirs puissants, cette parole du Dieu qui s’y est immolé pour ouvrir les trésors de la grâce :

‘ Pour vous, soyez toujours prêts à ‘ mourir, parceque le Fils de l’homme ‘ viendra à l’heure que vous ne con- ‘ naissez pas !”

Ainsi parle la croix à l’homme de loi. Que dit-elle au médecin chargé, lui aussi, par Dieu et la société, d’intérêts encore en graves, puisqu'il

s’agit de ceux de la santé et même de be la vie des citoyens. ne 6 II. La croix et le médecin. Ë La. croix, entre les mains du méde- “ cin chrétien, ne devient-elle pas com- fa me une boussole qui le préserve des R:

écueils qui surgissent de tous côtés dans sa dangereuse et délicate profes- de sion ? ‘ Occnpé, surtout dans les villes, le .

jour et la nuit, obligé par les devoirs de

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même de sa profession à exercer cer taines fonctions infiniment dangereuses au regard de la plus belle, mais de la plus fragile de toutes les vertus, dépositaire de ce qu’il y a de plus précieux dans la carrière mortelle, la vie de ceux qui réclament son secours ; pouvant, par un simple défaut d’attention, pâr une prescription hasardée, une imprudence, même légère, en certains cas, plonger dans les larmes et priver de protection et de soutien une mère, une épouse, une famille toute entière: de quelle prudence, de quelle discrétion, de quelle sagesse d’action et de langage n’a-t-il pas besoin ? de quelle force chrétienne ne doit-il pas être armé pour persévérer à remplir saintement tant de fonctions difficiles ! en un mot, quelle vertu doit être la sienne pour ne pas faillir et périr au milieu de tant d’écueils!

En eñlet, le médecin, par la nature de ses devoirs et de ses études, n'est-il pas exposé, plus peut-être que les hommes de toutes les autres professions, à devenir, je ne dirai pas un homme sans

convictions catholiques, mais un homme tout livré au détail journalier de sa profession, tout absorbé dans les devoirs matériels qu’elle réclame, ne sachant, ou ne voulant pas trouver le temps et les moyens de s'occuper des devoirs spirituels que lui impose sa religion ?

Qu'on juge de là quel puissant préservatif il faut au médecin, je ne dirai pas pour conserver sa réputation intacte et à l’abri-de toute blâme, avec la confiance de ceux qui ont besoin de ses services, mais encore et surtout pour conserver sa conscience pure de toute erreur, de toute imprudence, de toute souillure, de toute faute, de tout crime en un mot? Ce préservatif, ne faut-il pas, comme pour l’homme de loi, qu’il lui soit en quelque sorte familier, placé sous ses yeux à chaque instant du jour? Or, ce préservatif extérieur, journalier, toujours efficace, n'est-ce pas sans contredit la croix ?

Oui, la croix seul peut le sauver des dangers qui l’environnent, parceque la croix, pour le médecin catholique, devient une armure forte et impéné-

trable aux traits décochés de toutes parts contre cette foule de vertus religieuses et sociales qu’il doit posséder à un degré éminent, afin de répondre à ce qu’attendent de lui la religion et la société.

Eh ! bien, que lui dira la croix ?

Elle l’avertira de se défier de sa fragilité etsouvent même de ses lumières ; de ne s’acquitter de certains devoirs professionnels qu’après s’être armé de la prière ; de moins compter sur son habileté que sur le secours du ciel pour la guérison de ceux qu’il soigne, comme le lui enseigne l’auteur inspiré du livre de l’Ecclésiastique ; que dans ces organes qu’il traite et dont il veut rétablir l’harmonie, habite une âme qui ne doit s’en séparer que par l’ordre de Dieu. La croix dira au médecin qu'ayant si souvent sous les yeux le spectacle des souffrances et de la mort de ses semblables et‘“qu’étant luimême si souvent en butte aux fièvres et aux pestilences mortelles, plus que tout autre, il doit se tenir prêt à laisser la terre pour aller comparaître devant son juge. Enfin, la croix l’avertira

qu’un motif surnaturel, et non simplement une pensée de compassion humaine ou d’intérêt et d’ambition, doit le diriger dans les soins qu’il prodigue à ses malades, puisque le Dieu mart sur la croix l’assure que c’est luimême qu’il visite et qu’il soulage chaque fois qu’il rend service à ses frères : “J’étais malade, et vous m’avez.

visité. ??

Tel est le langage de la croix au cœur du médecin chrétien. Que dirat-elle à homme d’affaires, au négociant ?

$ IIE La croix et le négociant.

Le marchand et le négociant trouve-

ront aussi dans le grand livre de la da croix de saintes et salutaires instruc- été tions. L’amour du gain, le désir de le réussir dans une spéculation, de ré- S aliser certains profits, les absorbent pt uelquefois toutentiers et les exposent rh à la délicate tentation de ne pas trop rar regarder aux moyens d'assurer le suc- « ]

cès. D'un autre côté, la crainte de perdre ce qu’ils ont acquis avec tant de travail et de soins, les expose à une

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seconde tentation non moins délicate que la première, je veux dire, à la tentation d’attacher leurs cœurs aux biens qu’ils possèdent, et d’oublier les biens qui les attendent dans le ciel.

Pour éviter ces écueils, contre lesquels la fragilité humaine a si souvent fait naufrage, que nos marchands et nos négociants catholiques qui, pour un si grand nombre, se sont montrés si nobles et si généreux par les sacrifices qu’ils ont faits en faveur de la tempérance, que nos marchands, dis-je, aient aussi sous leurs yeux cette croix où se révèlent tant de motifs et d’enseigne ments. Qu'ils la consultent chaque jour à chaque entreprise dans tel gain, dans telle ou telle affaire. Qu'ils écoutent avec attention et docilité les leçons salutaires qu’elle ne manquera jamais de leur donner. (C’est surtout aux marchands, aux hommes embarrassés dans les affaires du siècle que la croix dit avec force : ‘“ Que sert à l'homme de gagner l’univers entier, sil vient par là à perdre son âme?” La croix leur dira : ‘ Soyez contents ‘ lorsque vous avez ce qu’il faut pour

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vous nourrir et vous vêtir. Souvenezvous que la balance trompeuse est en abomination aux yeux de Dieu ; que les richesses portent avec elles les plus grands obstacles au salut ; que Jésus-Christ a maudit les riches, et que lui-même est né, a vécu et est mort dans la pauvreté.”

La croix apprendra encore au mar-

chand et au négociant qu’ils ne doivent Jamais se proposer pour but de devenir riches par leur commerce, mais seulement de se procurer, par des moyens toujours honnêtes, ce qui leur est né-

cessaire pour leurs besoins raïison- .

nables et pour ceux de leurs familles.

Elle leur apprendra, par la nature même de leurs occupations, à négocier une autre affaire beaucoup plus importante que celle qui les occupe, je veux dire l'affaire d’acquérir à tout prix la gloire et les biens infinis de l’autre vie. Elle leur dira enfin qu’il ne faut jamais perdre de vue cette grande maxime évangélique : “ Cher- ‘“ chez avant tout le royaume de Dieu ‘€ et sa justice, et le reste vous sera ‘ donné par surcroît.”

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Voilà, en peu de mots, ce que la croix enseigne aux hommes de négoce et d’affaires. Voyons maintenant ce que ce livre divin doit dire à la femme, et d’abord à la femme du monde ou de rang, puisque nous en sommes sur les hautes classes de la société.

$ IV. La croix et la femme du monde.

La femme, placée dans les hauts rangs de la société, a besoin de la vue de la croix pour l'aider à se sanctifier.

Trop souvent, hélas ! elle oublie qu’une vie de mollesse, de dissipation et de jouissances mondaines est en contradiction manifeste avec l’évangile et, comme telle, réprouvée de Dieu! Trop souvent encore le faste, le soin de sa parure, des lectures dangereuses, des inutilités, font presque sa seule occupation. Se lever, s’habiller avec élégance, parler des modes, prendre ses repas, fréquenter des amis ou se promener, voilà les jours, voilà les occupatious de plusieurs femmes du siècle.

Quelle vie, mon Dieu! ....

Oh! quelles écoutent un instant le langage de la croix, et elles compren-

dront bientôt que, sans être obligées à travailler comme les personnes placées dans certain rang de la société, elles sont cependant soumises à la même loi qu’elles : ‘ Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front.” Voilà cette loi portée contre tout le genre humiain depuis le péché d'Adam. La croix, le plus éloquent commentaire de cette sentence, la croix fera comprendre aux femmes du monde que, si elles jouissent de biens temporels suffisants pour elles-mêmes, elles doivent travailler pour le Dieu crucifié dans la personne des pauvres qu’il a substitués en sa place. Elles compire qu’il ne suffit pas d’éviter e mal, mais qu’il faut encore faire le bien. Par-la croix, elles apprendront que les visites et les promenades font quelquefois partie des devoirs qui entrent dans l’ordre voulu par la Providence, pourvu qu’un motif chrétien en soit l’objet ; mais aussi, elles apprendront que ces visites et ces promenades deviennent inutiles, quelquefois même dangereuses et opposées aux intérêts spirituels de leur âme,

quand la dissipation, le désir de voir ou d’être vues, la pensée de se débarrasser d’un temps qui pèse et qu’on ne sait employer utilement, en sont les seuls et uniques motifs.

Pour éviter ces fautes d’autant plus dangereuses qu’elles sont approuvées par l’esprit déréglé du monde, que chaque matin, la femme chrétienne commence sa journée par se mettre à genoux devant la croix, et qu'après Pavoir contemplée avec amour et respect, elle écoute attentivement les divines leçons qu’elle lui donnera :

‘€ Malheur à vous, richesses, parceque ‘“ vous avez ici bas votre consolation.

‘ Apprenez que je suis doux et humble ‘ de cœur. Souvenez-vous que le ‘ Dieu qui est mort entre mes bras, et ‘ dont vous êtes les disciples, a vécu ‘ dans la pauvreté, les privations et

les humiliations de tout genre. Il condamne hautement les délicatesses, l’immortification et tous les soins déraisonnables prodigués à ce corps de péché et de mort. Regardez-moi, dit encore la croix, et souvenez-vous de celui que j’ai tenu

entre mes bras; regardez ce corps déchiré et sanglant, cette tête couronnée d’épines, et non de roses ; ce visage couvert de crachats, et non de fard ou de couleurs enpruntées ; cette bouche abreuvée de fiel et de vinaigre, et non satisfaite par les liqueurs et les mets les plus délicats ; ces pieds et ces mains percés de clous et ce corps dépouillé de ses vêtements, et non, comme le vôtre, couvert des plus riches étoffes et livré, dans toutes ses facultés, à à la plus dangereuse oisiveté. Où en serez-vous, quand vous irez paraître au tribunal du Dieu crucifñié! II vous dit ici qu’il n’aime que les âmes détachées d’elles-mêmes et des choses de la terre, les âmes douces et humbles qui usent de ce monde comme n’en usant pas, dont la chair et ses convoitises sont crucifiées. Il n’y a point d’autre chemin pour aller au ciel, que le chemin royal de la croix. Suivezle, si vous ne voulez pas passer des joies et des jouissances de ce monde dans les larmes et les tourments de Pautre.”

Tels sont, en abrégé, les enseignements salutaires que la croix exprime admirablement au cœur de la femme du monde. Puissent-ils être compris !

Car, si la femme, elle aussi, donnait universellement dans la corruption, la frivolité et l’irréligion du siècle, qu’en serait-il du monde, grand Dieu !

Descendons maintenant aux rangs inférieurs de la société, et disons ce que la croix enseigne au cultivateur.

$ V. La croix et le cultivateur.

C’est au pied de la croix que le religieux cultivateur canadien viendra, chaque matin, offrir au Dieu mort sur la croix ses fatigues et ses pénibles travaux. (C’est là qu’il comprendra tout le prix de ces fatigues et de ces peines, en apprenant qu’étant unies aux souffrances de Jésus-Christ, elles deviennent dignes de fixer les regards complaisants de son Dieu, et d’attirer sur celui qui souffre les bénédictions les plus abondantes.

Ne manquez jamais, cultivateur canadien, de commencer votre Journée par vous mettre dévotement à genoux

au pied de votre croix. Pauvre frère, vous avez une si large part des misères humaines, et puis, il serait si regrettable que vous perdissiez le fruit que le ciel y attache ! Cette large part des misères humaines qui pèse sur vous, c’est le poids du jour qu’il vous faut sans cesse porter ; ce sont ces travaux durs et constants ; ce sont ces légitimes inquiétudes pour l’entretien et l’établissement de vos enfants ; ce sont ces appréhensions sur le succès de vos moissons que la chaleur, le froid, les pluies menacent tour à tour ; aujourd’hui il vous faudra affronter un froid rigoureux qui fait frissonner vos membres couverts d’habits insuffsants; demain ce sera un voyage à faire, voyage indispensable, impérieux, et tous les éléments semblent conjurés pour vousretenir à la maison.

Cependant vous ne pouvez demeurer chez vous, les besoins de votre famille commandent impérieusement, il faut aller au bois, au moulin ; il faut sortir.

Je vous vois donc sortir ; je vous suis deg yeux et de la pensée, et je vous plains. Oui, je vous plains, mon

frère, si le souvenir de la croix né vient pas adoucir les peines de cé voyage ; je vous plains parceque vraiment vous êtes malheureux ; mais, je vous plains, surtout parceque j’entends vos murmures, vos plaintes et quelquefois vos juremérits ét vos imprécations contre les peines que vous souffrez. Oh ! mon ami, quelle situation doublement malheureuse, et parceque vous souffrez beaucoup, et parceque vous perdez tout le mérite de vos souffrances ! En serait-il ainsi, mon frère, si, avant de partir, vous alliez mettre ces contreterñps, ce voyage et ces peinés aû pied de la croix? Non, certes! Rien comme la croix ne vous animera et ne vous corisolera.

‘€ Voilà une journée de misère, mon enfant, Yous dira la croix ; mais c’est une journée d’un prix infini, si tu sais en profiter. Souviens-toi des souffrances de toñ Dieu. Tu le sais, il était innocent, et toi, tu es coupable. Cependant, il a souffert d’horribles tourments pour l’amour de toi, sans faire entendre une seule plainte, et toi, refuserais-tu de souf-

ce [12

frir les peines de cette journée pour l'amour de lui? Prends courage, sois patient, invoque-le ; il t’aidera.

A quoi te servirait de murmurer, de t’irriter et contre le temps et contre ta peine? Tu ne ferais par là qu’aggraver ta misère et offenser ton Dieu. Pense aux tourments endurés par ton Sauveur sur la croix, et soumets-toi ; et, lorsque la peine aura passé, avec quelle douce satisfaction tu reviendras me contempler, moi, la croix de ton Dieu, ta force et ton soutien! Alors, tu comprendras que cette journée, qui te semblait si terrible, ne l’a pas été autant que tu le croyais. Un regard sur moi te fera connaître qu’elle est marquée au livre de vie, et, content, tu reposeras sans remords tes membres fatigués.’ Animé, encouragé et fortifié par ces paroles douces et suaves comme un parfum, l’enfant de la croix partira.

Une sainte résolution est formée dans son cœur ; c’est en union des souffrances de son divin maître qu’il va souffrir. La pensée des paroles cé-

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