‹ La croyance à l'immaculée conception de la Sainte Vierge ne peut devenir dogme de foiChapitre 15 sur 35 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LES DÉFENSEURS DE l'iMMàCULÉE , CONCEPTION ATTESTENT EUX-MÊMES TOUT CE QUE NOUS AVONS VU JUSQU'iCI DE LA NOUVEAUTÉ DE CETTE OPINION, ET DÉTERMINENT LE TEMPS OU ELLE DEVINT COMMUNE. — TÉMOIGNAGE DU PÈRE AMELOTE.

I. La Faculté de Paris Tadopte la première en 1496 : plusieurs autres la suivent successivement. — II. Tout ce que dit làdessus le Père Âmelote retombe contre lui. — III. Réflexion importante sur un autre passage du même , tiré de la nouveauté de son opinion. — IV. Il résulte de tout ce qu'il dit que c'est au XYIe siècle seulement que cette opinion devint commune.

I. Il faut maintenant achever notre preuve de fait par le témoignage même des défenseurs de la conception immaculée, et apprendre d'eux l'époque où cette opinion finit par devenir commune. Nous citerons d'abord le Père Amelote , qui n'a manqué à sa cause ni du côté du talent ni du côté de l'érudition.

Après avoir raconté comment la Faculté de théologie de Paris s engagea à soutenir la conception immaculée^ en 1469 et 1497 , le Père Oratorien continue ainsi : « L'année d'après » l'Université de Cologne imita celle de Paris;

98 CHAPITRE D0UZIÈ3IE.

» et celle de Mayence, l'an 1501, ajouta même » le serment de ne point tenir dans le cœur, )) et de n'approuver en aucune manière Fopi- )) nion opposée. Depuis, leur exemple fut suivi » par les Universités de Valence , d'Urso dans » l'Andalousie, de Barcelonne, de Tubinge et » autres; par les synodes entiers des diocèses )) par les chapitres, par les villes, par les » royaumes, et insensiblement la persuasion )) s'en répandit par toute la terre (1). »

II. Le Père Amelotte semblait se figurer qu'après de si magnifiques paroles il ne serait possible à personne de ne pas prendre avec lui son opinion pour une doctrine de foi et il ne s'apercevait pas, emporté qu'il était par son enthousiasme, qu'il tombait dans le piège, et qu'au lieu d'assurer l'autorité de sa croyance , il la ruinait lui-même en en constatant la nouveauté. En effet, si c'est depuis 1501 que la persuasion de l'immaculée conception s'est répandue dans toute la terre, avant cette époque toute la terre était donc étrangère à celle persuasion. Une persuasion ne peut s'étendre que là oi^i elle n'était pas auparavant.

(1) Abrégé de la Thcol. , liv. VI , ch. 43.

L'Université de Cologne se rangea à l'opinion de la conception immaculée un an après TUniversité de Paris; donc à l'époque où la Faculté de Paris adopta cette opinion , l'Université de Cologne ne la tenait pas encore. A partir de l'an 1501, celle opinion fut établie dans les Universités de Mayence , de Valence, d'Urso, de Barcelonne, de Tubinge: donc, avant le commencement du XVI*^ siècle, celle opinion n'était le sentiment ni de l'Université de Mayence, ni de celle de Valence, ni de celle d'Urso , ni de celle de Barcelonne, ni de celle de Tubinge, ni des autres. La même opinion fut reçue , à l'exemple de ces Universités, par les synodes entiers des diocèses, par les chapitres, par les villes , par les royaumes ; donc, avant le XVI® siècle, celte opinion n'était point celle des syno des entiers des diocèses, des chapitres, des villes, des royaumes. Voilà où aboutissent d'ordinaire les raisonnements emphatiques écha faudés pour éblouir les ignorants.

III. A la suite du passage que nous venons de discuter , le Père Amelote s'écrie : (( Qui )) pourra penser qu'une doctrine si curieuse- » ment étudiée , si longtemps combattue pen- » dant plusieurs siècles par de très-savants

)) théologiens, si prudemment examinée par » plusieurs papes et par plusieurs conciles , » entre lesquels a été le concile général, dont » tous les Pères , à la. réserve d'un petit nom- » bre, concluaient pour en définir la croyance, » se soit si puissamment établie dans toute » TEglise sans un effet particulier du Saint » Esprit, qui la possède et qui la gou- » verne (1). »

Que je ferais volontiers ici une réflexion au Père Amelote s'il était encore en vie! Bon Père, lui dirais-je, pardonnez-moi; si le Saint- Esprit avait voulu , comme vous le supposez, établir puissamment la croyance à l'immaculée conception dans toute l'Eglise, il n'aurait pas attendu le XVi' siècle pour l'y déclarer. Vous savez bien que le Saint-Esprit, qui possède V Eglise et qui la gouverne ^ ne manqua dans aucun temps ni de vigilance, ni d'attention, ni de puissance pour établir ce qui doit y être cru. Il résulterait de ce que vous dites, bon Père, que le Saint-Esprit aurait commencé seulement au XVP siècle d'aimer assez l'Eglise pour l'enrichir d'un dogme, selon vous si néces-

(1) Abrégé de la Théol. , p. 283.

saire. Mais il faudi'ait avouer, à ce compte, que les premiers siècles et les apôtres eux-mêmes ont été bien malheureux. Ce n'est pas tout encore; car si le Saint-Esprit voulait, comme vous le supposez, que la croyance à l'immaculée conception s'établît puissamment dans toute l'Eglise , pourquoi ne Ta-t-on pas décidé au concile général de Constance, oii elle fut expressément proposée, ainsi que l'immaculée conception de saint Joseph , par le pieux Gerson (1) ? L'occasion était si propice! Elle l'était encore davantage au concile de Trente, où les décrets passaient à la pluralité des voix. Tous les ï^ères, selon vous, à l'exception d'un petit nombre, concluaient à y définir la conception de la sainte Vierge comme immaculée. Comment donc la définition ne se fit-elle pas? Comment donc arriva-t-il , au contraire, que l'évêque de Clermont , qui demandait en effet à haute voix , en congrégation générale et en cession solennelle, la définition dont vous parlez, ne fût point écouté , et que le concile s'en s'en tint au projet de n'épouser aucun sentiment particulier sur cette question ^ de ne laisser gain de cause à

(i) Hisl. de Fleury, liv. Cill, n 20G.

aucune des deux parties et de laisser la chose indécise (1)? Concluons donc, bon Père, que le Saint-Esprit, qui réellement gouverne l'Eglise et la gouverna ce jour-là , n'eut pas le même sentiment que vous de la conception immaculée.

IV. Voilà , dis-je, la réflexion que je ferais au Père Oratorien , et je la fais , à son défaut , à ceux qui, de nos jours, nous répètent encore la même légende. S'ils veulent bien avoir quelque égard pour Thistoire, ils ne trouveront sans doute pas peu à rabattre de ce qu'ils aimeni, à nous dire des dispositions des Pères de Trente (a) dans leurs démonstrations. Au reste, le Père Amelote exagère quand il dit que la croyance à Tim maculée conception s'était établie dans toute l'Eglise et que la persuasion s'en était répandue par toute la terre. L'ordre entier des Dominicains s'était conservé en possession paisible de la croyance contraire; et il y eut encore dans toute la terre des évêques, des docteurs, des prêtres et des fidèles instruits qui continuèrent à croire comme eux.

(1) Hist. de Fleury, liv. CXLII, n. 134, 140. Citant. Pallav. hist., liv. VII , c. 7, n. 1 et suiv.

Mais ce qui résulte bien clairement des passages du Père Araelote , est que c'est seulement depuis le XVP siècle que l'opinion de la conception immaculée est devenue commune entre les théologiens.

la) Les dispositions des Pères de Trente et ce qui se passa au concile relativement à Vimmaculée conception.

i. Autre chose est : approuver l'immaculée conception comme opinion de théologiens ; et autre chose, l'approuver comme dogme public. — IL Congrégation générale du concile. — III. Cinquième session solennelle. — IV. Résumé.

I. Autre chose est d'approuver Timmaculée conception comme opinion , ou selon le style du jour, comme pieuse croyance; et autre chose de l'approuver comme dogme public de la religion , et de vouloir la définir et l'imposer à la conscience des fidèles. Or, sans rechercher jusqu'à quel point il est vrai de dire que la plupart des Pères de Trente approuvaient ce point comme opinion , ce qui est assez indifférent , il est certain qu'il n'y en eut qu'un très-petit nombre qui fussent d'avis d'en faire un décret de foi. La preuve en est dans ce qui se passa à la session cinquième et à la congrégation générale qui la précéda. Voici ce que nous en transmet l'histoire :

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