II. Congrégation générale. — « Le seizième de juin
» l'on tint une congrégation générale, où on lut les » décrets qui devaient être publiés le lendemain dans la ;) session ; on commença par celui du péché originel , » qu'on divisa en cinq anathèmes. Le premier, du péché » originel dans la personne d'Adam ; le second , de la )) transmission de ce péché à ses descendants ; le troi- » sième , du remède qui lui est procuré par le baptême ; » le quatrième , du baptême des enfants ; le cinquième , ^) de la concupiscence qui demeure dans les baptisés. » Ensuite, on condamna les opinions des ZuingUens dans 0 les quatre premiers, et celles de Luther dans le cin- ) quième. Tous les Pères étaient d'accord, à l'exception du 0 deuxième article qui causa des disputes assez grandes » entre les Jacobins et les Cordeliers, sur ce que le décret 0 disait, dans cet article, que le péché d'Adam avait » été transmis à tout le genre humain. Quelques-uns » voulaient qu'on exceptât la sainte Vierge ; et, outre les » Cordeliers , le cardinal Pacheco était de cet avis , et » deux Pères de la compagnie de Jésus, Jacques Laynez » et Alphonse Salméron. Le cardinal voulait qu'on ajoutât » au décret que le saint concile ne prétendait rien définir » touchant la bienheureuse Vierge Marie, quoiqu'on croie » pieusement qu'elle ait été conçue sans le péché origi- » nel. Plusieurs prélats pensèrent de même. 3Iais d'autres » évêques, et ceux qui étaient de l'ordre de saint Domi- » nique, soutinrent le sentiment contraire, c'est-à-dire » demandèrent seulement qu'on déclarât en termes géhé- » raux , sans aucune exception , que la corruption d'Adam » était passée à tous les hommes, afin que la bienheu- » reuse Vierge y fût comprise. Ils remontrèrent qu'en » déclarant pieuse l'opinion de l'immaculée conception, a c'était déclarer impie l'opinion contraire. )) Mais le concile , ne voulant épouser aucun sentiment
CUAPITRE DOUZIÈME. ^ Oo
» particulier sur cette question, ni donner gain de cause » à l'un des partis en condamnant l'autre , convint de » laisser la chose indécise. Cependant , comme chacun » s'efforçait de faire glisser quelques termes qui donnas- » sent atteinte au sentiment contraire au sien, les légats, » suivant l'avis de l'évèque d'Astorga, opinèrent pour » insérer seulement dans le décret, après les cinq canons, » que le concile n'avait point intention de rien décider » présentement sur ce sujet , mais qu'il fallait observer » les constitutions de Sixte IV. Quelques-uns deman- » daient qu'on y ajoutât : qu'il ne serait pas permis de » parler contre l'immaculée conception ; et l'archevêque » d'Aix voulait qu'on défendit de parler ni pour ni con- » tre. Les évèques de Cagliari et de Sassari furent d'avis » de n'en point parler en chaire dans les prédications. Il » est constant que cette exception se trouve dans l'édition » du concile qui parut à Milan en 1548 ; et de plus , Ca- » tharin , qui était présent au concile , et dont l'ouvrage n sur cette matière parut à Rome en 1551, dit que a cette exception fut reçue d'un consentement unanime, n Dominique Soto , autre dominicain, dans son Com- » mentaire sur le chapitre V^ de Vépilre aux Romains , » publié en 1550, reconnaît aussi que cette exception » avait été reçue et mise dans le décret du péché ori- » ginel.»
III. Cinquième session. — Après avoir rapporté le décret de foi et le décret de réformation qui furent publiés à cette session solennelle , l'historien continil^ ainsi : « Ces » décrets furent lus et approuvés par le plus grand nom- » bre ; mais il y,en eut qui formèrent des difficultés sur » quelques-uns. Sur le premier, par exemple, qui con- » cernait la conception de la sainte Vierge, le cardinal » de Jaën voulait que l'on ajoutât : comme la plus grande
106 CHAPITRE D0UZIÈ3IE.
n pariie de V Eglise le croit plus pieusement; ou , comme » plusieurs croient que la Vierge n'est pas conçue dans le n péché originel. L'archevêque d'Aix était pour qu'on » gardât le silence et que l'on fit défense à tous les prédi- » cateurs de prêcher sur cette matière. L'évêque de » Sassari dit que cet article offensait une des parties sans » satisfaire l'autre , et que l'on allait renouveler les an- » ciennes querelles qui avaient troublé l'Eglise du temps » de la bulle de Sixte IV, dont parlait le décret. L'évêque » de Sienne dit qu'il approuvait le décret, s'il ne portait » aucun préjudice à la sainte Vierge. Celui de Palerme » l'approuva sous les mêmes conditions que le cardinal » de Jaën. Celui de Cava persista dans son premier avis » du seizième de juin. L'évêque de Clermont jugea qu'il » fallait décider absolument que la Vierge était conçue » sans le péché originel. L'évêque titulaire de Chéronée » opina comme celui de Sienne. Celui de Saint-Marc opina » comme le cardinal de Jaën. Celui de Calahorra donna » son sentiment par écrit, portant qu'il approuvait le » décret pourvu qu'on y ajoutât ceci : Que parce que » beaucoup de prédicateurs osent avancer dans leurs ser- » mons que la bienheureuse Marie n'est pas conçue dans » le péché originel (ce qui cause des scandales parmi le » peuple), il ne sera plus permis à l'avenir de prêcher » publiquement cette doctrine , jusqu'à ce que l'Eglise » ait décidé la question ; que néanmoins l'intention du » concile n'est pas de réprouver cette opinion. Qu'au reste » il n'approu^ pas le texte du décret. L'évêque de Cas- )) tellamare dit qu'il fallait ajouter à l'article de la con- » ception quelques termes qui fissent cesser le scandale » et qui ne portassent point de préjudice à aucun des » deux partis. Tous ces suffrages furent recueillis par le » secrétaire Massarel ; mais comme le plus grand nom-
lOi
» bre opina qu'il ne fallait rien changer ,
le décre
» passa (1). »
IV. Le très-grand nombre des Pères de Trente ne voulurent donc point déclarer seulement en faveur de l'immaculée conception , que plusieurs la croient pieusement ; tant ils furent éloignés de la disposition de la déclarer dogme de foi. Et il n'en manqua pas qui désiraient que cette croyance fût abolie.
(1) Hist. de Fleury , tome XIX, p. 170 , 171 , in-S".