‹ La croyance à l'immaculée conception de la Sainte Vierge ne peut devenir dogme de foiChapitre 17 sur 35 · I. Voici comment s'exprime à son loiir · texte numérisé non relu

I. Voici comment s'exprime à son loiir

Habert sur le même point : « Notre sentiment

» a pris tant de faveur depuis quatre cents ans,

» c'est-à-dire depuis le commencement du qua-

)) torzième siècle, où Scot, sur la troisième

» des sentences, dist. 3, q. 1, le proposa comme

)) probable, que l'an 1385 l'Académie de Paris

» condamna cette proposition de Jean de Mont-

» son : (( Il est expressément contre la foi de

» dire que la bienheureuse Vierge, mère de

)) Dieu, n'a pas contracté le péché originel, »

)) et la censura de cette manière : Cette pro-

» position doit être rétractée comme fausse , scan-

» daleuse, assurée présomptueusement et offen-

)) sive des oreilles pieuses. De plus l'évêque

)) d'Evreux, Guillaume de la famille de saint

» Dominique, ayant osé, l'année suivante , dé-

)) fendre la proposition de Jean de Monlson,

)) fut forcé , à la poursuite de la même Acadé- )) mie , de rétracter ce qu'il avait dit contre la » censure de la Faculté. Celle-ci, poussant )) plus avant en 1497, établit par un décret » qu'à partir de là personne ne serait reçu au » grade de docteur, sans setre obligé aupara- )) vant, par un serment solennel^ à tenir cette )) doctrine. C'est ce que firent aussi dans la » suite les académies de Cologne et do Mayeuce, » en Allemagne; de Salamanque, de Tolède, » d'Alcala et plusieurs autres en Espagne. Bien )) plus, plusieurs grands hommes de la famille » des Dominicains, comme Noël Hervée (1), » maître général au quatorzième siècle; saint )) Vincent Ferrier, Serm. 1, de Nativitate (2); » Dominique Soto, Ambroise Catharin et plu.-

(1) Eslius, dans son Comment, sur saint PawZ,2Cor., V, 1-i, sur ces paroles : Ergo omnes mortui sunt , affirme qu'Hervée a enseigné la doctrine opposée en se servant de ces paroles de saint Augustin, Cité de Diev, liv. XX, c. 6 ; « Ainsi tous )) sont njorts de la mort du péché ou originel, ou même actuel, » sans exception de personne absolument : nemine prorsus » excepta. » Il soutient que c'est une main étrangère qui a ajouté à ce passage d'Hervée Texception de la sainte Vierge en ces termes: Si ce n'est la mère de Dieu, contre l'esprit de l'auteur et la répugnance du contexte.

(2) MelchiorCano cite saint VincenlFerrier pour la doclrine contraire.

» sieurs autres embrassèrent ce même senti- » ment; et ainsi il devint commun (1) Ça), n

II. Voilà l'historique de l'opinion de la conception immaculée tracé par une main qui ne peut lui être plus favorable. Eh bien, qu'y voyons-nous ? Que le commencement des progrès de cette opinion est fixé aux premières années du XIV® siècle; que le premier docteur qui la mit en thèse et la défendit est Scot,le docteur subtil; que ce premier docteur qui la défendit , ne la proposa point en l'affirmant, mais qu'il commença par la proposer seulement comme probable ; qu'on était déjà à la fin du XV® siècle quand elle devint l'opinion de la Sorbonue en corps; que ce ne fut que pendant le XVI® siècle qu'elle fut adoptée par plusieurs autres universités de l'Europe, qu'elle obtint le suffrage de quelques Dominicains, et qu'enfin elle devint par là commune. Sicque evasit communis : et ainsi elle devint commune, dit le docteur.

(1) De vitis etpeccat., c. VII, § 6.

{a) De la portée du seniimcnl des théologiens favorables d V immaculée conception.

I. Ils n'ont point tenu l'immaculée conception comme de foi. — II. Ils ne l'ont embrassée ni comme une vérité publique , ni comme un point certain — III. Les Papes n'en ont parlé que comme d'une opinion particulière de théologiens , et problématique.

I. II faut bien remarquer à quel titre les théologiens des derniers siècles ont embrassé et tenu la conception immaculée. L'ont-ils tenue comme de foi? Nullement, et ils s'en sont formellement expliqués. « Ceci , à la vérité , ne touche point la foi : id quidem ad fidem non » spectat, » dit Noël Alexandre (1). Et à la marge : « L'im- » maculée conception de la bienheureuse Vierge ne » regarde pas la somme de foi. » Bossuet, dans le projet de réunion , dit nettement aux protestants : a Point de » difficulté sur ce point; non-seulement une partie de » l'Eglise, mais toute l'Eglise romaine, tient l'immaculée » conception de la bienheureuse Vierge Marie pour indif- » férente et n appartenant pas à la foi, ce qui suffit (2). » Or, ce qui n'appartient pas à la foi, ce qui ne regarde pas la foi , ce qui ne touche pas à la somme de foi , n'est de foi d'aucune manière; je veux dire ni de foi expresse , ni de foi implicite , ni de foi définie , ni de foi non définie. Bellibéron dit: a La proposition n'est pas de foi (3). » Et Bergier : « Nous convenons que ce n'est pas un dogme de » foi (4). i)

(1) Theol. moral. , lib. II , de peccaU, tr. i, c. I, n. H.

(2) Cogiiation. privai. XXX.

(3) Cours compl. t. de la Grâce ; De homine îapso.

(4) Dict., au mot Conception.

II. Les théologiens n'ont pas embrassé non plus l'immaculée conception comme une vérité publique, ni comme un point certain , mais seulement comme une pure opinion théologique^ possible , probable , permise, problématique, adoptée par les uns, rejetée par les autres. Le premier de tous qui l'a avancée , ne l'a avancée que comme une chose qui semble convenable , et il a dit : « Lequel « Dieu a fait , Dieu le sait (1). » Poitiers dit : « Que c'est » une dispute entre les catholiques (2). » Noël Alexandre la même chose. Bellibéron , un des plus récents , « que » cela paraît plus que probable (3). » Habert , « qu'il est » permis sans témérité de tenir que la bienheureuse » Vierge, par un privilège spécial, a été conçue sans le » péché originel (4). » Enfin, Bossuet , qui seul en vaut » plus de cinquante , a dit positivement dans le caté- « chisme : D. Qu'y a-t-il de certain en cette matière ? R. » C'est que VE^Wse permet de croire la conception imma- » culée , et que cette opinion est pieuse (5). »

liï. Les Papes , dans leurs bulles, ne l'ont jamais désignée que sous le titre (ïopiiiion privée de certains contre d'autres qui la nient, de sentiment des fidèles Ils ne l'ont jamais appelée une vérité, ni jamais affirniée. Ils ont pris garde de ne point nommer eux-mêmes la conception de la bienheureuse Vierge immaculée. Ils n'ont jamais dit que l'immaculée conception fût leur doctrine, ni la doctrine du Saint-Siège , ni , à plus forte raison , celle de l'Eglise. Ils ont au contraire positivement déclaré que ce

(1) Ci-dessus, c. VII.

(2) De pecc, c. VI , art. 1, § 4.

(3) A l'endroit indiqué.

(4) De pecc, c. VII, par. 6 , r. 4.

(o) 8 décembre.

n'est pas là un de ces dogmes qu il faut croire de cœur pour être juste, et confesser de bouche pour être sauvé ^ selon l'expression de l'Apôtre (I) ; et que la Sagesse éternelle ne l'a pas jusqu'ici révélé à l'Eglise (2). Or, comme il est de principe, que l'Eglise ne reçoit point de nouvelles révélations depuis les apôtres , cela veut dire , que cela n'est point révélé et que cela ne le sera jamais : par conséquent, que cela ne sera jamais défini : puisque l'Eglise ne définit, pour être cru, que ce qui a été révélé au commencement

IV. Cela étant , il est visible que ceux qui, de nosjours, proposent l'immaculée conception comme vérité de foi , proposent une nouveauté. Ils ont contre eux dans tous les siècles passés , non -seulement ceux qui n'ont jamais consenti à reconnaître le privilège de l'immaculée conception, mais encore même ceux qui l'ont adopté.

(1) Pio V, Super spéculum.

(2' Greg. XV , Epist. ad re/j. hispan.

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