‹ La croyance à l'immaculée conception de la Sainte Vierge ne peut devenir dogme de foiChapitre 18 sur 35 · CHAPITRE XiV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XiV

TÉMOIGNAGE DE PERRONE.

1. Quatre passages de cet auteur. — IL Aveux qu'ils contiennent. — III. Il en résulte qu'avant Jean Scot et saint Bernard la croyance à l'immaculée conception n'était nulle part.

I. Voici enfin le témoignage du Père Perrone : « Pendant que ces choses se passaient , » se montra Scot^ homme d'un génie très- )) subtil, qui , au miheu de cette célébrité de )) l'Ecole parisienne de la Sorbonne, suivant )) qu'on le rapporte, soutint si vaillamment, » contre les docteurs de Paris , le pieux )) sentiment, qiCà partir de ce temps il fut reçu » comme par degrés par le suffrage de pres- » que toutes les écoles, et devint enfin corn- » mun... (1)

» Bientôt après ia dispute s'enflamma plus )) fortement dans les Ecoles , car le sentiment » qui nie que la bienheureuse Vierge ait con- » tracté la tache originelle prévalait de jour » en jour davantage et s'étendait plus de loin

{\) De immac, p. 1, c III, disputatio Scott.

» en loin : de telle sorte que la Faculté de » Sorbonne, qui auparavant lui était opposée y )■) quœ antea eidem adversabatur , l'adopta et » le fit sien. Les Franciscains ou frères Mi- » neurs, attachés à l'Ecole Scotiste , entrepri- )) rent de le défendre par la raison qui leur )) était particulière. D'un autre côté, ceux qui )) s'attachèrent obstinément à l'opinion affirma- » tive : (( Que la bienheureuse Vierge a été » souillée en sa conception de la tache origi- )) nelle, » dont la plupart appartenaient à l'or- » dre des frères Prêcheurs , ne combattaient ?) pas avec moins de zèle pour leur cause (1).

» L'issue du combat ne fut pas égale; car le )) pieux sentiment pénétra bientôt presque )) toutes les académies catholiques , et devint )) commun. Des adversaires , non en petit )) nombre, passèrent de leur camp parmi les )) combattants du privilège virginal ; le senti- )) ment pénétra dans la multitude même du )) peuple fidèle dans toute son étendue (2). »

Enfin, après avoir rapporté l'adhésion du général des Dominicains , au nom des frères

(1) De immac.,i). 1, c. III, controvertia recruduit.

(2) Id. id., diversus pugnœ exitus.

Prêcheurs, il y a à peine de cela huit ans , en 1843, il ajoute : « Tel a été le sort de cette » controverse, qui, après avoir pris naissance )) dans de très-faibles commencements , quœ a )) tenuibus eœorta principiis , a fait, par le laps » d'une longue suite de siècles , après tant » d'oppositions et de disputes, de tels progrès , )) que le pieux sentiment s'est fortifié de plus » en plus d'année en année, jusqu'à ce qu'il » a dominé seul .dans l'Eglise catholique, et » qu'il a été reçu et soutenu presque d'un con- )) sentemenl unanime et universel (1). »

IL Ainsi parle aujourd'hui encore l'avocat le plus remarquable de l'immaculée conception : examinons la portée de ses aveux.

Premier aveu : Le sentiment dont nous disputons n'est venu dans l'Eglise au point oii nous le voyons maintenant , à partir d'un certain point, que petite petit, de proche en proche , d'année en année. Or, que faut-il davantage pour être assuré que ce n'est point là un article de la prédication apostolique ? Tout ce qui est de la prédication apostolique s'est trouvé établi tout à la fois dès le commencement

(1) p. oO, édition in-12.

dans toutes les églises du monde : et la raison en est, que les apôtres ont infailliblement exécuté Tordre formel et solennel de Jésus-Christ, de prêcher tous et partout la même foi et toute la foi : (( Allez donc, instruisez toutes les na- » lions... Leur enseignante garder tout ce que )) je vous ai confié : docentes eos servare omnia » QUiECUiMQUE maiidavi vobis (1). »

Deuxième aveu: La controverse, relativement à l immaculée conception, a pris naissance dans de très- faibles commencements. Or, quels sont ces faibles commencements ? Mais sans doute ceux que le Père Perrone indique lui-même, quand il dit : à partir de ce temps , c'est-à-dire du temps où Jean Scot avança l'immaculée conception. Il dit : de faibles commencements, rappelant que le sentiment en question prit naissance dans le discours et sous la plume d'un seul docteur, et que ce docteur ne commença d'ailleurs à !e proposer publiquement qu'avec la plus timide circonspection, et seulement comme paraissant convenable.

Troisième aveu : C'est à partir de ce temps où enseigna Jean Scot, que l'opinion de Timma-

(i) Mallh., XXVni, 19, 20.

culée conception devint l'opinion des frères Mineurs, obtint peu à peu le suffrage d'autres théologiens, se répandit parmi les fidèles , pénétra successivement dans diverses académies, et devint enfin commune.

III. Voilà dont l'historique de la croyance à l'immaculée conception d'après le Père Perrone. Sur cet historique, je demande ici à ce Père où était cette croyance avant Jean Scot. Elle n'était point dans la Fa culte de Paris , la plus fameuse de toutes (1), il confesse expressément que cette Faculté lui était alors opposée; elle n'était point non plus parmi Je reste des scolastiques , la doctrine contraire y régnait à cause de l'autorité de saint Bernard et de saint Anselme (2) ; elle n'était point chez les Dominicains, ils y sont demeurés toujours fortement opposés jusqu'en 1843; elle n'était point non plus chez les Franciscains, car il nous apprend que ce ne fut qu'après que Scot eut paru qu'ils en épousèrent la défense par la raison particulière de l'esprit de corps , Jean Scot étant 1 honneur de leur famille; elle n'était

(1) Ci-dessus, c. VI , n. 2.

(2) Id.

point dans les Facultés de théologie ; nous voyons, en effet, comme il le dit lui-même , qu'elle n'y entra que depuis Jean Scot, par le laps du temps et par degrés; elle n'élait point dans le clergé séculier, celui-ci ne formail ses sentiments que dans saint Anselme, dans saint Bernard, dans les scolastiques , et dans les Facultés de théologie ; en6n elle n'était point dans la multitude des fidèles , il professe lui-même qu'elle n'y pénétra que plus tard , peu à peu et d'année en année. Où était donc la croyance à l'immaculée conception avant Jean Scot , d'après le Père Perrone , puisqu'elle n'était alors ni dans la Sorbonne , ni dans les Facultés de théologie, ni chez les Dominicains, ni chez les Franciscains, ni parmi les scolastiques, ni dans le clergé séculier, nichez les fidèles? Evidemment elle n'était nulle part.

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