‹ La croyance à l'immaculée conception de la Sainte Vierge ne peut devenir dogme de foiChapitre 21 sur 35 · II. On me dira sans doute ici que cest · texte numérisé non relu

II. On me dira sans doute ici que cest

(l)F!eury, ^^oisc. surVhist. eccî. , Xfll. (2) De prœscr., XXXI.

i22 CHAPITRE QUINZIÈME.

aujourd'hui le sentiment de tous les évêques; — Je n'en sais rien. Mais, comme il s'agit d'un article de foi, je dis qu'il ne suffit pas, pour y donner lieu, que l'immaculée conception soit l'opinion des évêques. On ne décrète point la foi sur des opinions particulières, mais sur la preuve de la perpétuité. Si vous voulez que je reçoive la foi de l'immaculée 'conception sur le sentiment des évêques , montrez-les-moi rendant témoignage de la foi de l'Eglise, et non point de leur sentiment particulier. Que je les voie tous, la main sur les Evangiles, jurer qu'ils ont trouvé dans leurs églises particulières, en y entrant, et en général dans toute l'Eglise quand ils y ont reçu l'ordination, l'immaculée conception crue à titre de foi révélée , nécessaire au salut et ne pouvant être rejelée sans péché mortel. Que je les entende proférer solennellement et sans équivoque la formule canonique:

(( H^C EST FIDES BEATI PETRI , ET APOSTOLORUM : » HiEC EST FIDES PATRUM *. UMC EST FIDES ORTHO-

» DoxoRUM : C'est la foi de saint Pierre et des » apôtres; c'est la foi des Pères; c'est la foi )) des orthodoxes (1). « Or, jusqu'ici combien

(1) Concil. Trid., § ultim. acclam.

y en-t-il qui aient rendu, en faveur de l'inûmaculée conception, un témoignage de cette sorte? Pas un seul. En ce qui concerne la foi, les évoques ont été établis par Jésus-Christ simplement dépositaires : depositum custodi (1). A ce titre, ils doivent transmettre à leurs ouailles et à leurs successeurs, comme foi, ce qu'ils ont reçu de leurs prédécesseurs comme foi, et rien de plus. Pour tout ce qui s'appelle opinions de l'école, croyances pieuses , sentiments privés, si les évêques , comme particuliers , veulent donner leur suffrage à tels ou à tels , cela les regarde; mais d'imposer au plus petit enfantvde leur diocèse l'obligation de croire quoi que ce soit en outre de ce sacré dépôt qui leur est venu, par la tradition, de main en main des apôtres ; et par les apôtres , de Jésus- Christ; et par Jésus-Christ, de Dieu le Père, ils ne le peuvent pas. 11 faut que les évêques du XIX® siècle fassent comme les Pères, leurs prédécesseurs, ont fait. Or , comment les Pères ont-ils fait? Que saint Augustin nous l'apprenne : « Ce qu'ils trouvèrent établi dans » l'Eglise, ils le gardèrent; ce qu'ils appri-

(1) 1 AdThim., VI , 20.

i2i CHAPITRE QUINZIÊ3IE.

)) rent , ils l'enseignèrent ; ce qu'ils reçurent » des Pères , ils le transmirent aux enfants : » Quod invenerunt in Ecclesia, tenuerunt-, quod » dîdiceruntj docuerunl , quod a Patribus acce- » perunty hoc filiis tradiderunt (i). » Les évoques de nos jours n'ont pas trouvé dans l'Eglise le dogme de l'immaculée conception , ils ne Fy mettront donc pas ; ils n'ont pas appris ce dogme ; ils ne l'enseigneront donc pas ; ils ne l'ont point reçu des Pères ^ ils ne le transmettront donc pas aux enfants.

m. On me dira encore : mais si le Pape le définit? — Le Pape a, il est vrai, tous les pouvoirs que saint Pierre avait • mais il n'a que les pouvoirs que saint Pierre avait. Les apôtres, entre lesquels était saint Pierre , n'ont rien choisi dans leur 'propre fonds , de leur propre dévotion , p>our l'introduire en V Eglise , mais ils ont fidèlement intimé aux nations la doctrine qu'ils avaient reçue de Jésus-Christ ; comme Jésus-Christ lui-même ne leur avait rien enseigné qu'il n'eût appris de son Père : « Ma doc- )) trine n'est pas ma doctrine, mais celle de )) celui qui m'a envoyé : Mea doctrina non est

(1) Contra JuUan. !ib. 2, n. XXXIV.

» mea , sed ejus qui misit me(i). » Les successeurs des apôtres, et ceux de saint Pierre plus qu'aucun, ont donc été liés à la doctrine des apôtres , comme les apôtres Ibnt été à la doctrine de Jésus-Christ. Ces derniers aussi par conséquent, ce qu'Usant trouvé établi par saint Pierre j dans l'Eglise, ils Vont gardé ; ce qu'ils ont appris de saint Pierre, ils Vont enseigné', ce quils ont reçu de saint Pierre , ils l'ont transmis à leurs successeurs. Voilà donc aussi la règle oii est lié le souverain Pontife lui-même. Nous avons la confiance qu'il ne s'en détachera pas.

IV. Enfin , il n'est point de catholique instruit qui puisse, lors même qu'il le voudrait , faire acte de foi théologique sur autre chose que sur la parole de Dieu révélée : or, il est de principe que nous avons pour auteurs de toute parole de Dieu révélée les apôtres du Seigneur, et que nous ne pouvons pas en avoir d'autres ; d'un autre côté, il est inébranlablement prouvé , il est très-évident que la croyance à l'immaculée conception n'appartient pointa la parole de Dieu révélée, prêchée par les apôtres. Donc, aucun catholique instruitne peutjamais,eû vérité et en

(1) Jean, VII, 16.

126 CHAPITRE QUINZIÈ3IE.

conscience, faire là-dessus acte de foi théologique et dire : « Mon Dieu , je crois fermement » que la sainte Vierge est conçue sans le péché )) originel , parce que vous l'avez dit et que » l'Eglise catholique l'a toujours cru , le croit » et m'ordonne de le croire comme révélé >) par vous qui êtes la vérité souveraine qui ne » pouvez pas nous tromper. »

l'impossibilité de définir l'immaculée conception prouvée PAR LES ABSURDITÉS QUI EN SERAIENT LA CONSÉ- QUENCE.

1. La foi ne serait plus une. - II. Tous nos dogmes ne seraient plus catholiques. — III. Ni apostoliques. — IV. L'argument de prescription serait ébranlé. — V. Le principe de ne pas passer les bornes que les Pères ont plantées serait détruit. — VI. Il se trouverait que l'Eglise aurait failli ou avant ou après la définition. — VII. Passage de saint Jéfôme contre toute introduction de nouveaux dogmes.

1. Nous croyons tous que la foi catholique est essentiellement une : vna fides (1). Eh bien 1 supposé l'immaculée conception passée en dogme, elle ne le serait plus. Alors autre serait la foi de l'Eglise avant 1850, et autre la foi de l'Eglise après 1850. Avant 1850, combien de mystères à croire? Trois : le mystère de la sainte Trinité , le mystère de l'Incarnation et le mystère de la Rédemption. Après 1850, combien de mystères à croire ? Quatre : le mystère de la sainte Trinité, le mystère de l'Incar-

(1) Eph., IV, 5.

nation , le mystère de la Rédemption et le mystère de l'Immaculée conception de la sainte Viei'ge.

II. Nous nommons notre foi la foi catholique pour la distinguer de tout ce qui n'est pas elle. Or, désormais, nous ne le pourrions plus. Catholique veut dire de tous les temps et de tous les lieux. Or, évidemment, notre foi ne serait plus de tous temps ^ puisque tel de nos dogmes ne remonterait pas au-delà de l'an

III. Une troisième note de notre foi, c'est d'êlre apostolique; or, nous devrions désormais cesser de nous vanter que cette note lui convient. Apostolique veut dire qui vient des apôtres. Mais notre foi ne viendrait plus des apôtres, dès-lors qu'en partie elle n'aurait commencé d'être dans l'Eglise que dix-huit siècles après leur mort.

IV. L'immaculée conception une fois passée en dogme, nous n'aurions plus l'argument de prescription en notre faveur contre toutes les hérésies. Dès-lors, en effet, il n'y aurait plus d'hérétique, aujourd'hui existant, qui ne pût nous dire que sa doctrine est plus ancienne qu'une partie de notre foi. La foi présente ne

serait plus une preuve ni même une présomption solide de la foi des temps passés. La tradition de tous nos dogmes deviendrait chancelante , dès-lors qu'on pourrait en montrer un qui aurait commencé par n'être qu'une pure opinion introduite d'abord par des scolastiques comme probable seulement, adoptée ensuite par les fidèles et définie enfin , quoique Dieu ne l'eût ni établie au commencement ni révélée.

V. Tout dans l'Eglise repose sur le fondement de la tradition, défini dans ce principe : (c Ne passez pas les bornes que vos pères ont » plantées (1). » Désormais ce principe n'existerait plus pour nous. Les bornes de la foi auraient été transportées, on y aurait enclavé, après dix-huit siècles et demi, ce que les Pères n'y avaient point mis.

VL L'immaculée conception une fois passée en dogme, l'infaillibilité de l'Eglise ne pourrait plus être défendue. Dans cette hypothèse , ou l'immaculée conception serait vérité de foi ou elle ne le serait pas. Si elle l'était, l'Eglise ne serait pas infaillible; elle aurait alors en

(i) Prov.,XXlI, 28.

effet failli pendant dix-huit siècles entiers, durant lesquels elle n'a pas enseigné cette vérité de foi, elle n'a pas ordonné de la croire, elle ne l'a point crue. Si, dans l'hypothèse où nous parlons, l'immaculée conception n'était pas vérité de foi, l'Eglise ne serait pas infaillible, puisqu'elle aurait failli en définissant qu'elle l'est.

VII. Il est donc de toute impossibiUté que l'Eglise définisse jamais l'immaculée conception comme sa foi et sa doctrine. Quant aux particuliers qui, croyant eux-mêmes à ce privilège, veulent ériger leur opinion en dogme nécessaire à la piété, qu'ils sachent que c'est à eux que s'adresse le passage suivant de saint Jérôme, et qu'ils veuillent bien se l'appliquer : « Porteur de » nouveaux dogmes, qui que vous soyez, je » vous en prie, respectez les oreilles des hom- » mes, respectez la foi qui a été publiée par » la bouche des apôtres. Pourquoi, après qua- » tre cents ans (nous disons, nous, pourquoi )) après mille huit cent cinquante ans) , vous )) efforcez-vous de nous enseigner ce que nous » n'avons pas su auparavant? Pourquoi avan- » cez-vous et voulez-vous nous forcer à croire )) ce que saint Pierre et saint Paul n'ont pas » voulu nous ordonner ? Jusqu'à ce jour ,

» sans cette doctrine, le monde a été chré-

» tien. Je n'aurai dans ma vieillesse d'autre

» foi que celle dans laquelle je suis né en-

» fant(l). ))

(1) Ep., LXV, Pammach. et Océan.

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