II. Appuyons ceci par des faits et des ci (a
lions. Au commencement l'Eglise a rejeté tous les livres apocryphes des faits de Jésus-Christ et des apôtres et n'a conservé que les écritures authentiques. Saint Jérôme rapporte, après Tertullien, voisin des jours apostoliques, que saint Jean l'évangéliste, en Asie, punit avec la dernière sévérité le prêtre convaincu d'avoir écrit les voyages de saint Paul et de sainte Thècky quoiqu'il confessât ne l'avoir fait que par zèle pour lapôtre saint Paul (1).
Le pape Gélase, dans une lettre remarquable faisant partie du corps du droit, dit que les martyrs ont souffert les tourments dont parlent leurs actes , et qu'ils ont pu en souffrir de plus grands encore par la grâce de Dieu ; mais néanmoins , ajoute-t-il : « l'Eglise de » Rome, selon son ancienne coutume et par » une excellente précaution, ne lit point ces » histoires, ou parce qu'on ignore le nom de » ceux qui les ont écrites, ou parce qu'elles ont » été écrites par des infidèles ou des ignorants )) qui y ont mêlé des choses superflues ou peu » discrètes. On ne les lit point dans l'Eglise » romaine pour ne point donner lieu à la
(1) Hier. , de viris illust. Lucas,
)) plus légère raillerie, ne vel levis subsanandi » orïretur occasio (1). »
Dans les derniers siècles, au retour des
lumières, les divers conciles n'ont rien eu
plus à cœur que de purger le culte public
des légendes fausses ou suspectes que Tigno-
rance des siècles précédents avait introduites.
(( Déjà depuis longtemps, disait le concile
» de Cologne, en 1536, nous formions de
)) saints désirs de voir les bréviaires purgés ;
)) car, au lieu qu'il a été institué autrefois, par
» les anciens Pères , que les seules Écritures
» saintes fussent récitées dans l'Eglise , nous
» ne savons par quelle incurie il est arrivé
» qu'elles y ont été remplacées par des choses
» qui ne peuvent nullement leur être compa-
)) rées , et quelquefois par des histoires de
» saints si négligées et écrites avec si peu de
)) critique, qu'elles ne présentent ni autorité
)) ni gravité. »
Le concile de Trente, qui commença en ce même temps , déclara aux superstitions et à toute espèce de faussetés une guerre ouverte. 11 ordonna qu'on otât toute superstition de
(1) Dist. XV, ch. m, sancta Romana.
rinvocation des saints , de la vénération des reliques et de l'usage des saintes images (1) ; qu'on ne souffrît point de statues ni de peintures représentant un faux dogme, et qu'on ne publiât jamais à l'avenir aucun miracle qui ne fût auparavant bien reconnu. Quant à l'enseignement oral, il ordonna aux évêques d'empêcher à l'avenir qu'on ne prêchât ou qu'on ne divulguât, devant le peuple, rien d'incertain ou qui eût des apparences de fausseté (2).
Enfin, après le concile de Trente, le culte fut de tous côtés réformé sur ce principe. (( Nous exhortons les évêques de la province, » disait le concile de Reims , à examiner avec » soin les livres des heures de leur diocèse et » les bréviaires , de peur qu'ils ne contiennent )) quelque chose de contraire à la doctrine » catholique ou aux vraies histoires des » saints (3). — Tous les curés et tous les minis- » très de la divine parole , disait l'instruction » pastorale du diocèse d'Auch, expliqueront » au peuple, aussi clairement et aussi distinc- » tement qu'il sera possible , ce que c'est que
(1) J XXV, de invoc.
(2) S XXV, depurgat.
)) le culte que nous rendons à la bienheureuse » Vierge, mère de Dieu, aux saints, à leurs )) reliques, aux croix et aux images et sta- » tues des saints ; ils travailleront de toutes » leurs forces à ôter de l'esprit des peuples totites )) les idées fausses et superstitieuses qu'ils pour- » raient avoir conçues sur cette matière , et » prendront garde qu'il ne s'en glisse de nouvel- » les à l'avenir. » Et un peu plus bas : (( Nous » exhortons et les curés et les fidèles de déco- » rer leurs églises, autant qu'il est possible, » et de statues et de tableaux , mais qu'il n'y » ait rien de fabuleux (1). »
III. Cette discipline de l'Eglise n'est d'ailleurs que l'application pratique de la raison évidente et de l'Ecriture. En effet, quelle affinité peut-il y avoir entre des fables et le culte du vrai Dieu? « Il faut, dit Jésus-Christ, » que les vrais adorateurs de mon Père l'ado- » rent en esprit et en vérité (2). » Or , est-ce adorer en esprit et en vérité que d'adorer par des mensonges? Célébrer de fausses histoires, vénérer de faux miracles, s'attendrir ou rendre
(1) Stat. syn. inst. pasf., 3'- p , til. 1, c. III, n. 1,7.
(2) Jean, IV, 23.
gloire pour des faits faux, ce n'est point servir Dieu, mais tomber dans une vanité qu'il méprise. « Est-ce que Dieu , dit le saint )) homme Job, a besoin de votre mensonge, )) ou que vous ayez recoursàdes fraudes pour le glorifier (1)? « Dieu est la vérité essentielle ; il y a entre Dieu et le mensonge une opposition nécessaire et éternelle, et ainsi croire pouvoir plaire au vrai Dieu par un culte faux et par des fables, c'est l'ignorer ou le nier.
IV. Voici la conduite que l'Apôtre trace à son disciple : « Je vous prie, comme je l'ai » déjà fait en partant pour la Macédoine, de » demeurer à Ephèse, et d'avertir quelques- » uns de ne point enseigner une doctrine dif- » férente et de ne point s'amuser à des fables )) et à des généalogies sans fin, qui servent » plutôt à engendrer des disputes qu'à avancer )) l'édifice de Dieu, qui consiste dans la foi (2). » Et dans un autre endroit : « En enseignant » ceci à nos frères, vous serez un bon ministre )) de Jésus-Christ, nourri des paroles de la foi ,
(i) Job, XIII, 7.
(2)1 Tim.,1,4.
)) et de la bonne doctrine que vous avez » apprise. Mais fuyez les inepties et les fables )) puériles^ aniles fabulas (1). » Ainsi, selon l'Apôtre, point de fables point de frivolités 1 Quelque pieuses que paraissent telles ou telles opinions, dès-lors qu'elles ne sont pas vraies, un disciple des apôtres n'en doit pas faire plus d'état que de contes de vieilles femmes. D'après le principe de saint Paul, ce qu'il convient aux disciples des apôtres de croire et d'enseigner, ce qui produit la vraie édification, c'est la foi y ce sont les ventés de la foi , c'est la doctrine que nous avons apprise des apôtres y et rien de plus.
V. Jésus-Christ lui-même, qui nous a envoyés comme son Père l'a envoyé (2), qu'a-t-il dit de sa doctrine pour notre exemple ? Ecoutons-le : (( Ma doctrine n'est point ma doctrine, » mais celle de celui qui m'a envoyé (3). — » Je vous ai dit la vérité que j'ai apprise de » Dieu (4). — Je n'ai point parlé de moimême, mais le Père céleste qui m'a envoyé
(1) 1 Tîm., IV, G, 7.
(2) Jean, XX, 21.
(3) /d., VII, 16.
(4)iJ., VIII, 40.
» est celui qui m'a prescrit par son comman- » dément ce que je dois dire et comment je » dois parler (1). » Si nous enseignons en disciples de Jésus-Christ, nous devons pouvoir affirmer à nos peuples la même chose. Si donc nous ne mettons de côté les fables pieuses , les traditions des hommes (2) , les doctrines incertaines, nous ne pouvons plus dire dans l'exercice du saint ministère : (( pro Christo » legatione fungimur, tunquam deo exhortante » per nos : nous sommes les ambassadeurs de » Jésus-Christ et Dieu parle par notre bou- )) che (3). ))
Jésus-Christ disait à la Samaritaine : « Vous, » vous adorez ce que vous ne connaissez pas; » nous , nous adorons ce que nous connais- )) sons (4). )) A qui choisissons-nous, de ressembler : à Jésus-Christ ou aux hérétiques de Samarie? Si nous prêchons et adorons des mystères incertains, des miracles apocryphes, des faits peu assurés, nous ne pouvons pas dire avec Jésus - Christ que 72ous adorons ce que nous savons; mais
(1) Jean, XII, 49.
(2) Marc, VU, 7, 8.
(3)2 Corint., V, 20.
(4) Jean, IV, 22.
on peut nous dire ce que Jésus-Christ reproche aux superstitieux de Samarie : que nous adorons ce que nous ne connaissons pas.
VI. Maintenant est-il encore nécessaire d'exposer les conséquences funestes de l'abus dont nous parlons? Elles sont visibles et immédiates. Cet abus compromet tout à la fois l'estime et la confiance du prêtre, la gravité du saint ministère et l'autorité de la religion. De quelle confiance et de quelle estime jouira le prêtre catholique, si l'on voit de ces deux choses l'une : ou qu'il ne sait point distinguer ce qui est faux de ce qui est vrai, ou qu'il prêche et vénère extérieurement, devant le peuple, ce qu'il sait en sa conscience être faux ? D'après le proverbe que, « celui qui a élé trouvé une fois menteur , n'est plus cru ensuite lors même qu'il dit la vérité, » si nous nous exposons à être convaincus de fausseté sur un seul point, toute vérité demeurera par cela même compromise dans notre bouche. D\m autre côté , les hérétiques, les mécréants, les fidèles mêmes ne se persuaderont-ils pas que les faussetés et l-es superstitions qu'ils verront affichées et pratiquées publiquement dans l'exercice du culte,
sont approuvées par l'Eglise? Or, que deviendra alors , dans leur esprit , la foi de son infaillibilité? Et si, en considérant cette légèreté avec laquelle nous admettons des opinions et des faits frivoles, on va se persuader que les anciens n'ont pas été plus graves, et qu'ils ont admis les miracles et les doctrines évangéliques sans qu'ils fussent mieux établis !
Il est donc évident que l'abus que nous combattons est une source des plus grands maux : et ainsi rien ne nous importe davantage (et plus que jamais dans le malheureux siècle où nous sommes) que de l'éviter ou de le corriger.
VIL Ces préliminaires posés, j'en viens à mon dessein qui est de signaler certaines circonstances fabuleuses que l'on prétend ajouter de nos jours à l'histoire évangélique de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les chrétiens graves me sauront gré, je l'espère , de cette entreprise. Quel est le chrétien instruit , en effet, qui ne sente combien il est indécent de profaner et de compromettre un objet si vénérable par de romanesques exagérations! A quoi bon d'ailleurs mêler des fictions à une histoire si sacrée ? Ce
que les évangélistes nous ont conservé des humiliations , des opprobres et des souffrances de l'homQie de douleurs, n'est-il pas assez fort pour toucher l'âme chrétienne ? Piété singuhère que celle à qui cette narration navra aie des évangélistes ne suffit pas?
Ces circonstances fabuleuses dont je parle , sont : Trois chutes de Jésus-Christ, sous le faix de la croix, dans le trajet du Calvaire: une avant la rencontre de Simon , et deux après ; que Simon ne porta pas la croix, et ne fit qu'aider Jésus à la porter en la soutenant par derrière; que Jésus-Christ fut essuyé dans le trajet par une femme nommée Véronique , et laissa le portrait de sa face miraculeusement empreint sur le linge ; qu'il fut rencontré par sa sainte Mère sur le chemin ; enfin que la sainte Vierge assista à la descente de la croix et contempla , entre ses bras, le corps inanimé de JésuS'Christ.
VIII. La première remarque à faire contre tous ces faits en général, c'est qu'on n'en voit rien dans les écritures authentiques. Les EvangéUstes nous ont, tous les quatre, rapporté, dans un détail très-soigné, les circonstances delà passion de leur Maître; ils n'auraient pas manqué
certainement de rapporter aussi bien celles-ci , si elles fussent arrivées. « Tous les Evangélistes, )) dit Louis-de-Grenade , ont été plus exacts à )) raconter les ignominies de la passion que » la gloire des miracles. Ils ont omis plusieurs )) miracles ou se sont contentés d'en parler )) fort brièvement, au lieu qu'ils se sont éten- » dus à raconter toutes les injures de la )) passion (1). » D'un autre côté, on sait que tout ce que Jésus-Christ a fait et tout ce qui lui est arrivé pour notre instruction et notre salut, durant sa passion , avait été prédit et écrit d'avance (2) dans la loi , les psaumes et les prophètes. Or, cependant, nulle part là non plus on ne trouve que le Sauveur dût succom ber sous le fardeau de la croix ; qu'il dût imprimer sa face sur un linge , et le reste. Il n'en faut pas davantage pour que la fiction des faits dont nous parlons demeure manifeste.
IX. Inutile d'objecter ici que l'Ecriture n'est pas la seule règle de foi, ni la seule source de la vérité évangélique. Je le sais, il y a aussi la tradition ; mais le silence de la tradition met,
(1) Introd. au Symb., part. 4, c. VII, $ 2. .
(2) Ad., XIII, 29.
contre les faits ici discutés, le sceau à la preuve du silence de l'Ecriture. Pas une ombre de ces faits dans l'ancienne tradition. Rien n'est plus familier aux saints Pères que de parler de la passion du Sauveur , que d'en énumérer les circonstances , que d'en approfondir le sens, que de s'en servir pour établir la morale, condamner le vice, y chercher la vraie vertu. On rencontre sous leur plume, partout et à tout propos , toutes les circonstances qui se hsent dans les saintes Ecritures, soit du Nouveau soit de l'Ancien-Testament. Mais y Irouve-t-on aussi la dévote Véronique, les chutes de Jésus-Christ, ]es pâmoisons (1) de la sainte Vierge dans les rues de Jérusalem ? Jamais. X. Il y en a qui ont dit que ces faits ne se trouvent pas, il est vrai, dans les livres et les monuments que les saints Pères nous ont laissés, mais qu'ils sont dans leur tradition orale; c'est à ceux qui l'ont dit de le montrer. Ou cette tradition orale des saints Pères est visible ou elle est invisible : si elle est invisible comment ont-ils vu que ceci y était? Si elle est visible et si pourtant ils ne l'y trouvent pas, cela
(1) Voy. ci -dessous, n. 19.
n'y était donc pas. Mais cette distinction entre la tradition des saints Pères , consignée dans leurs écrits et leur tradition orale, est un pur non-sens. Il n'y a point une tradition écrite des saints Pères et une tradition orale des saints Pères. La tradition orale des saints Pères est ce qu'ils nous ont laissé dans leurs écrits, et ce qu'ils nous ont laissé dans leurs écrits est leur tradition orale. De quoi se composent les écrits des Pères ? De leurs homélies, de leurs sermons, de leurs catéchèses, c'est-à-dire de toutes leurs instructions prononcées par eux de vive voix , par lesquelles ils transmettaient publiquement la doctrine catholique. De quoi encore ? De leurs liturgies, c'est-à-dire, delà foi publique telle qu'ils la célébraient dans les assemblées légitimes de la religion. De quoi encore? De leurs explications de TEcriture, où ils exposaient le sens dans lequel ils l'avaient reçue, dans lequel ils l'entendaient et dans lequel l'Eglise ordonnait de l'entendre ; enfin , des manifestations orales et des professions de foi qu'ils faisaient en personne dans les conciles, et de leurs disputes avec les hérétiques, soit de vive voix et soit par écrit.
XL D'ailleurs il y a plus^ et ceci seul fait disparaître la difficulté : il était de principe exprès chez les saints Pères que , pour tout ce qui touche personnellement Jésus-Christ (et principalement dans sa passion), on ne doit croire ni recevoir que ce qui est dans l'Ecriture. Nous venons d'ailleurs de voir (1), par Louis-de- Grenade, que tel est toujours l'enseignement. Mais écoutons, en preuve, précisément saint Cyrille de Jérusalem, le meilleur témoin que nous puissions désirer en cette matière : (( Tout » ce qui regarde Jésus-Christ, dit-il, a été écrit. » Il n'y a rien d'ambigu , rien sans témoignage. » Tout est inscrit dans les pages prophétiques; )) non sur des tables de pierre, mais décrit » manifestement par le Saint-Esprit. )> Il passe en revue les diverses circonstances de la passion, et il dit de chacune à part, que nous devons tenir à savoir dans quel endroit et par quel prophète elle a été prédite. Il finit ainsi ce passage : « Vous avez entendu qu'il fut » crucifié avec des voleurs, ne devez-vous pas » demander si cela aussi a été écrit ? Vous avez )) entendu qu'il fut enseveli, ne faut-il pas que
(1) Ci-dessus, n. 8.
» VOUS examiniez s'il est certain qu'on trouve )) écrit quelque part ce que l'on dit de sa sépul- )) ture ? Vous avez entendu qu'il est ressuscité, )) ne devez-vous point rechercher si, par » hasard , nous ne vous jouons pas par cesdoc- » trines (1) ? » Justifiant ensuite ce principe, il montre point par point, dans les pages anciennes, tout ce que l'Eglise croit et prêche de la passion du Sauveur d'après le Nouveau-Testament.
Le saint évêque rappelle, dans cette instruction à ses auditeurs, qu'ils sont en ce moment sur ce Calvaire même oii toutes ces circonstances se sont passées, et qu'ils les voient pour ainsi dire encore présentes. Il est donc clair parla que les saints Pères ne croyaient et n'enseignaient de la passion de Jésus-Christ que ce qui s'en lit dans les Ecritures; et surtout, ce qui est ici particulier, qu'on n'en connaissait pas alors autre chose sur le théâtre même des événements : à Jérusalem.
XII. Venons maintenant à chacun des points de notre controverse en particulier, et apprenons que non -seulement ces faits ne
(1) Catéch., XIII, n. 8.
sont point dans la tradition et l'Ecriture, mais qu'ils sont contraires à la tradition et à l'Ecriture. Simon fit plus que de soutenir légèrement par derrière l'extrémité de la croix de Jésus; « Simon » le Cy rénéen porta la croix toute entière jusqu'au )) haut du Calvaire , de la même manière que )) Jésus l'avait portée lui-même tout entière » auparavant. » Ce sont les propres paroles de Jansénius de Gand, dans son commentaire de saint Matthieu sur cet endroit même. Tous les autres commentateurs expliquent le passage de l'Evangile dans ce même sens. Et comment ne le feraient-ils pas, l'Ecriture étant si claire? Saint Matthieu et saint Marc disent , que les soldats (( contraignirent le Cyrénéen à prendre » la croix de Jésus : Angariaverunt ut tolleret )) crucem ejus (1). » Le grec présente absolument le même sens : bx x^-n tov arxvpo-j àu-oo; saint Luc s'exprime encore peut-être d'une manière plus claire: « Ils saisirent, dit-il, un » certain homme de Cyrène, et ils le chargèrent » de la croix pour la porter après Jésus , » c'est-à-dire en marchant derrière lui, comme dit saint Ambroise; ou bien, après que Jésus
(1) Malt., XXVll , 32. Marc, XV, 21.
Teut portée le premier : Imposuerunt illicrucem portare post Jesum (1). Peut-il être permis de s'écarter d'un sens si précis?
Mais ce n'est pas tout ici : le concile de Trente ne nous permet pas d'interpréter TEcriture autrement que les saints Pères (2) ; or, les saints Pères sont unanimes à entendre que Simon porta la croix tout entière, comme nous lavons déjà dit. Par exemple : Saint Cyrille de Jérusalem ( Caléch., XIII , 38 ), saint Hilaire de Poitiers (in Malth., XXXIII, 4), saint Ambioise (lib., X, n. 107), saint Bernard ( Epist. , ad Guill.), saint Grégoire, pape (Moral., lib. VIII; in Job , XLIV vel XXVI, et Hom. , XXXII , in Evang. , lib. II, n. 3), saint Jérôme, saint Augustin, saint Léon. Voici les passages de ces trois derniers : « Que personne ne pense que )) riiistoire de saint Jean soit contraire à ce )) passage. Saint Jean dit que le Sauveur porta » sa croix en sortant du Prétoire (3); saint » Matthieu, au contraire, rapporte qu'ils trou- » vèrent un homme de Cyrène, nommé Simon ; )) qu'ils l'engagèrent forcément et lui imposè-
(1) Luc, XXIII, 26.
(3) Jean, XIX , 17.
» rent la croix de Jésus ; mais il faut entendre » ceci: qu'en sortant du Prétoire, Jésus porta » lui-même sa croix , qu'ensuite ils rencontrè- » rent Simon à qui ils imposèrent la croix pour » la porter. Mais, selon le sens figuré , les na- )) lions reçoivent la croix de Jésus , et un étran- » ger reçoit la croix du Sauveur (1). » Saint Augustin, conciliant aussi la narration de saint Jean avec celle des trois autres évangélistes , dit, après les avoir rapportés tous les quatre : » De là il s'entend que Jésus portait lui-même » sa croix lorsqu'il sortit pour aller au Calvaire; » mais dans le chemin, ce Simon dont parlent » les trois évangélistes fut engagé de force, et, » depuis-là, on lui donna la croix à porter jus- » qu'au lieu du supplice. Ainsi nous trouvons » que les deux choses ont été faites : d'abord » ce que dit saint Jean, ensuite ce que disent )) les trois autres (2). » Ecoutons maintenant saint Léon : (( Les troupes allant au lieu du » supplice avec Jésus, il se rencontra un cer- » tain Simon, deCyrène, sur lequel le bois de » la croix fut transporté de sur le Seigneur
(1) Hier., Comm. in Mat, c. XXVII , e.xeuntes.
(2) De consensu evang., lib. 3, c. X.
SUR QUELQUES FAUSSES LÉGENDES. i 63
); ( Ma tth., XXVII, 32), afia que par un tel fait )) fût figurée la foi des Gentils, à qui la croix )) de Jésus-Christ ne devait pas être dans la » suite une confusion , mais une gloire. Ceci )) ne fut donc pas fortuit, mais figuré et mys- )) tique (1). ))
On peut encore direqueNotre-Seigneur voulut nous montrer, par l'action figurative de Simon, la même chose que ce qu'il nous avait dit par paroles, que (( quiconque ne porte pas sa croix et )) ne le suit pas, ne peut être son disciple: Qui )) non bajulat crucem suam et venit post me (2)^» et nous enseigner que nous avons à porter la croix après lui et comme lui ; non lâchement et à demi, mais résolument et tout entière.
La légende que nous discutons est donc contraire , et à la tradition et à TEcriture dont elle corrompt le fait historique , le mystère et la morale.
XIII. Il était important d'établir ce que nous venons de voir sur des preuves solides : voilà pourquoi nous nous y sommes arrêtés. Il en résulte évidemment que les chutes qu'on attri-
(i)Serm. de Pass.,YlU , 5.
(2) Luc, XIV, 27.
bue à Jésus-Christ sous le fardeau de la croix , après la scène du Gyrénéen, sont d'une fausseté risible. En effet, Jésus-Christ aurait par là succombé plusieurs fois sous le faix du bois de son supplice , lors même qu'il ne le portait pas. La vérité de l'Ecriture , le sens commun et la décence réclament ici d'un commun accord.
XIV. Le fait de la pieuse Véronique aussi est contraire à l'Ecriture et compromettant pour la religion. L'Ecriture dit formellement que Jésus- Christ ne fut ni assisté, ni secouru, ni consolé par personne dans sa passion ; elle donne ce délaissement universel de toutes les créatures comme un des caractères de la victoire du Messie. « J'ai attendu que quelqu'un compatît » à mes maux, mais nul ne l'a fait ; j'ai attendu » que quelqu'un me consolât, maisje n'ai trouvé » personne (1). » Isaïe de même: « J'ai été seul » à fouler le vin sans qu'aucun homme de tous
)i les peuples fût avec moi J'ai regardé au-
)) tour de moi , et il n'y avait personne pour « m'aider; j'ai cherché et je n'ai point trouvé )) de secours (2). »
(1) Ps. LXIX, 20.
(2; Is. , LXIII, 3-5.
Ce caractère des souffrances de Jésus-Christ D'est pas moins solennellement proclamé par la tradition. Ecoutons seulement saint Augustin : (( Le Seigneur était flagellé, et personne )) ne venait à son secours, et nemo subvenïebat ; » il était sali de crachats , sputis deturpabatur ^ » et personne ne venait à son secours, et nemo )) subvenïebat-^ il était meurtri de soufflets, et )) personne ne venait à son secours; il était » couronné d'épines, et personne ne venait à n son secours ; il est élevé sur le bois, personne » ne l'en délivre; il crie : Mon Dieu , mon Dieu » pourquoi niavez-vous abandonné ( Ps. XXI ) ? » et il n'est point secouru (1). » Le fait de la Véronique doit nécessairement tomber devant ces passages.
XV. D'ailleurs c'est là une des fausses légendes les plus décriées. La fable est assez vieille, il est vrai, mais c'est une fable bien reconnue. Tous les savants le disent , et on n'ignore ni quand ni comment elle s'est formée. « Marianus » Scotus , qui écrivait au Xll® siècle , est le » premier, dit unaniment la critique , qui ait )) rapporté cette histoire sur la foi d'un cer-
(i)Enar. II, in Ps. XXI , n. 8.
» taîn Méthodius (1). — Il est certain , ajoute » dom Calmet , que ce Méthodius conte beau- » coup de fables , et que la bonne antiquité , » avant le X'' siècle , n'a pas connu sainte )) Véronique (2). » Tilleinont assure aussi «qu'il n'y a rien de la Véronique dans l'anti- )) quité, soit qu'on la prenne pour une sainte, » soit qu'on la prenne pour une image ; et ce » n'est que dans le XV siècle que l'on a com- » raencé à parler du suaire sur lequel on sup- » pose que la face de Jésus-Christ était im- » primée (3). » Bergier dit : « que les honneurs » qu'on a rendus dans le temps à des portraits )) de la sainte face n'ont aucun rapporta la pré- » tendue sainte femme de Jérusalem nommée w Véronique , que l'Eglise n'a jamais recon- » nue (4). »
Le mot véronique , composé de deux mots : l'un latin : verus, a^ um, vrai ; et l'autre grec : wov , image , ne fut pas d'abord le nom d'une femme, mais le nom d'une image : veronicon
(1) Diction, hist. des gr. hom., t. XXVIII , au mot Véronique.
(2) Diction, de la Bible^ au mot Véronique.
(3) Vie de Jésus-Christ , notes.
(4) Diction. , au mot Véronique.
la véronique , ou la vraie image. Oa appela ainsi un tableau représentant le saint suaire (1) de Noire-Seigneur ^ ou sa face peinte sur un linge, qu'on porta à Rome en procession d'abord , et qu'on montra ensuite au peuple dans les grandes circonstances (2). C'est en plein moyen-âge que la chose se passait. La véronique (c'est-àdire le suaire où était peinte la face de J.-C) était représentée, par les peintres , suspendue aux mains d'une femme qui la tenait étendue. Or, le peuple ne manqua pas d'attribuer le nom de Véronique, qu'il ne comprenait pas et qui était le nom de l'image même, à la femme qui la portait. On en fit ensuite une femme effective et une sainte. Ce sont les propres paroles de Fleury (3). Godescard en porte le même jugement. (( Le sentiment de ceux qui appel- » lent sainte Véronique la femme pieuse, qu'ils » supposent avoir présenté un mouchoir à » Jésus-Christ, lorsqu'il allait au Calvaire, ne )) paraît appuyé que sur certains tableaux où )) est représentée une femme tenant la véroni-
(1) Jean, XX, 7.
(2) Fleury, liv. LXXVI, n. 11.
(3; Id. , liv. XGV, 1.
'i 68 DISCOURS
» que dans ses mains. La méprise de quelques « particuliers ne peut retomber sur l'Eglise qui )) n'a jamais reconnu une telle sainte (1). »
XVI. Ainsi parle la science, et ce qu'elle dit est vrai. Il demeure donc bien prouvé que l'histoire de la prétendue femme pieuse n'est qu'une superstition qui tend à introduire dans le culte de la religion : 1^ une fausse histoire; 2° une fausse sainte ; 3^ un faux miracle ; 4° une fausse relique : 5° une fausse image. Or, qu'il y ait là superstition, il n'y a qu'à écouter les docteurs théologiens.
(( Le culte faux et pernicieux est péché mortel » de sa nature, parce que c'est un mensonge en )) matière de religion, qui lui est par là même » très-injurieux et très-pernicieux (S. Thom., » ques. 93 ). »
({ On tombe dans ce péché lorsqu'on publie » de faux miracles , de fausses visions, de faus- » ses révélations; lorsqu'on expose des images )) de faux saints, ou si, étant des images de vrais » saints, elles représentent des choses fausses et » capables d'induire le peuple à erreur (2). »
(1) 13 janvier. Noie.
(2) Rit. de Touloriy i^^ command.
« Le culte faux et pernicieux est celui qui » est fondé sur le mensonge ; par exemple, si » quelqu'un propose de fausses reliques , ou » s'il veut confirmer la doctrine de la foi et de » la religion chrétienne par de faux témoigna- » ges, de fausses histoires, de faux miracles. » — Ces mensonges en des choses qui appar- » tiennent à la religion, sont pernicieux et péché » mortel de leur nature, selon le témoignage de » saint Augustin (liv. de mendac, c. 14) (1). »
(( Si quelqu'un prêche sciemment de faux )) miracles, des actes de saints faux ou apo- » cryphes, de fausses révélations ou visions, de » fausses indulgences, ou s'il divulgue cescho- )) ses par des écrits ; s'il honore ou propose à » honorer de fausses reliques, des images d'un )) faux dogme, ou étrangères à la vérité de » l'Hisloire-Sainte ou de l'Histoire ecclésiasti- » que; si, après les avoir honorées, proposées , » prêchées par ignorance ou grossière simpli-
(1) Théolog. de Poitiers, 1er com. Il aurait pu indiquer aussi cet autre passage où saint Augustin dit : '< Ce n'est pas chose » légère de mentir en ce qui regarde Dieu , le Sauveur, le » Rédempteur; il est fâcheux et dangereaji de se tromper sur '• un tel sujet, mais il est f;\i'\ eî pernicieux d'y tromper les >. autres (Serm. 23, sur le v. 24 du Ps. LXXlli , nouvelle » édit. in-S"). »
» citéj averti par les pasteurs de l'Eglise, il » ne corrige sa superstition , il est coupable )) de péché mortel (1). »
La décision ne saurait être plus claire, ni l'application plus évidente. Elle ne regarde pas seulement, comme on voit, l'histoire de la femme pieuse , mais tout ce que nous avons discuté auparavant et même ce qui nous reste à discu(er encore.
XVII. C'est une pure invention, que la sainte Vierge se soit rencontrée sur les pas de Jésus- Christ dans les rues de Jérusalem pendant le portement de la Croix. Au contraire, on juge par l'Evangile que la sainte Vierge faisait cortège à son divin Fils sur le chemin du Calvaire, où par conséquent elle ne pouvait se rencontrer sur ses pas. La sainte Vierge était avec cette « grande foule de peuple et de femmes qui se » lamentaient sur Notre-Seigneur et le pleu- )) raient (2). » Là , en effet , se trouvaient les parents et les amis de la sainte Vierge et de Jésus-Christ. Cette foule paraît n'être pas différente de celle dont il est parlé dans les évan-
(1) Naial. Aiexand. , Theolog. dogm. et mor. , lib. IV, dedecalog.
(2) Luc, XXIII, 27.
gélistes où il est dit, que « Jésus étant en croix^ )) toutes ses connaissances et les femmes qui )> l'avaient suivi de la Galilée, entre lesquelles » étaient aussi Marie-Magdelaine , Marie mère » de Jacques et Joseph , et la mère des enfants )) de Zébédée , se tenaient au loin le regar- )) dant (1). )) C'est de cette troupe que se sépara la sainte Vierge pour venir au pied de la croix avec Jean , son neveu , sa sœur Marie de Cléophas et Marie-Magdelaine, nommées comme en faisant partie.
Voilà aussi le lieu et Iheure où Jésus-Christ , dans sa passion , fut vu en face par sa sainte Mère, et où il la vit et lui parla. Cette entrevue est décrite , sous l'inspiration du Saint-Esprit, dans TEvangile ; elle est de foi ; qu'avons-nous besoin après cela des fictions des indiscrets ? La scène d'ailleurs renferme tout ; elle est solennelle, touchante, forte, sublime au-delà de tout ce que Fhomme peut imaginer ; elle est digne de la divinité du Fils mourant , et de la perfection de la Mère du Fils de l'homme. Quiconque comprend cette scène , sent fort bien qu'elle a été la seule , parce qu'aucune autre
(1) Luc, XXin, 49. Malth., XXVII, 56. Mar., XV, 40.
n était nécessaire, ni au Fils, ni à la Mère, ni à l'exemple des chrétiens.
XVIII. La contemplation de la sainte Vierge tenant entre ses bras le corps mort de Notre- Seigneur, après la descente de la croix, est encore une pure imagination , à laquelle s'opposent les circonstances racontées dans l'Ecriture. La descente de la croix et la sépulture de Notre-Seigneur se firent fort à la hâte. Les disciples étaient pressés par le commencement du sabbat qui arrivait , et dès lequel on ne pouvait plus travailler. Saint Luc le marque expressément (1). Saint Jean aussi dit clairement que Jésus fut enseveli sur le Calvaire dans le tombeau de pierre qui appartenait à Joseph , parce qu'il se trouvait là à proximité, et à cause du temps du sabbat des Juifs (2). De plus, on voit évidemment que les disciples de Jésus et les saintes femmes avaient l'intention de l'ensevehr avec plus de magnificence , mais que ce fut l'arrivée du sabbat qui les força de se contenter , pour le moment , de 4a sépulture qu'ils lui firent. Le moment n'était donc
(i) Luc, xxvin, m, 56.
(2) Jean , XIX, 42.
point opportun pour la contemplation que l'on suppose.
Enfin, on juge avec raison , d'après TEvaiigile , que la sainte Vierge n'était plus sur le Calvaire lors de la descente de la croix. L'Evangile insinue assez qu'en conséquence du suprême testament quelle venait d'entendre, la sainte Vierge se retira chez saint Jean à Iheure même où Jésus expira : Et ex il la hora accepit eam discipulus in sua (1). Enfin , les évangélistes nomment les saintes femmes qui se trouvaient à la descente de la croix et furent témoins de la sépulture (2). Or, ils ne font point mention delà sainte Vierge, ^tandis qu'ils n'auraient point manqué de la nommer, au contraire, la première, selon leur coutume, si elle y eût été.
XIX. Répondons maintenant à l'objection, qu'on pourrait nous faire , de l'autorité de ceux qui ont adopté ces légendes. D abord , il n'y a point d'autorités personnelles qui tiennent contre une fausseté démontrée. Ensuite, les paroles mêmes et le caractère des auteurs dans lequel on les lit, compléteront notre preuve.
(1) Jean, IX, 27.
(2) Mat., XXYli , 61. Mar., XV, 47.
Les légendes dont nous venons de parler n'ont été adoptées dans aucun temps par les auteurs graves , jaloux de ne mettre que la vérité dans leurs écrits. On ne les trouve que dans des livres sans nom d'auteur, ou écrits sans aucune discrétion, et remplis d'ailleurs de superstitions et de fables. Il n'y a non plus aucun accord entre les divers livres qui les rapportent.
Ainsi, pour les chutes de Notre-Seigneur, les uns n'en croient qu'une : par exemple, Adrien Parvilliers , jésuite, missionnaire apostolique de la Terre-Sainte , dans son livre : La dévotion des Prédestinés ou les Stations de Jérusalem. D'autres en croient trois; d'autres, sept : par exemple , l'auteur du Pédagogue chrétien , le Père d'Outreman , de la compagnie de Jésus; voici ses paroles : (( N'en pouvant plus il tomba » à terre, jusques à sept fois , sous ce pesant » fardeau ; ils furent contraints de donner sa » croix à Simon le Cyrénéen , qui la porta jus- )) ques au Calvaire (1). »
Par rapport à la rencontre de la sainte
(1) T. II, part. 1, c. IV, fsect. 2. de la Passion de Notre- Seigneur.
Vierge , le Père Parvillers n'a pas de honte de faire courir la sainte Mère de Jésus-Christ dans les rues , en criant pitoyablement à la foule : Laissez passer une pauvre mère affligée , etc ; de lui faire jeter de hauts crits en apercevant Jésus- Christ ; et enfin, comme s'il ne pouvait souffrir dans la sainte Vierge le caractère de la femme forte, de la faire tomber « dans une extase » douloureuse, qu on appelle pâmoison , entre )) les bras de saint Jean l'évangéliste. » Ce sont ses paroles (1).
Le même Adrien Parvilliers raconte que « la » dévote Véronique était en sa maison qui est » située (dit-il) à quelques pas de la porte )) judiciaire (2) , occupée à tourner son rouet » et à filer. » Qu'elle reconnut en Jésus « celui » qui autrefois avait opéré en sa faveur un )) miracle par le seul attouchement de sa robe, » qu'elle essuya et nettoya ce divin visage, obs- )) curci sous le nuage des péchés du monde , )) avec son voile plié en trois doubles (3). »
(1) Dévot, des Prédest., Ile station, p. 92.
(2) Il n'y a à Jérusalem aucun vestige ni aucun souvenir de la prétendue maison de Véronique. (Le Père Géramb, Pèlerin, à Jérus., t. I, p. 324.)
(3) 14e station.
De sorte qu'au lieu d'un seul portrait de Notre -Seigneur , empreint miraculeusement sur son linge ^ la dévote Véronique en eut trois.
Je demanderai ici à ceux qui s'appuieraient sur l'autorité du Père Parvilliers, s'ils le croient eux-mêmes en tout ce qu'il dit; et, s'ils ne le croient pas en tout , comment il peut faire poids pour une partie ?
XX. La vanité des légendes que nous discutons est donc bien évidente, de quelque côté qu'on les examine ; on sait néanmoins jusqu'à quel point elles sont aujourd'hui répandues et accréditées; et plût à Dieu qu'elles ne le fussent que parmi les femmes et le simple peuple 1 Aussi, malgré l'espérance que j'ai de faire plaisir aux personnes éclairées (1), m'attendé-je bien à ne pas les attaquer sans fracas et opposition ; néanmoins je crois de mon devoir de le faire , ne serait-ce que pour me dédommager du regret de les avoir moi-même récitées autrefois, suivant le torrent de Terreur commune , dans un temps oii je n'avais que peu d'expérience et peu d'étude. Ça été de ma
(l) Voy. ci-dessus, n. 7.
part une faute dont je me confesse bien volontiers.
11 y en a qui m accuseront d'attaquer des choses si respectables et de scandaliser les fidèles ; mais je ne saurais me laisser arrêter par de si vaines accusations. Il n'y a de respectable que la vérité; le mensonge n'est jamais respectable. Tout mensonge à le diable pour père (1); et, quelque pieux qu'il paraisse quelquefois, cest toujours par l'esprit de ténèbres qu'il s introduit dans la religion. Ce n'est pas non plus scandaliser le peuple que de l'instruire et de le désabuser de ses fausses croyances. H n'y a personne de raisonnable qui aime à être trompé : et si les fidèles qui ont le sens droit, se scandalisent , c'est de ce que, faute d'instruction, on laisse croire des fables. Le scandale n'est donc pas à faire connaître les superstitions et les fausses légendes , mais à les dissimuler et à les entretenir (2).
D'ailleurs, comme je l'ai montré d abord au commencement de ce discours, c'est l'esprit de l'Eglise, c'est l'ordre des canons et la règle de
(1) Jean, VIII, 44.
(2^ Yoy. ci-dessus, n. 2.
l'Ecriture ; que nous fuyions les inepties et les fables puériles^ et que nous nous nourrissions des paroles de la foi et de la bonne doctrine que nous avons apprises de la tradition (1)
(1) 1 ad Thim., IV. 6, 7. Ci-dessus, n. I, II, III , IV,