V. Enfin, Alexandre VII donna la bulle Sollicitudo
l^ (1) Quamvis porro Hispaniarum reges pcr ovalores suos ileralis saepè Icgalionibus animum expugnare neqniveririt tum Tauli V, lurn Grcgorii XV, ut solemni decrelo quaîslionem de immaculalà Virginis conceplione définirent, oblinuerunt tamen à Grcgorio, ut silenlium adversœ parti indiccrelur (Perrone. pars. 1, c. 4).
omnium eccleslanim , en 1761. 11 renouvelait les bulles de ses prédécesseurs, notamment de Sixte IV, Paul V et (Grégoire XV, et ordonnait de nouveau de les observer. 11 défendait de les interpréter de manière à n'y laisser rien de favorable au sentiment de l'immaculée conception , et du culte ou de la fête de la Conception de la sainte Vierge, célébrée selon l'intention de ce sentiment. Il défendait de combattre ce sentiment, cette fête, ce culte, de vive voix ou par écrit , directement ou indirectement. Enfin , il renouvelait expressément la défense de condamner ceux qui tiennent l'opinion première , c'est-à-dire que la bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché originel, ni de les taxer d'hérésie, de péché mortel ou de défaut de piété.
Il est à remarquer 'qu'Alexandre VII réduit le sentiment de l'immaculée conception à la pensée que l'âme de la sainte Vierge n'aurait été douée de la grâce et préservée du péché originel qu'au moment de sa création et de l'infusion dans le corps; ce qui, du sentiment des fiiéologiens , n'arrive que le quarantième jour après la conception.
DE
on assigne une époque a laquelle la croyance a l'immaculée conception n'existait pas encore.
1. Importance de ce fait : principe de Tertullien. — II et III. Preuve fondée sur saint Anselme.
I. Tertullien a dit dans son livre de la Prescription : « Il ne nous est permis de rien in- » troduire par notre propre volonté, et il ne )) nous est pas permis non plus de nous atta- » cher à ce qui aurait été introduit par la » volonté propre de qui que ce soit. Nous avons
» pour auteurs les apôtres du Seigneur , qui » eux-mêmes n'ont rien choisi par leur propre )) volonté pour l'introduire; mais ils ont trans- » mis fidèlement aux nations ce qu'ils avaient )) reçu de Jésus-Christ (1). » Il est clair, d'après ce principe, règle et base de l'autorité de la tradition, que si l'immaculée conception a été prêchée par les apôtres à toutes les nations, notre devoir est de l'admettre; et que, si au contraire les apôtres ne lont point prêchée, et qu'elle ait été introduite par d'autres , proposée à notre foi , nous devons la rejeter. Donc , si l'on peut assigner une époque avant laquelle la croyance à ce fait n'existait pas dans l'Eglise, et le temps où elle y a commencé, sa cause demeure jugée. Et en effet , les apôtres ayant prêché à toutes les nations ce qu'ils avaient reçu de Jésus-Christ, et l'Eglise ayant toujours infailliblement conservé ce qu'ont prêché les apôtres, ce qu'ils ont prêché ( et qui est tout ce
(1) Nobis vero nihil ex nostro arbitrio inducere licet , sed nec eligere quod aliquis de arbitrio suo induxerit. Apostolos Domini habemus auclores , qui nec ipsi quidquam ex suo arbitrio, quod induce rent, elegerunt ; sed acceptara a Christo disciplinara fidcliler naiiooibus assignaverunt. ( De prœscript. hœret.y c. VI.)
que nous devons croire) n'a point de commencement après eux, mais se voit nécessairement, dès la première origine, dans toutes les églises et dans tous les temps.
IL Or, c'est avec certitude que nous assignons le temps où la croyance à l'immaculée conception n'existait pas encore, et celui oii elle a commencé de se former. Et d'abord cette croyance n'existait pas encore à la fin de l'onzième siècle ; les faits historiques le confirment. Saint Anselme écrivait à Rome, en 1098, son traité intitulé : Pourquoi Dieu s'est fait homme. Ce traité, oii le saint docteur traite à fond le mystère de la satisfaction de Jésus-Christ pour le genre humain est en forme de dialogue entre lui et le moine Bozon; or, dans le second livre de ce traité, au rapport de Fleury(l), Bozon propose cette question : « Comment Dieu » a-t-il pris la nature humaine de la masse » corrompue du genre humain; car, bien que » sa conception soit pure , la Vierge toutefois, » dont il a tiré son humanité, a été conçue )) dans le péché originel , parce qu'elle a elle- )) même péché en Adam , en qui tous ont pé-
(i) Hist.,\i\. LXIV, n. o2.
» ché. — Anselme répond que puisqu'il est » conslant que cet homme est Dieu et l'auteur » de la réconciliation des pécheurs, il n'y a pas )) de doute qu'il est absolument sans péché; et » que nous ne devons pas nous étonner si )) nous ne pouvons comprendre comment il a » été tiré sans péché de la masse pécheresse. » Mais il ne répond rien à la proposition tou- )) chant la sainte Vierge : seulement il dit en- )) suite qu'elle a été du nombre de ceux qui » ont été purifiés par Jésus-Christ. »
III. Conçoit-on que saint Anselme se fût ainsi fait une difficulté portant toute entière sur la supposition que la bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché originel , s'il y eût eu , de son temps, comme du nôtre, une opinion accréditée en faveur de l'immaculée conception? Non, cela n'est pas possible. Le saint aurait bien pu ne pas admettre lui-même une opinion de cette nature, mais il ne l'aurait pas méprisée au point de la traiter comme si elle n'existait pas. S'il n'en avait point parlé, en se proposant la difficulté , du moins en aurait-il parlé, comme la matière l'exigeait naturellement, dans sa réponse. En donnant la solution de la difficulté , il n'aurait point laissé subsister dans
toute sa force et confirmé enfin, sans rien dire de l'opinion contraire, sa proposition : que la bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché originel; car il la confirme pleinement, en disant ensuite ; « qu( lie (la sainte Vierge) a été du )) nombre de ceux qui ont été purifiés par Jésus- » Christ. )) Il ne peut point y avoir eu de purification là où il n'y a point eu de souillure. Saint Anselme s est donc expliqué comme il ne pouvait le faire que dans un temps oii personne encore n'exceptait la sainte Vierge du péché d'origine. Si on ne veut pas en demeurer d'accord, qu'on explique comment saint Anselme, voyant dans l'Eglise (et comment ne l'y auraitil pas vue si elle y était?) l'opinion de la conception immaculée, en a pu faire si peu de cas. Mais nous allons voir par d'autres témoignages que celte opinion n'était pas encore inventée.
Notice sur l'enseignement des saints Pères.
I. Comment ils s'expriment sur la transmission du péché originel à tous les enfants d'Adam. — Sur l'exception de Jésus-Christ seul. — Sur la mort de Jésus-Christ pour tous les autres, et sur la mort du péché de tous ceux pour qui Jésus-Christ est mort, — Point d'exception. — VI. De la prétention de montrer l'immaculée conception dans les Pères.
I. Jusqu'au temps de saint Anselme, dans le cours des siècles antérieurs , on ne trouve dans les monuments de l'histoire ecclésiastique aucune trace de l'opinion de la conception immaculée. Aucun canon, aucun fait, aucune dispute , aucun écrit n'en révèle l'existence. Les saints Pères n'en ont pas même eu l'idée.
II. En effet , les saints Pères traitent unanimement de ïa transmission du péché originel à tous les enfants d'Adam , sans excepter de la loi la sainte Vierge, ni indiquer que personne l'en excepte. Ils disent uniment, simplement et sans correctifs : « Qu'être sans aucun péché » n'appartient qu'à Jésus-Christ SEUL (1) ; que nulle créa- » ture conçue du mélange de l'homme et de la femme n'a » été exempte du péché originel , et que celui-là SEUL en » a été exempt, qui a été conçu sans ce mélange, et d'une » vierge , par l'opération du Saint-Esprit. » C'est la sentence de saint Ambroise (2) , répétée en cent endroits par saint Augustin , dans ses écrits contre Pelage.