III. Ils prennent à la rigueur de la lettre les passages de
(1) S. Jér., DiaL cont. Pel
(2) In Isaïe.
l'Ecriture qui contiennent la foi de la propagation du péché originel à tous les hommes par la génération d'Adam , en qui tous ont péché (1), et la foi de la mort spirituelle du péché, dans tous ceux pour qui Jésus-Christ est mort et ressuscité (2). Ils ne font point de mystère sur ces passages , et ils y comprennent sans façon la bienheureuse Vierge avec tout le reste , en bornant de la manière la plus rigoureuse l'exception à Jésus-Christ seul, « Hormis » Jésus-Christ SEUL , qui est mort pour tous les autres, » tous sont morts de la mort du péché originel ou même » actuel, sans exception absolument de personne : )) • Nemine prorsus excepto (3). »
IV. Les saints Pères enfin , lorsque la matière l'exige , disent ingénuement et sans aucun embarras que la bienheureuse Vierge a été conçue dans le péché (4) , qu'elle est venue en chair de péché comme les autres (5) , qu'elle a été comme les autres purifiée (6) par la grâce de Jésus- Christ , et qu'elle a reçu la grâce de la renaissance (7; .
V. Les saints Pères s'expliquent unanimement de la sorte sans exprimer , comme je l'ai dit , ni donner à entendre d'aucune manière qu'il y ait personne qui pense le contraire ; cela jusqu'à saint Anselme inclusivement. Saint Bernard , le dernier des anciens Pères, est le premier qui signale la présence d'une opinion qui exempte la bienheureuse Vierge de la loi universelle de la con-
(1) Ad Rom., VI.
(2) 2 Cor., V, 14,15.
(3) Aug. de Civit., l. XX , c. 6.
(4) S. Ansel., ci-dessus.
(5) S. Aug., en mille endroits.
(6) S. Ansel. ici., S. Grég. de Naz., or. XXXVIII, n. 13.
(7) Aug. cont. Jul., op., imp., liv. IV, n. 122.
56 CHAPITRE PRE5IIER.
ception dans le péché originel ; et il en parle , comme on le verra , pour la combattre , pour en marquer la nouveauté, pour lui opposer la tradition précédente et pour protester en disant : « Que la prérogative d'une concep- )) tion sainte a été réservée à celui-là seul qui est venu » pour sanctifier tous les autres (1). » C'est donc un fait historique établi , que les saints Pères n'ont point connu la pieuse croyance à l'immaculée conception , et que cette opinion n'a pas été dans l'Eglise avant le douzième siècle.
VI. Et maintenant que faut-il penser de la prétention de nos contemporains , qui se vantent de la trouver dans les Pères? Cette prétention n'a rien de solide ni de sérieux. Qu'on examine , en effet , avec la sévérité voulue, les passages qu'ils produisent , et l'on verra qu'ils sont tous ou obscurs ou d'un sens insaisissable , ou inutiles et ne disant rien , ou pris hors de la question et détournés de leur vrai sens , ou falsifiés, ou supposés, ou attribués faussement à d'anciens Pères, tandis qu'ils sont d'auteurs modernes et inconnus.
Du reste, assez de théologiens, des plus savants et des plus considérables , ont reconnu et confessé le fait , que la doctrine des saints Pères n'exempte pas la bienheureuse vierge de la loi de l'Ecriture sur le péché originel mais la comprend dans le sort commun de la souillure, inséparable de la génération charnelle d'Adam ; par exemple : Melchior Cano (2), Estius (3) , le père Péteau (4), etc.
(1) EpUr., 174.
(2) De loc, theoL, liv. VII.
(3) Com. sur s. Paul, 2 ad Cor., V, 14,
(4) De incarnat.
CUAPITIIE SECONI). Di