CI-XI. — CHALONS (fisaxce
En 1845, M. Mohyeii de Piiilly, Évêque de Châlons-sur- Marne, a souscrit, avec cinquante autres Prélats français, la lettre par laquelle on exprimait au Pape Grégoire XVI le vœn que la pieuse croyance sur l’immaculée Conception de la Vierge Marie fut délinie par le Saint-Siège comme dogme de foi, ajoutant que tous applaudiraient a cette définition et s’écrieraient : Pierre a parlé par Grégoire. Petrus per Gregorium locutus est (2). Ce vénérable Prélat prit part aussi au Concile provincial de Reims, tenu h Soissons en 1849. Or les Pères de ce Concile, renouvelant la demande qu’ils avaient faite individuellement, h l’occasion de l’Encyclique du 2 février de la même année, prièrent le Saint-Siège de « définir « enfin, comme doctrine de l’Église catholique, que la Con- « ception de la Bienheureuse Vierge Marie a été Immaculée « et entièrement exemple de toute tache du péché origi- « nel (5). »
D’ailleurs, adressant l’Encyclique de notre Saint-Père le Pape au clergé et aux fidèles de son diocèse, il s’exprimait en ces termes : « Vous avez entendu, nos très-chers frères, les paroles de notre Saint Pontife le Pape Pie IX. Elles sont sacrées, elles sont pour nous des ordres, et c’est pour nous
(1) Ctescnn-, XI K.il . julii ISIS : Pare», etc., vol. I, p.ig. 522.
(2) Vojoi Abiu». — (5) Yoyei Rti«.
un devoir <l’y répondre avec loul le respect, l'empressement et le zèle qu’un père bien-aimé peut attendre de ses enfants. L’objet en est éminemment digue de lui: il s’agit de témoigner notre tendre dévotion pour Marie, pour celle Mère que le Fds de Dieu nous a donnée sur le Calvaire dans la personne de saint Jean, pour cette Vierge toujours pure. Immaculée dans sa Conception, qui eut l’honneur de porter dans ses chastes flancs celui qui veuait racheter le monde, et nous rendre la vie que nous avions perdue par la faute des premiers parents. Elle seule, par uu privilège unique, fut préservée de la tache originelle du péché, et mérita l'auguste qualité de Mère de Dieu, qui l’éleva non-seulement au-dessus de tous les enfants des hommes, mais même des Anges du ciel. . . Ainsi désormais l’immaculée Conception de Marie serait uu dogme de la foi, professé universellement, et sans contestation, par tous les enfants de l'Église; et nous trouverions dans celte créance une raison de plus d'aimer, de révérer la Mère de Dieu et d’ajouter, s’il se pouvait, à tous les honneurs dont elle est comblée et sur la terre et dans le ciel.
«Ce privilège de Mûrie n’a rien de nouveau, il est aussi ancien que la religion. Il s’agit maintenant de le proclamer à la face de l'univers ; et c’est ce que vient de faire notre Saint- Père le Pape Pie IX. Daigne le Seigneur bénir une si sainte pensée! Après Dieu, elle aura été son ouvrage et la compagne et la consolation de son exil. Il l’aura en quelque sorte enfantée dans la douleur; car c’est du rocher de Gaëte qu’il nous écrit, de cette ville déjà illustre et dont le nom sera immortel après qu’elle aura servi d’asile au Souverain Pontife, au Père commun de tous les chrétiens...
« Pour nous résumer en peu de mots, honneur à Marie et à son Immaculée Conception , appuyée sur l'Écriture, sur l’enseignement des Pères, des Conciles, des Papes; conforme à la croyance générale du clergé et des fidèles, à celle de la sainte Eglise Romaine, mère et maîtresse de toutes les autres Eglises ! Honneur à Marie, conçue sans péché! Qu’Elle soit à jamais reconnue et exaltée à ce titre, qu’Elle triomphe de
tous les ennemis de notre foi et nous honore de sa protection (1) »
Enfin, le Bréviaire diocésain, imprimé en 1840 par l'ordre de Mgr de Prilly, nous offre une nouvelle preuve de la croyance de l'Evêque et du clergé de Chàlons touchant l'immaculée Conception de la Vierge Marie. Ce Bréviaire contient, dans l'OIIice de la Conception, l’oraison suivante : « Dieu qui, à cause de l'honneur de Notre-Seigneur Jésus-Christ, avez préservé de toute tache du péché la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie, sa Mère, nous vous prions de daigner nous purifier par votre grâce de toute iniquité, nous qui célébrons sa très-pure Conception. »
En remontant plus haut, nous trouvons une nouvelle preuve de la croyance de l’Eglise de Chàlons dans le Rituel publié, en 1776, par ordre de Leclerc de Juigné, Évêque de cette ville. En effet ce Rituel contient, parmi les annonces que les curés devaient faire au prône, la formule suivante, concernant la fête de la Conception : « N'>us célébrons (tel jour i la fête de la Conception de la Très-Sainte Vierge Marie. Cette fcte, mes frères, doit être pour tous les chrétiens le sujet d’une grande joie, puisque la Conception de Marie est comme l’aurore qui nous annonce le soleil de justice, Jésus- Christ, notre Sauveur... Admirons les prodiges que le Seigneur a opérés dans cette auguste Vierge. Elle a été enrichie des trésors de la grâce, et ornée de tons les dons de l’Esprit-Saint, au moment où les autres hommes sont enveloppés dans la masse corrompue du péché. Destinée à mettre au monde le Saint des saints ne devait-elle pas être la plus pure de toutes les créatures? Et votre piété ne vous portet-elle pas à penser qu’il eût été indigne de Jésus-Christ que l’arche vivante, dans laquelle il devait reposer, eût été infectée par le péché? Marie, dit saint Ambroise, est une plante mystérieuse qui n'a ni le nœud du péché originel, ni l’écorce du
(I) Instruction pastorale du 2‘2 avril 1849.
péché actuel. Saint Augustin veut qu’on ne parle en aucune façon de la Sainte Vierge, quand il s’agit du péché, h cause de l’honneur que l'on doit h son Fils Notre-Seigncur Jésus- Christ ; et le saint Concile de Trente déclare que son intention n’est point de comprendre la Bienheureuse et Immaculée Vierge Marie Mère de Dieu dans son décret sur le péché originel (1). »
CLX1I. — CHAMBÉRY (savoie).
Alexis Riluet, Archevêque de Chambéry, désirait, ou qu'il n'y eût pas de définition dogmatique touchant l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, ou qu’on se bornât h une délinition indirecte, à celle, par exemple, par laquelle le Saint-Siège aurait déclaré que le culte rendu par l'Eglise à la Conception de la Sainte Vierge est un culte pieux et saint. Cependaut, comme il le rapporte lui même dans sa lettre au Pape, le clergé et le peuple du diocèse de Chambéry étaient alors animés d’une sincère dévotion envers Marie conçue sans péché, dont ils professaient pieusement l’immaculée Conception comme une opinion très probable, û peu près comme ils professent son Assomption dans le ciel, et son exemption de tout pe'ché actuel, même véniel (2).
CLXffl. — CHARCAS ou LA PLATA (ahéiuoue méiudionale\
L’Archevêque élu de Charcas avait prescrit des prières publiques, en conformité avec les vues de l’Encyclique du 2 février 1849. Son Chapitre métropolitain lui écrivit h cette occasion, en date du 1!) avril 18ô0, pour lui exprimer scs sentiments et ses vœux concernant l’immaculée Conception de Marie. Le Chapitre attribuait â l’excellence de cette prérogative, reconnue dans tout le monde catholique, le culte d’hyperdulie réservé à la Mère de Dieu, et faisait remarquer
(t) IVilu.ilc Catalounensc, c'c ; Cafalauni, 1776, tom. II, pag. 570.
(2) Lettre du 1 9 juillet 1849: I'arvri, etc. , vol. I, pag. 411.
qu’elle était plus honorée, notamment dans le chef-lieu du diocèse, sous l’invocation de Notre-Dame de la Conception, objet d'un culte spécial, que sous ses autres litres. A son avis, la solennité des prières faites à la cathédrale, avec le concours de tous les habitants de la métropole, était une preuve indubitable du désir, qu’ils partageaient tous avec le Sénat ecclésiastique, de voir au plus tôt proclamée, comme dogme de foi divine, l’immaculée Conception de Marie (1).
CLX1V. — CHARLESTOWN (États-Unis).
Ignace Retnolds, Évêque de Charlestown, ville des États- Unis, assistant au Concile de Baltimore, de l’an 1849, a souscrit le décret par lequel les Pères de ce Concile faisaient connaître au Souverain Pontife qu’il leur serait agréable qu’il définit, comme doctrine de l’Église catholique, que la Conception de la Vierge Marie a été Immaculée et entièrement exempte de toute tache du péché originel (2).