‹ La croyance générale et constante de l'Église touchant l'Immaculée Conception de la bienheureuse Vierge MarieChapitre 146 sur 279 · CCI. — COUDOU R (Espagne · texte numérisé non relu

CCI. — COUDOU R (Espagne

Emmanuel-Joachin Talancor, Évêque de Cordoue. écrivit auSainl-Père le 1(1 septembre 1N49. Il renonçait à exprimer l'enthousiasme dont le clergé et le peuple de son diocèse avaient été remplis par la communication qu’il leur avait donnée de la Lettre Encyclique du ‘2 février, et il attestait qu’ils s’étaient acquittés des prières prescrites avec de vrais sentiments de componction et de dévotion affectueuse, accompagnés du désir de voir le Siège Apostolique publier au plus tôt la définition qu’attendaient avec anxiété l’univers catholique et surtout la religieuse Espagne, où, depuis le trône jusqu’à la dernière chaumière, on trouvait des signes non équivoques d’une piété sans bornes envers la Vierge Marie et le mystère de son Immaculée Conception. La croyance et la dévotion de ses diocésains au sujet de cette prérogative étaient aussi anciennes que solides et inébranlables, et plus d’une fois ils avaient obéi à leur profonde conviction en s’adressant aux Souverains Pontifes pour obtenir qu'elle devint un article de foi. La tradition constante et immémoriale que toute la nation espagnole gardait sur ce point avait été spécialement perpétuée dans le diocèse de Cordoue par le zèle du clergé, qui n’avait jamais cessé, dans ses prédications, de mettre en évidence les graves considérations sur lesquelles elle était appuyée, ainsi que les preuves fournies par les livres saints, les décisions des conciles, les décrets et constitutions des Papes, les écrits des Saints-Pères et des théologiens les plus célèbres : sources fécondes de doctrine, suffisantes au jugement de ce Prélat, pour démontrer que si la vérité de l’immaculée Conception n’était pas encore de celles qui avaient été proclamées par un oracle infaillible et solennel, elle réunissait du moins la certitude et les autres titres désirables pour être considérée comme prochainement définissable. En ce qui le concernait personnellement, sa croyance était bien arrêtée; elle datait de scs plus jeunes

années, et il était disposé à remplir en tout le serment qu'il avait fait à l’époque de son admission aux grades académiques et dans d’autres occasions, conformément aux lois ecclésiastiques et civiles. Mais, au lieu de s’étendre sur ses propres dispositions, il préférait faire connaître plus au long celles de toute l'Espagne, et en particulier celles du diocèse de Cordoue, et les vifs désirs de son clergé et de son peuple pour une déclaration dogmatique la plus prompte de la part du Siège Apostolique. Il tenait pour certain que la doctrine de l'immaculée Conception de Marie, soutenue énergiquement aux sixième et septième siècles par saint Fulgence et saiut Ildefonse, avait précédé à Cordoue, comme dans les antres provinces espagnoles, l’invasion des Sarrasins, et qu’elle s’y était conservée fidèlement parmi ces généreux chrétiens, en qui les malheurs et les persécutions n’avaient pu déraciner la foi de leurs ancêtres. En l'année 1250, qui fut pour eux celle de la délivrance, on les avait vus honorer ce mystère d’un culte très-solennel.

Bientôt après, sa fêle annuelle avait été l’objet d une dotation à la cathédrale, et avait été insérée au bréviaire diocésain, avec le rit et l'octave d’une fête de première classe. Ces sentiments n’avaient fait que s’accroître avec le temps, comme il est constaté par divers monuments historiques, et entre autres, par une émeute populaire qui éclata h l'occasion d’un religieux dominicain qui, le 8 décembre 1(314, avait osé attaquer et offenser la pieuse et commune croyance. En 1815 le savant chanoine, Bernard de Alderete, avait présenté au Saint-Siège un mémoire remarquable, au nom de l'Évcque et du Chapitre, pour obtenir la proclamation définitive de l'immaculée Conception ; exemple qui, depuis, a été suivi par d'autres Prélats, Chapitres, Cités et Universités d’Espagne. Les populations des autres villes et des campagnes ne le cédaient point h la capitale de la province. L’Evêque en indiquait comme preuves des faits non moins honorables pour les autorités que pour les simples citoyens. En conséquence, il assurait au Saint-Père que son clergé cl son peuple avaient

envers la très-pure Conception de Notre-Dame la même dévotion que leurs ancêtres, et qu’ils ne désiraient rien tant que de voir Sa Sainteté, en vertu delà plénitude de sa puissance, la définir, ex cathedra, comme vérité de la foi de l'Eglise catholique. Il terminait sa lettre, en joignant ses vœux a ceux des autres Évêques de la catholicité, espérant que la définition dogmatique ne tarderait plus a être rendue, pour la gloire delà Mère de Dieu, pour la joie de toute l’Église, et l’éternel honneur de son Pasteur suprême (1)

CCH. — COIIFOU (île de cohfou).

François-Joseph Nicholson, Archevêque d’Hiérapolis, coadjuteur de l’Archevêque de Corfou, répondit h l’Encyclique, le 9 juillet 1849. On lit dans sa lettre: « Très-Saint Père, la précieuse Encyclique de Votre Sainteté, en date du 2 février de la présente année, et adressée de Gaëte a tous les Evêques du monde catholique, ne nous est parvenue ici que dans le courant du mois de mai. Comme elle avait pour objet de préparer une définition solennelle du Saint-Siège, aussi prompte que possible, pour déclarer que la Très-Sainte Marie, Mère de Dieu et la nôtre, a été conçue sans aucune tache, elle a procuré ’a mon cœur une consolation indicible, parce que je voyais se réaliser dans cette décision ce que j’avais désiré de toute l’ardeur de mon âme depuis bien des années...

« Le jour de la Pentecôte, j’ai célébré pontilicalement et offert le saint sacrifice pour obtenir que le divin Esprit dont l’Église célèbre ce jour-la la descente sur les Apôtres daigne éclairer Votre Sainteté et la déterminer a proclamer bientôt devant l'Univers chrétien, que Marie, Mère de notre Hédempteur, épouse du même Saint-Esprit, a été immaculée dans sa Conception, c’est-à-dire exempte du péché originel. Le clergé qui déjà avait consenti volontiers à ce que Marie fût honorée, dans la Préface de la Messe et dans les Litanies, du

(1) Madrid, 10 de set. 1849: Pareiii, etc., vol. 11, pag. 91.

beau titre d’ Immaculée, et à ce que cet archidiocèse lïit placé sons la protection spéciale de Marie Immaculée, se montra aussi, dans cette circonstance, vivement intéressé h ce que le Saint-Siège définit formellement ce mystère comme article de foi. Quant aux fidèles, il me semble que de leur assiduité constante b assister en grand nombre h tout exercice pieux ayant rapport à ce mystère, on peut conclure avec fondement que, loin d’être hostiles ou indifférents à une semblable décision de la part du Saint-Siège, ils la désirent, au contraire, vivement et de tout cœur.

« Voilà donc, Très-Saint Père, que la pauvre et infortunée Église de Corfou s’unit au reste des nombreux enfants de Marie pour conjurer ardemment Votre Sainteté de vouloir bien consoler eu ces temps déplorables. l’Eglise affligée et tourmentée, par une décision si longtemps désirée, qui procurera à Marie très-sainte un immense honneur, à Pieu, aux anges et aux Saints une grande joie ; qui fera descendre sur les malheureux mortels une abondance de grâces propre à éloigner les fléaux de la colère divine et à apaiser les violentes tempêtes décharnées contre l'Eglise, surtout depuis deux ans. »

Puis, après avoir prouvé, par les oracles sacrés etl'enseignement des Saints Pères, que la Mère de Dieu a été conçue sans péché, M. Nicbolson continue :

« Maintenant, Très-Saint Père, si d’une part, la doctrine de l’immaculée Conception de Marie est si évidente d’après les saintes Écritures et la Tradition, qu’elle ne laisse aucun doute ; et si l'Eglise, spécialement par l’organe de ses Évêques et de son Pasteur suprême, s'est expliquée tant de fois ’a cet égard d’une manière aussi expresse et formelle, je pense qo il n’est pas besoin de convoquer un synode œcuménique, ni de recourir à tout autre moyen extraordinaire; mais je crois, dans ma nullité, qu’une décision solennelle de Votre Sainteté sera suffisante pour atteindre le but. D’autre part, considérant les circonstances particulières dans lesquelles se trouvent présentement la sainte Église et le monde entier, je

ne puis m’empêcher de me jeter a genoux aux pieds du trône de Voire Sainteté pour vous conjurer instamment et de toute l’ardeur de mon âme d’exaucer le vœu sincère que tous les Évêques, mes collègues, feront avec moi, je n’en doute pas. et de ne point différer, même d'un jour, la définition solennelle de l’immaculée Conception de Marie (11. »

L’Archevêque de Corfou ne pensait pas autrement que son coadjuteur. Ne pouvant écrire lui-même a cause de ses inliimilés, il fil écrire au Pape par l’Archevêque d Iliérapolis, le 9 juillet 1849, afin de prier Sa Sainteté de déclarer et de définir par son autorité infaillible, mfuUibili auctorilate, que la doctrine de l’immaculée Conception de la Vierge Marie est contenue dans la parole de Dieu, ou écrite ou transmise par la Tradition (2). M. Nicholson avait déjà fait la même demande et dans les mêmes termes par une lettre du 8 décembre 1848 (3).

CC1II. — CORIA ( espacne).

L’Évêque dcCoria écrivait au Souverain Pontife, en 1849: « Nous n’avons rien eu tant à cœur, dès notre bas âge, que de saluer la Bienheureuse Vierge, très-pure, et de confesser à haute voix que son Immaculée Conception a été exempte de toute tache originelle. Cela n’a rien détonnant; cetie croyance nous vient de nos ancêtres, et nos pères nous l’ont transmise... Quant au sentiment de notre clergé et de notre peuple , leur croyance, leur piété leur dévotion pour le mystère de l’immaculée Conception est telle qu'il paraîtra peut-être étrange, à un grand nombre, qu’une chose de celte importance n’ait pas encore été décidée par le jugement de l’Église et du Siège Apostolique. La persuasion des fidèles de ce diocèse et de tout le peuple espagnol à cet égard est si

(1) Curfù, le U Juillet 1«49: P»»f.iu, etc., vol. 1, pag.403.

(2) Pabehi, etc., vol. 1, pajr. 410.

(S) Voyei Boosges rr Toclocsk.

grande, si ancienne, si profondément enracinée dans le fond des cœurs, que le moindre doute sur cette vérité leur paraîtrait un crime. La fervente et pieuse dévotion envers la Très- Sainte Vierge Marie a toujours été florissante parmi les peuples d'Espagne; ils n’ont jamais cessé de la louer, adoptant toujours de cœur tout ce qui pouvait tourner à sa gloire. Aussi je suis certain que parmi nous les fidèles seraient grandement scandalisés et révoltés, s’ils entendaieut dire que la Très-Sainte Vierge Marie n’a pas été conçue sans la tache du péché originel. Depuis bien longtemps, ils sont dans l’usage de se saluer en langue vulgaire, en disant : Are Maria purissima, et en répondant : Sin peccado concebida (Je vous salue Marie très-pure — conçue sans péché). Les enfants répètent ce salut a haute voix, dans les rues et sur les places publiques.

« Très-Saint Père, en nous conformant aux ordres de Votre Sainteté, nous aurons soin que dans notre diocèse on adresse des prières à Dieu, en demandant au Père des lumières qu’il daigne vous communiquer son Divin Esprit et vous éclairer, afin que vous preniez le parti qui doit contribuer davantage à la gloire de son saint nom, h la louange de Marie et 'a l’utilité de l’Église militante. Voilà, Très-Saint Père, ce que nous avons cru devoir vous exposer humblement dans notre réponse à l’Encyclique de Votre Sainteté; nous le soumettons à votre jugement suprême et à votre autorité; eaqueomnia ventru supremo judicio et auctoritati subjicimus (1). »

Déjà, en 1714, Louis, Évêque de Coria, avait fait de vives instances auprès du Pape Clément XI, en faveur d une définition dogmatique touchant l'immaculée Conception de la Mère de Dieu. Après avoir rappelé les principaux titres de la croyance de son Église et des autres Eglises d’Espagne, où la Vierge Marie a toujours été honorée comme conçue sans péché, il pressait le Souverain Pontife de parler, afin que

(4) Caurise. 43 aprilis 18i9 : Paberi, etc., vol. I, pag. 81.

l’Église catholique crût enfin, comme dogme de foi, ce que déjà elle croyait fidèlement. « Dans la Conception de sa Mère, disait-il. Dieu a divisé la lumière des ténèbres; que cette lumière brille doue daus l'Église universelle (1). »

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