ANTILLES FRANÇAISES
En 1850, l’abbé Drourlle, Vicaire Préfet Apostolique de la Guadeloupe, écrivait au Cardinal Fransoni, Préfet de la Propagande : « Éminentissime et Révérendissime Seigneur, il est très-agréable pour nous de louer les grands sentiments de piété de votre petit troupeau de la Guadeloupe envers la Bienheureuse Vierge Marie conçue sans tache; aussi nous prions humblement Votre Éminence de déposer ces sentiments aux pieds de Sa Sainteté, ainsi que notre désir trèsardent qu’il plaise ù notre Très-Saint Père le Pape, Pie IX, et au Saint-Esprit de proclamer exempte du péché originel la Très-Sainte Mère de Noire-Seigneur Jésus-Christ (2). »
Nous lisons aussi dans le mandement que M. Forcade, Évêque de la Basse-Terre, vient de publier à l'occasion de la définition dogmatique de l'immaculée Conception : « En publiant le Jubilé, que nous accorda naguère la charité du Souverain Pasteur, nous vous avons entretenus, N. T. C. F., de la grave question qui tenait alors l'Église en suspens, et pour la solution de laquelle était réclamé le suffrage de nos prières. Vous n’ignorez pas comment cette question fut bientôt après résolue. C’est en ce siècle surtout que Dieu s’est donné des messagers prompts comme le vent, actifs et rapides comme le feu (Ps. cm, 4). La définition du dogme de l'immaculée Conception, la manière dont fut accompli ce grand acte, ce qui
(1) In aula Eccl. Colleg. de Guadalupc, die 15 oct. 1849 : Pareri, etc., vol. II, pag. 207.
(2) Ardentissimo desiderio flagranms, ut SS. Papæ Pio IX ac Spiritui Sanclo v idéal u r Sanclissiniam Matrem Domini Moslrt Je»u Chrisli labe original! immnnem proclamarc. Baste Terre, die 10 julii 1850; Parehi, etc., vol. IV, pag. 127.
le précéda, ce qui le suivit; les fêtes de Rome, celles de la mère-pairie ; tout nous a été porté comme avec la célérité de l’éclair, jusque dans ces lies lointaines... Il est rapporté, dans l'histoire de l’Église, qu’en l’année 787, à la seconde session du VII* Concile général, qui fut le IIe de Nicée, les Légats du l’ape Adrien I" ayant fait lire deux lettres que ce Pontife adressait, l’une à l'empereur d’Orient, l’autre au Patriarche de Constantinople, tous les Pères s'écrièrent d’une même voix : Nous les recevons, nous les admettons et nous les suivons. Tout le saint Concile croit ainsi, pense ainsi, enseiijne ainsi. C’est avec le même respect et avec la même soumission que nous aussi, N. T. C. F., nous tous, Pasteurs ou brebis, nous devons recevoir maintenant encore les Lettres du Saint-Siège; car l’autorité dont elles émanent est toujours la même. Les clefs données par Jésus-Christ à saint Pierre sont dans les mains du Pape Pie IX, comme elles étaient en celles du Pape Adrien; et tout est soumis à ces clefs, observe Bossuet; tout, rois et peuples, pasteurs et troupeaux. (Serm. sur l’unité de l’Eglise.)
«Que la parole apostolique nous soit agréable ou lâcheuse, qu’elle conlirme, comme aujourd’hui, nos propres sentiments et nos propres croyances, ou quelle les contredise, notre docilité n’en peut être ébranlée. Les décisions du Pape ne se discutent pas : il a l’autorité du Chef des Apôtres, l’autorité de Jésus Christ, l’autorité de Dieu. L’homme superbe se révolte h la seule pensée d'une si haute autorité sur la terre, il la rejette avec colère ou avec dédain. Mais l’humble chrétien reconnaît qu’elle est un guide nécessaire à sa débile raison; il rend grâces ï Dieu qui a donné une telle puissance à un homme mortel et s’y soumet avec amour (I). »
(t) Mandement do Mgr l'Évêque de la Basse-Terre promulg.int (publiant) les Lettres Apostoliques qui définissent le dogme de l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, du 13 avril 1855.
CCLXXVIII — GUADIX (espagkei.
La croyance de l'immaculée Conception n’était ni moins générale ni moins vive au commencement du dix-huitième siècle qu’au milieu du dix-neuvième. François-Jean, Évêque de Guadix, écrivait au Pape Clément XI en 1714, pour le prier de définir l’immaculée Conception de la Vierge Mère de Dieu. «Tous, disait-il, soupirent après cette définition, désirant posséder avec un litre irréfragable ce qu’ils se réjouissent de posséder a d’autres litres (1).»
On trouve les mêmes sentiments et les mêmes vœux dans la lettre que le Chapitre de 1 Église cathédrale de Guadix adressait au Pape en 1714. « Il y a déjà bien des années, disait-il, que les Églises des royaumes d’Espagne ne cessent de soupirer après la définition dogmatique du mystère de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Que l’Eglise romaine, que le Siège Apostolique décide donc enfin que la Mère de Dieu a été préservée dans sa Conception de la tache du péché originel (2).»
CGLXX1X. — GUASTALLA (duché de parue).
Ou lit dans la Lettre que Pierre Zenardi, Évêque de Guastalla, adressait, en 1850, au sacré College ou h une des Congrégations romaines : « Eminences Révérendissimes, j’ai reçu, il y déjà plusieurs mois, la vénérée Lettre encyclique adressée à tous les Évêques de l’univers catholique, par laquelle le Pasteur suprême des Pasteurs, l’immortel, l’héroïque Pie IX, du sein de la tertre de son douloureux exil, demandait à être informé s’il serait agréable et doux, tant aux
(1) Omnium nostrum animus pro optata tanli mysterii definitione seniper Initial, semper et stispirat : desidcnl equidem onwino irrefragabilique titulo idip- Rum possiderc. quod aliis lirmis etiam ac securis se possidere gaudet. Xcci, die 10 marin arm. 1714 : Pareiu, elc., vol. VIH, pag. 503.
(2) Ex Gapitulo Cathcdr.ili Guadicensi. XVI Kal. marlii 1714: Paberi. etc., vol. VIII, pag. 540.
Evêques et a leurs Chapitres, qu'aux curés et aux fidèles confiés k leurs soins, que, dans le cas où il y serait déterminé par l’inspiration du diviu Esprit-Saint, il déclarât du haut de sa Chaire infaillible de vérité (1) qu’on doit désormais tenir comme un vrai dogme de l’Église catholique de Jésus-Christ, que la très-sainte Marie, la Mère très-pure du Verbe divin incarné, a été de toute éternité privilégiée et mise k l’abri de tout péché originel. Ma vieillesse et ma santé souvent débile in’ont empêché d’exposer plus tôt par écrit, soit mon désir personnel, soit le vœu de mon clergé et du peuple de ce diocèse, qui m’est connu depuis longtemps. Mais, quoiqu’il soit maintenant tardif de le faire, je ne me crois pas affranchi pour cela du devoir que m’a imposé la belle Lettre encyclique de Sa Sainteté. C’est pourquoi je viens déclarer devant le trône auguste du Chef suprême de la hiérarchie, que la pieuse croyance de l’immaculée Conception de Marie très-sainte est profondément enracinée dans le cœur des membres de mon Chapitre, ainsi que parmi le reste du clergé et le peuple de ce petit diocèse ; que le culte qu’on lui rend dans toutes nos églises est fort ancien, et que les autels érigés en son honneur, de temps immémorial, dans la plus grande partie de nos temples, sont l’objet d’une dévotion particulière; en sorte que, non-seulement la définition dont il s’agit deviendrait une chose agréable, mais est en réalité, dès k présent, une chose que tous désirent souverainement.
« Pour ce qui me concerne, j’avoue que le poids des raisons invoquées par de doctes, pieux et très-graves théologiens en faveur de l’immaculée Conception de Marie Irèssainte, m’a paru tellement décisif que je serais déjà dispose a y voir spontanément un véritable dogme, si je n’étais retenu par la considération qu'un catholique ne peut croire comme article de foi que ce qui est clairement enseigné par l’Écriture et par une tradition constante, ou proposé comme tel par les saints Conciles ou par les définitions pontificales. C’est
(i) Dali alto deli' infallibile sua t'alhedni di venta.
pourquoi, dans mon insuffisance, je n'hésite pas à m'unir aux pieux et vénérables Pasteurs dont j’ai appris avec joie les instances auprès de Sa Sainteté, en faveur de cette définition.
« Et, dans le fait, si l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, qui est vraiment dans l’Église a l’étal de croyance universelle, n'a point encore été définie comme article de foi, pour quelle raison ne pourrait-on pas aujourd’hui la définir? Que manque-t-il pour cela à l’autorité infaillible? Est-ce la lumière? Est-ce le droit? Non, assurément. Et si, généralement, tous les Pasteurs de l’Église catholique adressent des prières au Vicaire de Jésus-Christ, pour obtenir qu’il publie solennellement ce dogme; si l’auguste et vénéré Pie IX, assuré que les vœux universels sont conformes aux désirs de son cœur et aux inspirations de l’assistance du divin Esprit, qui lui a été promise, accomplit ce grand acte de son glorieux pontificat, quel bon catholique ne s'en réjouirait? Y aurait-il, pour tout homme sensé, quelque chose h redire h ce majestueux exercice de la suprême puissance de définir; de celte suprême puissance, qui est, sans aucun doute, toujours permanente et toujours présente dans l'Église de Jésus- Christ jusqu’à la consommation des siècles (I)? »
CCÉXXX. — GUATIMALA (Amérique méridionale).
François Garcia -Pelaez, Archevêque de Guatimala, a adressé à Sa Sainteté, en date du octobre 18~:3, une lettre accompagnée du texte des réponses qu’il avait reçues de son Chapitre, de l’Université, des couvents et des curés, des chefs de la République, des juges et des autres magistrats de la ville, toutes favorables à la future proclamation du dogme de l’immaculée Conception de Marie, au sujet de laquelle le peuple et le clergé, tant séculier que régulier, n'avaient qu’une même croyance et un même vœu. Il protestait
(i) Guastalla. 25 janv. 1850 : I’aueiu. clc. vol. 111, pag. 234.
de sa propre conviction sur le point de la doctrine, dont il indiquait sommairement les preuves, la convenance et la sublimité, déclarant qu’il y voyait pour Marie une distinction qui la rendait par la grâce ce que Jésus-Christ était par nature. «La prérogative de l’immaculée Conception, ajoutait-il, est la joie des chrétiens, l’honneur de l'Église, notre vie, notre douceur et notre espérance. Je n’ose, disait-il en finissant, demander la définition dogmatique; mais j’applaudis au vœu de ceux qui la demandent ; je l’adopterai si elle est rendue, et ce sera d’autant plus volontiers que je vois les fidèles recevoir du ciel de nombreuses faveurs par l’invocation de l’immaculée Conception (1). »