CCI.XXXV. — HALIFAX ( nouvelle-êcosse
Guillaume AVasii, Archevêque d’Halifax, écrivait au Cardinal Pro-secrélaire d'Etat, en réponse à l'Fnryclique du 2 février 1 84'J : « Éminenlissime et Révérendissime seigneur, j’ai connu par différentes lettres les sentiments du clergé et du peuple de mon diocèse touchant l'immaculée Conception de la Mère de Dieu. Les clercs et les laïques croient tous unanimement que la Bienheureuse Vierge Marie a été, même dans sa Conception, entièrement exempte de toute tache du péché. Il n'y en a que quelques-uns qui ne paraissent pas désirer une définition dogmatique. Cependant, si le Saint-Père, dans
(1) Cayenne, le 20 février 2851 : Fanon, etc., vol. IV, pjg. 2511.
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sa sagesse, juge autrement, nous tiendrons fermement à sa décision comme à un dogme de la foi catholique. Quant h moi, j’ai toujours été pour l’affirmative : c’est pourquoi étant à Rome, en 1844, j’ai supplié Sa Sainteté Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, de permettre d’ajouter, pour ce diocèse, le mol Immaculata au mol Conceptione de la Préface de la Messe, et d’insérer dans les Litanies de Lorette l’invocation Heine conçue sam péché; ce que Sa Sainteté a bien voulu m’accorder (1).
CCLXXXVI. — HAVANE ( ikdes oriehtai.es).
François Feeix-y-Solans, Évêque de Saint-Christophe de la Havane, écrivit au Pape, en réponse h l’Encyclique du 2 février 1849, une longue et savante lettre, où il établit la vérité de l’immaculée Conception, entrant d’ailleurs dans les détails les plus intéressants sur la croyance et la piété du peuple fidèle de son diocèse envers Marie conçue sans péché.
Ayant émis cette proposition : La Bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, a été exemptée du péché originel par la grâce sanctifiante qu’elle a reçue de Dieu dans le premier moment de sa Conception, à l'imtant même où son âme a été unie à son corjis; il la prouve d'abord par l’idée que les Saintes Écritures nous donnent de la sainteté et de la dignité de Marie, choisie de toute éternité pour être la Mère du Divin Rédempteur. Qui oserait avancer, dit cet Évêque, qu elle a été un jour impure, celle de laquelle est né celui qui nous purifie de nos péchés? que la Mère de celui qui efface les péchés du monde, qui a délivré son peuple de l’esclavage du péché, a été elle-même le moindre instant esclave du péché? que la mère de celui qui nous a réconciliés avec Dieu a pu être un seul instant ennemie de Dieu? qu'elle a encouru la disgrâce de Dieu, celle qui a donné le jour au Fils uni-
(1) Datum HaliC» xi» in Nova-Sootia, die 15 septembre 1S49
que de Dieu? qu’elle a été dans les ténèbres du péché, celle qui a fait lever le soleil de justice? que la maison du Seigneur, dans laquelle rien de souillé ne peut entrer, a servi de demeure h Satan? ou que Dieu n’était pas assez puissant pour préserver du péché originel la Mère de son Fils unique, qui est descendu du ciel pour notre salut, pour racheter le genre humain au prix de son sang? ou qu’il ne convenait pas que le Fils du Saint des saints eût pour Mère nne Vierge absolument pure et toujours pure, toujours immaculée, même dès le premier moment de sa création ? Dira-t-on que Dieu a pu la créer pure et sainte, que cela convenait au Fils, et que cependant il n’a pas voulu le faire? Quoi ! celui qui a créé la première Ève dans l’innocence, dont elle est déchue, aurait souffert que la seconde, qui a brisé la tête de l’ancien serpent de son pied très-pur, fût conçue impure et souillée par le péché ! Celui qui a créé les Anges purs et saints, même ceux qui sont devenus rebelles k Dieu, aurait voulu que la Mère du Créateur, que Marie, qui est supérieure en tout et aux Auges et aux hommes, fût sujette à la corruption commune des enfants d’Adam ! Jésus-Christ, qui donne la vie éternelle à ceux qui reçoivent son corps et son sang, aurait permis que celle du corps et du sang de laquelle il devait former son propre corps et son sang, fût condamnée par le péché un seul instant à la mort éternelle ! Non ! la Bienheureuse Mère de Dieu a été conçue dans la plénitude de la sainteté par un privilège unique, qui n’a pas même été accordé ni à Jérémie, ni h Jean-Baptiste. Ces saints ont été sanctiliés dans le sein de leurs mères; mais ils n'avaient pas été conçus dans la sainteté; ils avaient contracté la tache originelle.
« Ainsi donc ce que dit l’Écriture, que tous ont péché en un seul homme, n’exclut point la prérogative de Marie, qui a été préservée de tout péché originel en vue de la mort de son Fils : celte loi a été portée par le divin Assuérus pour tous, mais non pour Marie (i). »
(t) Beat* Virgo Maria Dei Mater ab originali peccato fait immanis per gr&tiam sanctifirantem, quam l)eu» illi iodidit in primo conception» tue moment», cum
Passant aux preuves tirées des différentes sources de la Tradition, l’Évêque de la Havane invoque, en faveur de l’immaculée Conception de la Vierge, les Liturgies apostoliques, les saints Pères, les anciens Auteurs Ecclésiastiques et le Concile de Trente, qui, en déliassant dogmatiquement que tous les hommes naissent souillés du péché originel, a toutefois déclaré solennellement qu'il n'était point dans son intention de comprendre dans son décret l'immaculée Vierge Marie, Mère de Dieu. Il cite aussi les Souverains Pontifes qui ont favorisé et propagé le culte de l’immaculée Conception ; présentant ce culte, qui s’est successivement établi et développé dans toutes les Églises, comme l'expression de la croyance de la sainte Église Romaine, de l’Église universelle, comme une preuve, par conséquent, de l’insigne prérogative de Marie; l’Eglise catholique, toujours assistée de l’Esprit-Saint, ne pouvant ni établir, ni favoriser, ni même tolérer un culte faux, superstitieux, contraire à l’ordre établi de Dieu.
Arrivant h ce qui concerne la croyance et la piété de son diocèse envers la Vierge conçue sans péché, il rappelle ce qu’ont fait les rois, les Évêques, les universités et les Ordres Religieux du royaume des Espagnes, pour obtenir du Siège Apostolique que l’immaculée Conception fût définie et décrétée dogmatiquement comme article de foi. Il rapporte en même temps que l’Office propre de la Conception de la Vierge Marie, approuvé par Sixte IV, et accordé par Pie V aux religieux de l’Ordre de Saint- François, était, en vertu d’un Induit de Clément Xlll, exactement suivi par tout le clergé tant séculier que régulier de toutes les provinces soumises à la domination espagnole. Or, comme M. Fleix-y-Solans le faisait remarquer dans sa lettre, l'immaculée Conception est formellement exprimée dans cet Office. On y lit en effet . « Vous êtes toute belle, 6 Marie I et il ri y a point de tache en vous. — C'est aujourd'hui (la fête de) /'Immaculée Conception de la Sainte Vierge Marie. — Dieu, qui, par /'Immaculée Conception de la
mima corpori jam membria inalructo unita fuit. S. Chrùtophori ah JUmana, Iii- 4 «a noi>. 1849 : I'auou, etc. , toI. Il, pag. 343.
Vierge, avez préparé à voire Fils une demeure digne de lui. — Célébrons /'Immaculée Conception de la Vierge Marie; adorons le Christ, Noire-Seigneur, qui l'a préservée du péché{ 1). »
Enfin, comme il lui paraissait que. dans l'état où en étaient les choses, l'immaculée Conception devait être définie par l’Église, il pressait vivement Sa Sainteté de rendre cette délinition tant de fois désirée et tant de fois demandée, afin de satisfaire l’atiente des fidèles et combler leurs vœux : le tout pour la plus grande gloire de Dieu et l'honneur de la Bienheureuse Vierge Marie (2).
CCLXXXVII. — HÉSÉBON | évêché in partibus).
Lettre de M. Loquet, Évêque d’IIéséhon in partibus; « Très-Saint Père, depuis le temps où quelques personnes s’occupaient h Rome de rechercher le sentiment des Evêques catholiques sur la grande question de l'immaculée Conception de Marie, je me suis offert pour me joindre h ceux qui sollicitaient de Votre Sainteté la déclaration de cette vérité comme article de foi. Je l'avais précédemment enseignée dans mes écrits.
« J'appartiens en outre il une Société (celle des Missions Étrangèresi qui la professe depuis le dix-septième siècle, époque où celle société lut fondée.
« A tous ces titres, et par amour et reconnaissance pour la Vierge Immaculée, je me fais un devoir, Très-Saint Père, de vous supplier d'accorder h l'Eglise la grande faveur que la piété publique vous demande (5). »
CCLXXXVIII. — H1LDESHEIM (allemagse).
Édouard-Jacques Wedekin, Évêque d’IIildesheim, répondit à l'Encyclique du Saint-Père, en 1851 : premièrement, que le
(1) P a ut rj, vol. II, pag. 343.
(2) Ibidem,
(3) Frascdti, le 5 oct. 1849: Paheri, etc., toi. II, pag. 177
peuple fidèle était, généralement, animé d’une grande dévotion envers la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu, l’honorant dans la fête de sa Conception comme étant toute belle et sans tache ; secondement, que la plus grande partie du clergé professait l'immaculée Conception de la Vierge Marie ; l’autre partie ne l'admettant que comme un pieux sentiment; troisièmement, que, pour ce qui le concernait personnellement, il professait aussi la prérogative de l’immaculée Conception comme étant inséparable de la dignité de Mère de Dieu, et comme lui paraissant certaine h cause de la croyance de l’Église universelle.
Cependant, n’osant se prononcer pour l’opportunité d’une définition dogmatique, il terminait sa lettre en déclarant qu’il s’en rapportait a la sagesse et au jugement de Sa Sainteté ; sapientiori ejiis judicio ultenora relinquo (1).
CCLXXXIX. — HISPAHAN (perse).
Extrait de la lettre de Jean Derderian, Évêque élu d’Hispahan. an Cardinal Fransoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande : « Même avant toute décision solennelle du Saint-Siège sur ce point, ayant reçu de nos maîtres ce pieux sentiment touchant la glorieuse Mère de Dieu, et l’ayant envisagé comme la doctrine commune de presque toute l’Église, nous l’avons embrassé, mon clergé et moi, avec tout le respect et la vénération dus h une sérieuse croyance de la Mère Église. Il ne nous reste donc plus, à mon clergé et h moi, qu”a suivre avec conformité et adopter en toute humilité de cœur ce qu’il plaira aux Princes de l’Église et au vénérable ordre des Évêques, en union avec le Chef de l’Église, de décider comme plus favorable à l’honneur de la Très Sainte Vierge (2).
« La dévotion et inclination de mon petit troupeau, dirigé et instruit d’après mes propres sentiments, professe déjà cette
(1) Hildesii, die 15 januirii 1851 : Parkw, etc., *ol. lit, psy 346.
(ï) Voyei Évmra>.
croyance comme un culte sacré envers la Très-S; et il l'honore avec cette disposition. Il sera donc réjoui en apprenant une décision conforme h i elle entre dans les vues du Père commun des lidt Dieu qu’une telle décision soit rendue (1)! »