CCCLXV. — MAXTOUE (lombakdîe
Jean Cobti, Evêque de Mantoue, est du nombre des Evêques de la province de Milan qui, étant réunis à Gropello en 1849, écrivirent au Pape en réponse à l’Encyclique du 2 février de la même année, attestant à Sa Sainteté que le clergé et le peuple de cette province professaient une tendre et sineère dévotion envers l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Ces prélats, il est vrai, n’osèrent pas, h raison de la dilficullé des temps, se prononcer sur l’opportunité d'une définition dogmatique; mais ils déclaraient aussitôt s'en rapporter entièrement au jugement du Saint-Siège et à la promesse qui lui a été faite par Jésus-Christ d’une assistance spéciale du Saint-Esprit (I ).
Le 20 juin 1853. le même Prélat adressait au Saint-Père différentes listes de prêtres de. son diocèse, qui exprimaient leur vif désir de voir au plus tôt définie comme dogme l’immaculée Conception de la Mère de Dieu, et il disait que celle disposition unanime de son clergé, qui était aussi la sienne, lui procurait une grande consolation. « Je fais des vœux, ajoutait-il, pour que vienne bientôt le jour où l’Oracle Apostolique ouvrira cette ère de gloire nouvelle ù Celle qui est Çieubeureuse entre toutes les femmes, et pour que, h dater de cet heureux jour, commencent les biens qu’en attendent ceux à qui la sagesse de l'esprit découvre le secret des choses divines «2). »
CCCLXVT. — MARIANNA (bbésil).
Lettre d’Antoine FEnREm.v-Vieoso, Evêque de Marianna , au Souverain Pontife : « Très-Saint Père, j’ai reçu avec une joie extrême les lettres de Votre Sainteté, datées de Gaéte. le 2 février 1849, et adressées a tous les Patriarches, Primats,
(t) Vojci Mua*.
(2) Mantoue, te 20 juin 1855 : Parmi, etc., vol IX, app. I, pag. 24.
Archevêques et Évêques; car il est permis d’espérer que nous verrons bientôt décerner à la Bienheureuse Vierge, Mère de tous les fidèles, le nouvel honneur qui en fait le sujet. Cet espoir ne peut-être que très agréable aux fidèles et au clergé de l'Eglise de Marianna. Tous, en effet, sont dans l’intime persuasion et répètent dans leurs prières que la Très-Sainte Marie h été conçue sans la tache du péché. Telle est aussi et telle a toujours été ma conviction bien arrêtée, et j’ai pour cela divers motifs. C'est d’abord l'autorité de la Chaire Suprême de Pierre , qui n approuve ni ne tolère l'erreur; car qui peut ignorer que, depuis déjà plusieurs siècles, les Pontifes Romains ont favorisé ouvertement la doctrine de l'immaculée Conception? C’est ensuite l’autorité d'un grand nombre d'Universités, les preuves fournies par tant de Théologiens, les paroles de tant de Pères ; c’est la dignité ellemême de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; car je ne puis me représenter la Mère d’un tel Fils en aucun temps ni un seul instant dégradée par le péché, victime du serpent infernal et odieuse aux yeux de Dieu. C’est enfin, et j’avoue que j’y attache une grande importance, c’est la dévotion des fidèles envers Marie Immaculée ; dévotion si générale, récompensée par tant de faveurs, affermie par tant de miracles, et qui doit assurément être considérée comme venant de l’Esprit-Saint. Je désire donc vivement que l’Église définisse enfin qpe la Bienheureuse Mère de Dieu a été conçue sans la tache du péché . Pendant que celte Mère de miséricorde recevra dans tout l’Univers un culte spécial, a raison de cet éminent privilège, des grâces nouvelles et plus abondantes descendront du ciel sur la terre, et la sainte Église de Dieu, maintenant battue par tant d’orages, affligée de tant de calamités, attaquée partanld'ennemis, en bulle à tant d'impiétés, trouvera peut-être quelque repos sous la protection de la Reine des Cieux. C’est mon espérance, c’est mon désir, c’est aussi le vœu du clergé et des fidèles confiés à ma sollicitude. Il ne me reste qu'à prier l’Esprit de vérité de remplir Votre Sainteté de la lumière d’en liant, et de lui suggérer le parti qui convient le mieux h l’hon-
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neur de Dieu. Une fois la définition rendue, je la recevrai comme un oracle de Pierre et dirai volontiers avec saint Augustin : La décision est arrivée, la cause est finie. « C’est, en effet, aux successeurs de Pierre qu’il appartient de paître tout le troupeau et d’affermir leurs frères ; ce sont eux qui ont reçu du Seigneur Jésus le privilège de l'infaillibilité, et nul ne peut être uni fi ce Chef Suprême s’il n’est uni aux successeurs de Pierre (i). »
CCCLXV1I. — MARSEILLE (france).
Charles-Joseph-Eugène de Mazenod, Évêque de Marseille, écrivait au Pape, sous la date du 2ti avril 1849 : « Très-Saint Père, je ne puis que rendre à Votre Sainteté de sincères actions de grâces de ce qu’Elle a daigné associer les Evêques de l’Église catholique, dispersés dans l’Univers, à l’accomplissement de ses pieux desseins, en les faisant concourir avec Elle fi l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, dans le jugement solennel qui définirait comme dogme catholique l’immaculée Conception de cette Mère bien-aimée. Je me réjouis dans le Seigneur de la part qui m’a été personnellement réservée dans cette définition qui sera rendue sous l’inspiration de l’Esprit-Saint ; et c’est avec joie que je rends témoignage de la tradition de l’Eglise confiée fi mes soins; c’est avec joie que je dirai mon sentiment sur la question qui m’est proposée par votre Sainteté.
« Il y a déjà bien des siècles, Très-Saint Père, que l’Église de Marseille, certainement la plus ancienne des Gaules, se glorifie de croire pieusement et de professer que la Bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans tache. Parmi les nombreux documents qui prouvent celte croyance, je puis appor-
(! ) Datant autem dcOuilioncni veluli Pétri oraculunt rccipiam, et libenter cum D. Auguslino dicatn : Rescripta v enerunt, causa fin Ha est. Ad successorcs enim Pétri cl tolum gregern pasccrc et fralrcs coiitirmare perlinct; illi privilegium infallibilitatis a Christo Domino recepcrunt, ncc quisquam primo illi capiti eonjungi poterit, nihi Pétri succcssoribus conjungalur. Marianne in Bran lia, die 28 januarii ann. 1850 : PaIieiu, etc.» vol. 111, pag. 259.
1er en premier lieu le bréviaire de celle Église en usage avant le Concile de Trente; ce bréviaire atteste en termes exprès qu’elle était reçue dans l’Église de Marseille. Cette tradition, reçue de nos Pères, qui a été conservée de notre temps avec le plus grand soin, et de laquelle je me plais b rendre té' inoignage, fut en grand honneur dans la province d’Arles, à laquelle Marseille appartenait autrefois. C’était parmi nous la persuasion générale, qui se manifesta surtout dans le Concile d’Avignon, tenu en 1457, auquel assista Nicolas de Brancas, l'un de mes prédécesseurs sur le siège de Marseille. Là, nonseulement le décret de Bâle, qui frappe d’anathème*lous ceux qui, dans leurs discours ou leurs écrits, nient que la mère de Dieu a été conçue sans péché, fut promulgué, mais encore il fut ordonné à tous les curés de le porter à la connaissance des peuples confiés à leurs soins (1). Il en résulta que le sentiment dont il s'agit prévalut tellement dans nos contrées, que l’exemption de la tache originelle, en Marie privilégiée de Dieu, fut considérée comme une vérité hors de doute, ainsi que l’atteste le missel d’Arles, imprimé en 1538. On lit en effet dans ce missel l’oraison suivante :
« Dieu qui, par l'immaculée Conception de la sainte Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui , accordeznotis, nous vous en prions, que, comme vous i avez préservée de toute tache du péché, en prévision de la mort de votre Fils, nous puissions aussi, étant purifiés nous-mêmes, parvenir, par son intercession, jusqu'à vous (2).
« Le clergé de mon diocèse fut toujours fidèlement attaché du fond du cœur a la doctrine de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie; le vénérable Chapitre de l’Église cathédrale, mû par un sentiment de piété envers la Vierge Marie, vient de prendre une délibération pour se rendre l’organe de tout le clergé, en me priant de déposer aux pieds de Votre Sainteté l'expression de son vœu, pour que vous rendiez le plus tôt possible le jugement que nous fait
(1) Voyez Avioojf.
(2) Voyez An le s.
espérer voire Eucyclique récemment adressée aux Evêques de toute l’Eglise.
« Je réponds d’autant plus volontiers à cette demande, que le vœu du vénérable chapitre de ma cathédrale est le vœu ardent de tous les prêtres et de tous les fidèles confiés a mes soins.
« Quanta mon sentiment, comme Evêque appelé à donner mon avis sur cette question, aidé de la grâce de l’Esprit et du secours de Celle qui est la mère de la lumière éternelle, je n’hésite pas à le faire connaître : fermement appuyé sur la tradition de mon Eglise, sur le sentiment des plus graves théologiens, sur celui des plus saints personnages des temps modernes, comme sur les raisons lliéologiqucs qui exigent, pour l’honneur de la Mère de Dieu cl de son divin Fils, que rien de ce qui est du péché n’ait jamais atteint cette auguste mère, je suis d’avis qu’il y a lieu de juger et de délinir que la Bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans la tache originelle.
« Jemets ce sentiment en désirant très-ardemment qu’il soit adopté par Votre Sainteté qui enseigne l’Eglise universelle avec une autorité infaillible dans la plénitude de la puissance apostolique qu’elle a reçue de Jésus-Christ dans la per sonne du Bienheureux Pierre (1). »
La lettre du chapitre de la cathédrale de Marseille est dans le même sens que celle de l'Évêque ; elle renferme les mêmes sentiments.
CCCLXV1II. — MARSI (whadme de saines }.
Nous avons deux lettres de Michel-Ange Sokhentiso, Evêque de Marsi, concernant la définition dogmatique de l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Dans la première, qui est de l’an 1848, il suppliait Sa Sainteté de
( \ ) Celle Leltre, qui a élé écrite en latin, est ilntéc du 20 avril 18-49 ; elle est rapportée en français dans le Mandement de M. de Mozenod du 8 juillet 18-49. — Voyez Pareri, elc., vol. I, pag. 137 ; vol, 111, pag. 36i ; vol. IV, pag. 120.
faire entendre sa voix et de décréter comme article de foi, par un acte de son autorité infaillible, que la Vierge Mère de Dieu a été conçue sans la tache originelle. Il fondait sa demande sur les oracles de l’Écriture sainte, sur la tradition, les témoignages des saints Pères, les décrets des Conciles, la doctrine des plus célèbres théologiens, la pratique de l’Eglise et la croyance générale des fidèles (1).
La seconde lettre de M. Sorrentino est la réponse qu'il a faite a l’Encyclique du 2 février 1849. Il y exposait d’abord les sentiments du clergé et du peuple fidèle de son diocèse envers la Vierge Marie dont ils honoraient publiquement l' Immaculée Conception dans la préface de la messe, et qu’ils invoquaient dans les litanies de Lorelle, sous le titre de Reine courue sans tache, en vertu d’un Induit apostolique du ‘20 décembre 1 841; puis il renouvelait la demande qu’il avait faite en 1848, en priant Sa Sainteté de combler enfin les vœux de l’Évêque, ceux de son troupeau et de tout le peuple chrétien, et de décréter du haut de la Chaire de Pierre, par un jugement solennel et infaillible de son autorité divine, que la Mère de Dieu toujours Vierge a été conçue sans la tache originelle , afin que l’on crût fermement d’une foi surnaturelle ce que l’on avait pieusement cru jusqu’alors d’une foi humaine. « Nous vous demandons celle définition, disait-il au Saint-Père, nous vous la demandons instamment, plus instamment, très-instamment, nous l'attendons avec impatience de Votre Sainteté, qui est la pierre et la base de l'Éijlise catholique, et le fondement de la vraie foi (2). »
(I) Piscinæ, pridic Kal. nov. 1848 : I'areiii, etc., vol. IX, pag. 154. ll2) >ihil aliud igilur mudo restât, nisi ut mca meique gregis, imo cl universi populi chrislinm desideria tandem aliquando comptent Sanctilas Tua, scilicet ut jdtvina,qua polies, auctoritalc, solcmni nique inlallihili judicio ex Cathedra l'etri dccemns, Dciparam Virgiticm sine macula originali fuisse conceplnm, ut quod pic atquc huiuana Ode nu ne crcdimus, de EccJcsiæ fuie firmiler postes crcdatnus. Hoc n Teinstanter, instanlius atquc inslanlissime poslubmus, hoc nnxio atquc ardenti nnimo expeelamus a Te, qui et Pctra et Crepido Catholiac Ecclesvr et rectæ fidei fundamentum (Concil. Caicedon >act III). Piscina*, die 4 junii 1849 : pAitnu, etc.) vol. I, pag. 308.