D. — ROSSANO | ROYAI ME DE NAPLES
Pierre Cilento, Archevêque de Rossano, écrivait en ces termes au Souverain Pontife, la veille des Ides de novembre 1848 : « Très-Saint Père, il n'est personne qui ne tienne pour certain et incontestable que la Bienheureuse Marie, toujours Vierge, a été exceptée par un privilège spécial de cette maxime générale de l’Apôtre, Tout ont péché en Adam, cl quelle a été exempte de toute tache du péché originel dès le premier moment de sa Conception. Toutes les Académies catholiques enseignent celte doctrine; tous les fidèles la professent affectueusement ; l’Eglise universelle, colonne et soutien de la vérité, célèbre dans cet esprit la fête de la Conception, le 8 décembre, ainsi que l’a déclaré Alexandre VU, d’heureuse mémoire, dans la Dulle Solliciludo omnium Ecolesiarum. Il ne manque plus qu’uue chose k ce sujet : c’est que ce privilège, dont la Bienheureuse Vierge Marie, par une grâce
(I) Roms, die 20 decembris 1853 : Parmi, etc., vol. IX, app. î, pag. 74.
singulière de la faveur divine, jouit glorieusement dans le ciel, soit confirmé sur la terre par l’oracle infaillible du Saint- Siège Apostolique, infallibili sedis Apostolicæ oiactdo, et que toute l’Eglise l’entende proclamer solennellement du haut de la Chaire de Pierre que Votre Sainteté occupe si dignement. Je prie donc ardemment Votre Sainteté de mettre au nombre des vérités dogmatiques l’immaculée Conception de la Vierge dans le premier instant de sa création. L'honneur de Marie l’exige; l’Église le demande; c’est l’objet de tous les vœux (1). »
DI. — ROTHENBOURG (royaume de Wurtemberg).
Joseph Lier, Évêque de Rothenbourg, répondant h l’Encyclique de Sa Sainteté du 2 février 1849, attestait hardiment que ses diocésains, tant clercs que laïques étaient prêts h recevoir avec une parfaite soumission la définition expresse de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, et qu’elle serait une grande consolation, une consolation incroyable, incredibile solatium, pour toutes les personnes pieuses de son diocèse. Pour ce qui le concernait personnellement, il se félicitait de l'occasion qui lui était offerte de mauifester ses sentiments envers la Mère de Dieu, qui est aussi la plus tendre des Mères pour nous tous, en se déclarant être du nombre de ceux qui pensaient qu’il était digne et juste que l’Église Romaine, qui est la maîtresse de toutes les Eglises, proclamât en termes clairs et exprès, comme dogme de foi, que la Vierge Marie a été entièrement exempte de toute tache du péché originel, même dans sa Conception. « Cette doctriuc, disait-il, est la doctrine catholique, au sujet de laquelle aujourd’hui s'accordent tous les auteurs qui ont bien mérité de la Religion ; la doctrine que le consentement presque unanime des Pères a rendue certaine; la doctrine qui a été confirmée de notre temps par
(1) Ilatum Rossani pridie Idus novenbris 1848 : Pabebi, etc., vol. IX, pog. 218.
des miracles, et qui, après avoir triomphé, par l’assistance du Saint-Esprit, pendant le cours de tant de siècles, de toutes les difiicultés, est parvenue à un tel degré d’évidence aux yeux des lidèles, qu elle ne peut nullement être contredite que par des esprits opiniâtres et téméraires (1). »
D1I. — ROUEN ( France).
On ne peut révoquer en doute la grande piété du clergé et du peuple (idèle du diocèse de Rouen envers l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. On ne peut pas même douter, à cet égard, des pieux sentiments du Pasteur, quoiqu’il ait été contraire au projet d’une délinilion dogmatique, touchant la plus belle prérogative de la Mère de Dieu. En effet, nous lisons dans la lettre que M. Blancart De Baii,lell. Archevêque de Rouen, écrivait a notre Saint-Père le Pape, en réponse à l’Encyclique du 2 février 1849 :
« L’Église de Rouen a la prétention d’être la première, entre les Églises de France, qui ait célébré la fête de la Conception. Ce qu’il y a de certain, c’est que les historiens anglais et français désignent ordinairement celte fête sous le nom de Fête aux Normands : festum Normannorum, festum nationis Nonnannicx.
« C'est ainsi que la nomme, en 1266, notre grand Archevêque de Rouen, Eude lligaud, dans son registre de visites ou de voyages : VI. Id. deeembris, in Conceptione Beatæ Mariæ, celebravimus Missam in ecclesia S. Severini in festo nationis Normannicx.
« Déjà depuis longtemps cette fête se célébrait h Rouen et dans la Normandie. Nous voyons, en 1070 ou 1071 , Jean de Baveux, transféré du Siège d’Avranchcs h celui de Rouen, instituer celte fête dans son Église métropolitaine, aux joyeux applaudissements du peuple. Et, eu 1072, de l’autorité du même Archevêque, est établie à Rouen l'Association ou Aca-
(I) RoUenburgi ad Nicatum, dicC junii 1849 : Pai.erî, e'.c , vol. 1, ptg. 274.
demie en l’honneur de l’immaculée Conception, dite Pmj des Palinods.
« Ainsi, et c’est la réflexion d’un pieux auteur, tandis qn’ailleurs on célébrait des jeux littéraires, appelés Pays d’Amour, où l’on couronnait cenx qui chantaient le mieux la beauté de leurs dames; en Normandie, au contraire, on avait les Puys de la Conception de la Vierye, où des prix étaient donnés aux meilleures pièces de vers en l’honneur de la Dame des cieux.
« Ces exercices durèrent jusqu’il notre grande Révolution. Ils n avaient plus lieu, h celle époque, qu'aux Carmes de Rouen et à l’Université de Caen.
« Aujourd’hui, il est permis de penser que, dans le diocèse de Rouen, tous les prêtres et fidèles souscrivent intimement à la pieuse croyance de l’immaculée Conception. L’Église de Rouen a été l’une des plus empressées à solliciter l’introduction du mot Immaculata dans la Préface de la fête, et cette addition a été reçue avec l’assentiment et la joie la plus unanime. »
Arrivé h ce qui le concernait personnellement, M. Blancart ajoutait : « Je crois au privilège de l’immaculée Conception. J’y crois comme à une chose insinuée par l’Écriture et la Tradition. J y crois pour toutes sortes de convenance, de révérence et de piété. J’y crois, par une espèce de tendance et d’instinct catholique. J’y crois, parce que l’Eglise, par ses institutions, et les Souverains Pontifes, par leurs prescriptions ou leurs prohibitions, recommandent ce pieux sentiment.»
Ce Prélat aurait pu ajouter, comme preuve de la croyance de ses prédécesseurs et de son clergé, touchant l’immaculée Conception de la Vierge, que le Missel de Rouen, de l’an 1728 et les Bréviaires de 1728 et 173G, contiennent, pour V Office de la Conception, une Oraison qui est une profession formelle de l’immaculée Conception de Marie. Cette Oraison est ainsi conçue : « Dieu, qui, à cause de la très-éminente dignité de votre Fils, avez préservé sa Bienheureuse Mère, la Vierge Marie, de toute tache du péché, nous vous prions de nous pu-
rifier, par votre grâce, de toute iniquité, nous qui célébrons sa très-pure Conception, nos ipsius conceptum purissimum recolentes. »
Nous avons encore une preuve non moins frappante de la croyance de l’Église de Rouen, touchant l’immaculée Conception, dans le Rituel réimprimé, en 1771, par l’ordre de Dominique De La Rochefoucauld, Archevêque de cette ville. On trouve dans ce Rituel, h l’article des annonces que les curés devaient faire au Prône, la formule suivante, pour ce qui regarde la fêle de la Conception : « Le huitième jour du présent mois (de décembre) se célébrera la fête de la Conception de la Très Sainte Vierge; nous devons en ce jour admirer lu grâce spéciale que Dieu a faite à Marie, en la préservant de la tache du péché originel. Il était en effet de l’honneur du Fils de Dieu que la Mère dont il devait naître fût plus sainte qu’aucune des créatures, et qu’elle n’eût point de part à leur corruption (1). »
Cependant, comme nous l’avons dit, l’Archevcqne de Rouen ne s’est point montré favorable au projet de notre Saint Père le Pape; il a même proposé plusieurs difficultés, tant contre l'opportunité d’une définition dogmatique que contre la défmihilité même de l’immaculée Conception . après quoi il "concluait ainsi : « Par toutes ces considérations, Très- Saint Père, et puisque Votre Sainteté a daigné nous consulter, j’estime qu’il n’y a pas lieu d’ériger en dogme de foi la pieuse croyance de l’immaculée Conception de la Sainte Vierge. Loin de désirer un tel décret, je le regarderais comme une chose dangereuse, comme un glaive à deux tranchants, capable de blesser la main qui en ferait usage. Je me réjouirais, sans doute, dans l’intérêt de l’Auguste Mère de Dieu, mais je m’inquiéterais dans l’intérêt de l’Église et de son glorieux Chef, et je ne voudrais pas acheter si cher les consolations de la piété (2). »
Évidemment ce Prélat et son Chapitre, qui partageait scs
(1) Ri tua le Rotoinapense, etc.; Rotomagi, 177i , pag. 335.
(2) Rouen, le 29 juin 1849 : I'aberi, etc., vol. I, pag. 355.
sentiments, s’exagéraient les inconvénients d’nn décret concernant la Conception Immaculée de la Vierge Marie, comme on peut s’en convaincre, non-seulement par le jugement solennel de l'Immortel Pie IX, mais encore par les lettres tout à la fois si touchantes et si graves de presque tous les Evêques de la France et des autres parties du monde catholique.
Néanmoins, quoique M. Blanoart De Bailleul n’ait point déclaré formellement, comme l’a fait M Sibour, Archevêque de Paris, qu’il s’en rapportait au jugement infaillible du Vicaire de Jésus-Christ, on n’a pu douter un instant de sa parfaite soumission h l’autorité du Pasteur Suprême de l'Eglise, de celui qui a été chargé de Dieu, dans la personne du Bienheureux Pierre, de confirmer ses frères dans la foi, de paitre les brebis et les agneaux, de paître les Pasteurs eux-mêmes.
DIII. — SABARIA ou SARWAR (hokgrie).
Gabriel Baiassa, Évêque de Sabaria, répondit h l’Encyclique du ‘2 février 1849 par une lettre qu'il adressa au Souverain Pontife le 4 novembre de la même année. Associant les sentiments de ses diocésains à ceux des autres Eglises de la Hongrie, il rendait un magnifique témoignage au zèle et h la piété dont le culte de la Sainte Vierge avait toujours été l’objet dans ce royaume, et il disait, en ce qui concernait le clergé, que cette disposition des esprits était due h ses travaux et a sa sollicitude pastorale «Quant h moi, ajoutait-il, nignoranl point les vives discussions d'une autre époque sur le sujet dont il s’agit, et les ayant même soigneusement étudiées, j’ai toujours professé et professe encore aujourd'hui de tout cœur le sentiment qui représente la Vierge Mère comme ayant été préservée, pour l’honneur de son Fils, de la tache commune du péché originel, par une volonté spéciale et adorable de Dieu. Si la Conception de la Très-Sainte Mère de Dieu, qui est aussi notre Mère très-aimante, est déclarée Immaculée par un jugement solennel du Siège Apostolique, le clergé et le peuple de Hongrie, qui mettent le plus doux em-
pressement à rechercher les intentions de leur suprême Pontife et Père lorsqu’elles sont secrètes, et h s’y conformer comme h un oracle divin lorsqu'elles se manifestent par une définition, ne manqueraient pas de faire éclater leur soumission dans cette circonstance : ils reconnaîtraient et vénéreraient Pierre parlant par la bouche de Votre Sainteté (1). »
En 1834, François SzeiNchy, Évêque de Salaria, écrivait au Cardinal Scilowski, Primat de Hongrie, qu’il voyait dan& l’institution légitime de la fête solennelle de la Conception de la Sainte Vierge une preuve irrécusable de la foi de l'Église en cette Conception toute belle et exempte de la tache originelle; mais qu'il n’était pas convaincu de la nécessité d’ériger présentement en dogme catholique cette foi du clergé et du peuple, toujours vivante dans le culte et la piété publiques, parce qu’il ne lui paraissait pas qu'elle courût aucun danger (2).
DIV. — SABINE (états po.ntific.mx).
Le pieux Cardinal Bmgnolf., Évêque de Sabine, tout en se réservant de faire connaître son jugement dans la Sacrée Congrégation dont il faisait partie, rendait au Saint-Père le plus beau témoignage de la piété de son clergé et du peuple de son diocèse envers l'insigne privilège de la Mère de Dieu conçue sans péché, ajoutant que ses diocésains désiraient que le Siège Apostolique définit enfin, par un jugement solennel et infaillible, solemni infallibilique judicio, que la Bienheureuse Vierge Marie a été entièrement exempte de toute tache du péché originel dès le premier moment de son existence (3).
(1) Sabariæ in Uungaria, die 4 novembris 1849 : Pareri, etc., vol. II, pag. 532.
(2) Sabariæ, 10 oct.1854 : Pareri, etc., vol. IX, app. II, pag. t>5.
(3) Neapoli, die 25 maii 1849 : Pareri, etc., vol. I, pag. 224.
I)V. — SAINTE- AG ATHE-DES-GOTHS et ACERRA (royaime de napi.es).
L’Evêque de Sainte-Agathe-des -Goths et d’Acerra, répondant h 1 Encyclique du 2 février 1849, prouve d’abord par l’Ecriture et la Tradition que la Bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans péché, et termine sa lettre par cette conclusion : « Marie a donc été la seule colombe, la seule parfaite, l’unique, l’élue parmi toutes les épouses de Jésus-Christ, la seule proclamée Bienheureuse et digne de toutes les louanges que peut avoir une créature, la seule sans péché, la seule Immaculée dès le premier instant de son existence ; una est colutnba vnea , perfecta men (1). »
DVI. — SA1NT-BRIEUC (france).
Jacques-Jean -Pierre Le Mèe, Évêque de Saint- Brieuc, a pris part au Concile provincial de Tours, tenu à Rennes, au mois de novembre 1849. Or les Pères de ce Concile se sont déclarés en faveur de la définition dogmatique de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Ils ont exprimé le vif désir que le Siège Apostolique définit solennellement, comme doctrine de l’Eglise catholique, que la Conception de la Mère de Dieu a été entièrement exempte de toute tache du péché originel (2).
Le même Prélat s’exprimait ainsi dans la Circulaire qu'il a publiée à l’occasion de l’Encyclique du 2 février 1849 : « Cet acte du Souverain Pontife concerne l'une des plus glorieuses prérogatives de la Mère de Dieu, sa Qonception Immaculée, prérogative qu’elle ne partage avec aucun des descendants d’Adam. Jusqu’à ce jour, l’Eglise avait cru devoir garder sur cette grave question une prudente réserve. Elle agit toujours, vous le savez, avec une merveilleuse sagesse, étant assistée et
(1) Paribi, etc., vol. IX, app. I, pag. 31.
(2) Voyez Tou h s
dirigée par le Saint-Esprit lui-même. Il est vrai qu’avant ce temps, et dans les siècles passés, elle voyait avec une joie tonte maternelle les chrétiens vénérer avec une piété vive et touchante Marie conçue sans péché , Marie toujours exempte de la tache orujineUe. Elle avait même encouragé cette dévotion par des grâces et des privilèges sans nombre. Mais celte pieuse croyance des fidèles n’élait pas encore classée parmi les articles de notre foi; et quand nous contemplions le mystère de la Conception Immaculée de l'Auguste Vierge, nous sentions qu’il manquait quelque chose à notre esprit et b notre cœur, une certitude qui ne permet plus le moindre doute. Le moment est venu où l'Église se croit appelée h lui apposer, par l’organe de son chef suprême, le sceau de son autorité infaillible, et à lui faire prendre place dans son symbole. »
Puis, ayant rapporté l'Encyclique de Sa Sainteté, il ajoutait : a Vous venez d’entendre, N. T. G. F., l’oracle de la vérité qui demande l’assistance et la force d’en haut pour marquer du sceau divin le jugement solennel qu'il s’apprête b prononcer. Le monde entier est maintenant dans l'attente; l’enfer frémit de rage ; le ciel se réjouit ; la terre tressaille d’amour, d’espérance et de bonheur. Oh ! nos chers diocésains, vous vous joindrez b nous, et tous, comme d'uu seul cœur et par une seule bouche, nous adresserons au ciel des vœux et des prières ferventes pour obtenir que l’Esprit-Saint, par le ministère du Vicaire de Jésus-Christ, accorde b Notre Mère, par un décret de foi, un litre qui ne saurait plus lui être contesté (1). »
DVII. — SAINT-CHARLES D’ANCUD (cmu).
Just Doxoso, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, Évêque de Saint-Charles d'Ancud, écrivit au Saint-Père le 16 décembre 1849, en réponse b I Encyclique du 2 février, dont l’objet
(I) Circulaire tic Mgr l’ËvdquQ tic Saint-Brieuc, du il avril 1849.
l’avait rempli de joie. Dans son diocèse, comme dans tout le Chili et dans toute l’Amérique, la croyance et le culte de l’immaculée Conception avaient pris racine avec le christianisme et s’étaient développés avec lui dans les memes proportions. La fêle de ce mystère était au nombre île celles qui s'y célébraient avec le plus de pompe et de solennité, et elle attirait dans les Eglises le concours général des fidèles. Tous exprimaient leur croyance sur ce point plusieurs fois le jour; elle éclatait au foyer domestique, sur les lèvres de la mère qui apprenait a son jeune enfant les éléments de la religion ; a^ seuil des maisons particulières, lorsqu'un étranger se disposait à y entrer; dans les temples, h l'occasion d’une allocution religieuse ; dans les rencontres et les conversations, où il était d’usage de dire : Je vous salue, Marie très-pure, et de répondre : Conçue sans péché. Les Evêques, les Théologiens, les Universités, les Académies littéraires d’Amérique s’étaient strictement engagés à enseigner et k soutenir l’immaculée Conception dans leurs travaux, tant en public qu’en particulier. Jamais une seule voix ne s’élevait dans un sens opposé ; et elle n’aurait pu le faire sans scandaliser gravement les fidèles. Tous ces Ordres, toutes ces corporations, se seraient jetés a l’cnvi au pied du Siège Apostolique, comme autrefois les Évêques et les Ordres d'Espagne aux pieds de Clément XI, pour obtenir la proclamation de ce privilège réservé k la Mère de Dieu, s’ils y eussent été invités de quelque manière, ou s’ils avaient été assez heureux pour prévoir le succès de celle démarche. Les vœux ardents manifestés en Espagne k cette époque se retrouvaient en Amérique, notamment au Chili, et en particulier dans le diocèse de Saint-Charles d'Ancud, où le livre du Cardinal Lambruschini leur avait donné un nouvel essor.
L’Evêque les partageait pleinement II s’était appliqué avec soin k discerner la vérité sur cette question a l'époque de ses premières études théologiques, et il en était tellement pénétré, tellement convaincu, qu'il ne lui était jamais survenu de doute k ce sujet. La tradition de la pieuse croyance
lui paraissait de nos jours plus claire que le soleil en son midi, et il pensait que l’heureux temps était venu où la Chaire suprême du Prince des Apôtres allait placer au nombre des dogmes inviolables, par son jugement décrélorial et infaillible, ce très-pieux sentiment de l'Eglise universelle. Il élevait vers le ciel ses mains et ses prières pour hâter ce jour si désiré. Déjà même il lui semblait entendre l’harmonie des saints cantiques et la joie de tous les mortels répétant cent fois, mille fois, celle bénédiction : Voici le jour que le Seioneur a fait; réjouissons-nous, livrons-nous à l’allégresse H).
DVIII. -SAINT-CLAUDE (rnAscr.).
Réponse d'Antoine-Jacques Dk Ciiamom, Évêque de Saint- Claude, à l’Encyclique du 2 février 1849 : « Je, Évêque de Saint-Claude, établi par l’Esprit-Sainl, sans l'avoir mérité, gardien du dépôt sacré de l’éternelle vérité, témoin et juge de la foi catholique, atteste que non-seulement tout le clergé et tous les religieux, mais encore tous les fidèles de mon diocèse croient pieusement, suivant la très-ancienne opinion des siècles, que la Bienheureuse Vierge Marie n’a jamais été souillée par aucun péché soit originel, soit actuel, et qu’elle a reçu la plénitude de la grâce céleste dans son Immaculée Conception. De plus, je juge que cette doctrine des Pères, des Docteurs et des Théologiens, des Souverains Pontifes et des Conciles, principalement du saint Concile de Trente, étant fondée sur la Tradition constante et universelle de la sainte Eglise, peut et même doit être définie et proclamée par un décret solennel et irréformable de Votre Sainteté, solemni ac irrefonnubih decreto, comme dogme de la foi catholique, vraiment révélé de Dieu, et qu’elle doit par conséquent être proposée à tout l’univers pour être crue de cœur et confessée de bouche par tous les chrétiens |2).
(1) D tltirn Sancli-Carolt die IG deccnibris 1849 : Paberi, etc , vol. II, pag. 461.
(2) Judico liane doctrinal»! a Sa ne ti ta le Vectra, solemni ac irreformabili decreto, lanquam domina fidoi catholicæ a L)eo rcvelatum, detiniri ac proclamari poîsc»
Ce Prélat avait déjà écrit en *845 au Pape Grégoire XVI, pour lui exprimer le vœu que la croyance généralement reçue dans l'Église, touchant l’immaculée Conception de la Vierge Marie, fût définie comme article de foi par le Siège Apostolique 11).
De plus, nous lisons dans le Mandement que cet Évêque a publié à l’occasion de l'Encyclique de Sa Sainteté : « Nous n'avons pas oublié, N. T. C. F., avec quelle joie, avec quelle pieuse satisfaction fut accueillie, il y a quelques années, dans notre diocèse, l’autorisation accordée par le Souverain Pon-„ tife Grégoire XVI d'insérer dans la liturgie, notamment dans la Préface de la Messe de la Conception, le mot Immaculée, et d’ajouter aux Litanies de la Très-Sainte Vierge le verset dans lequel on l’invoque sous le titre de Heine conçue sans péché. Aussi avons-nous la plus entière persuasion que vous ferez éclater les mêmes sentiments à la lecture de l’Encyclique que nous allons porter à votre connaissance. Depuis longtemps les Pontifes qui ont successivement occupé la Chaire de Pierre se sont toujours sentis pressés de céder aux sollicitations des fidèles, dont le désir ardent est de voir l’immaculée Conception de Marie proposée à leur croyance comme dogme de foi. Le moment parait enfin arrivé où leurs vœux seront exaucés; mais, pour procéder avec cette maturité et celte prudence qui précèdent et accompagnent toujours les décisions suprêmes du Chef de l’Église, Sa Sainteté Pie IX réclame les prières de l’univers catholique, afin que le Père des lumières daigne lui envoyer l’Esprit de vérité pour le diriger et l’assister dans une affaire d’une si grande importance (2). »
Nous ajouterons : Du temps de M. de Chamon, le Bréviaire et le Missel de Besançon étaient encore en usage dans
imo et deberi, ac proinde Urbi et Orbi indubitanlcr proponi cordc credcndam limiter et verbo lideliler confitendam. San-Claudii, die 20 tnaii 1840 : Parmi, etc., vol. I, pag. 203.
(1) Voyez Arras.
(*2) Mandement de Mgr l'Évéque de Saint-Claude, etc., du 10 avril 1840.
le diocèse de Saint-Claude. Or ce Bréviaire et ce Missel contiennent, pour l'Office de la Conception , I Oraison suivante approuvée par Sixte IV pour l'Office propre de la Conception : « Dieu qui, par l’immaculée Conception de la Vierge, avez préparé à votre Fils une demeure digne de lui, accordez-nous, uous vous en prions, que, comme vous l’avez préservée de toute tache du péché, en prévision de la mort de votre Fils, nous puissions aussi, étant purifiés nousmêmes, parvenir par son intercession jusqu’à vous. »
Enfin le Catéchisme du diocèse de Saint-Claude, publié •“Jjar Joseph Meallet de Fargues, Évêque de cette ville, et réimprimé par l'ordre d Antoine-Jacques de Chamon, troisième Évêque de Saint-Claude, contient un chapitre intitulé : De lu Conception Immaculée de lu Très-Sainte l ierye. On y enseigne formellement que « la Très-Sainte Vierge a été préservée du péché originel... parce qu’étant destinée pour être la Mère de Dieu, elle ne devait être jamais souillée d'aucune tache. »
DIX. — SAINT-DENIS (Il.e rourbon).
Étant à Rome au mois de décembre 1 8~>4, à l'occasion de la proclamation du dogme de l'immaculée Conception de la Vierge Marie, M. Despretz, Evêque de Saint-Denis, voyant que la lettre qu'il avait écrite à Sa Sainteté, en réponse à l’Encyclique du 2 février 1849, ne se trouvait point dans le recueil des Pureri delT episcopalo cattohco, sans doute parce qu elle s’était égarée, a bien voulu nous écrire pour nous assurer que ses sentiments et les sentiments de son clergé et des fidèles de son diocèse, exprimés dans la susdite lettre, étaient conformes à l'esprit et aux sentiments de notre Saint- Père le Pape touchant la Conception Immaculée de la glorieuse Vierge Mère de Dieu ; et que, tant en son nom qu'au nom de ses prêtres et du peuple confié à ses soins, il avait prié Sa Sainteté de vouloir bien définir comme dogme catholique, par un jugement solennel et irréformable, que la
Bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans la tache du péché originel (1).
DX. — SAINT-DIÉ (fhance).
En 1850, M. Cavehot, Évêque de Sainl-Dié, écrivait à notre Saint-Père le Pape que les vrais fidèles de son diocèse avaient une dévotion particulière pour llmmacuiée Conception de la Vierge Marie; qu’un grand nombre même d’entre eux y tenaient comme à un point de doctrine décidé par l’Église; que les curés et autres prêtres réunis au séminaire, sur la fin de septembre 1849, ayant entendu la lecture de l’Encyclique du 2 février, avaient tous émis le vœu par acclamation que la pieuse croyance de l'immaculée Conception fût consacrée comme dogme de l'Église.
Ce Prélat terminait sa lettre en formulant ainsi son suffrage qu’il soumettait au jugement infaillible du Saint-Siège : « Que Votre Sainteté décrète comme dogme de la foi catholique que la Conception de Marie Mère de Dieu a été Immaculée et exempte du péché originel ^2). »
Quelques années auparavant, M. Gros, qui occupait alors le Siège de Sainl-Dié, avait fait la même demande au Pape Grégoire XVI, en le priant de définir comme article de foi la croyance, généralement reçue dans l’Église, touchant l’immaculée Conception de la glorieuse Vierge Marie ; ajoutant que tous applaudiraient à cette définition et s’écrieraient : Pierre a parlé par Grégoire : Petrus per Gregorium locutus est (3).
(1) Letlre datée de Home, du 7 décembre 1834.
(2) In nomiiie Domini, id mihi de ore, id niihi de corde sufiragium est... quod infallibili Sanctilatis Vestræ judicio pointus ac pronis animis subjicio, décernai Sanclitas Vestra sacrum esse dogma fulei catbolicœ, Iniraaculalam ab originali peccato Mariæ Matris Dei Conceptioncm. Sancti-Deodati, die 5 februarii 1850 • I’aiieri, etc., vol. 111, pag. 246.
(3) Voyez A mus.
DX1. — SAINT-DOMINGUE (île de l’améiiiqde).
Thomas De Doutes, Archevêque de Saint-Domingue, écrivant au Saint-Père, sous la date du 4 octobre 184!), est entré dans des détails aussi intéressants qu’édifiants sur les pratiques de dévotion, reçues parmi le clergé et le peuple de son diocèse, touchant l’immaculée Conception de la Vierge Marie. Depuis 1511, la première Eglise de Pile .Saint-Domingue est dédiée ii la Conception de la Vierge Immaculée, et, de toutes les Églises du diocèse, il n’en est pas une seule qui n’ait un autel consacré au culte de celte prérogative de la Mère de Dieu. C'est d'ailleurs un usage aussi ancien que général dans tout le pays de se saluer en disant : Je vous salue, Marie trèspure; et en se répondant: Conçue sans péché. En un mot, la croyance de l’immaculée Conception était si généralement reçue dans la province et si profondément gravée dans les cœurs, que jamais aucun catholique n'avait manifesté un sentiment contraire. Le Prélat ajoutait que le clergé récitait l’Oflice propre de la Conception que le Pape Clément XIII avait accordé au clergé de l'Espagne cl des provinces qui dépendaient de ce royaume il). Or cet Office est une profession publique du privilège qui a préservé Marie de la tache du péché originel.
DXH . — SA1NT-FLOUR (frange).
En 18W, M. De Marcierye, alors Évêque de Saint-Flour, rendait à Sa Sainteté le plus beau témoignage de la piété du clergé et du peuple de son diocèse envers l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. Déjà, en vertu d’un Induit du Pape Grégoire XVI, ou honorait publiquement cette insigne prérogative de la Mère de Dieu, en ajoutant le mot Immaculala au mot Conceptione de la Préface de la Messe, et
(1) Sancli-Dooiinici, 4 od. 1849 : Parkai, elc., vol. 11, pig. 172.
en invoquant Marie sous le litre de Reine conçue sans péché dans les Litanies de Notre-Dame de Lorette. Ce Prélat attestait, en outre, que ses diocésains, soit clercs, soit laïques, soit hommes, soit femmes, recevraient avec le plus grand respect et avec la plus grande joie le décret du Saint-Siège, si Sa Sainteté jugeait opportun de décréter l’immaculée Conception (1).
C’étaient aussi les sentiments de l’Évêque; dès l’an 1845, M. de Marguerye avait écrit au Pape Grégoire XVI pour lui exprimer le vœu que la croyance, généralement reçue dans l’Eglise, touchant l'immaculée Conception, fût définie par le Saint-Siège comme article de foi, ajoutant que tous applaudiraient 5 cette définition en s’écriant : Pierre a parlé par Grégoire, Petrus per Gregorium locutus est (2).
ÜXIII. — SAINT-GALL (suisse).
On lit dans la lettre que Jean-Pierre Minen, Évêque de Saint-Gall, écrivait au Souverain Pontife en 1850: «Dans notre diocèse, tous les vrais fidèles du Christ, clercs et laïques, croient fermement que la Bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans la tache du péché originel. Car, premièrement, l'ange Gabriel a salué la Bienheureuse Vierge comme étant pleine de grâce, gratia plena , secondement, elle n'a pu être un seul instant dans l’inimitié de Dieu ; troisièmement, Jésus-Christ, le Fils consubstantiel du Père Eternel, n’a pu prendre une chair et un sang qui auraient été infectés du péché; quatrièmement, il était facile à la Toute-Puissance divine et conforme à la sainteté infinie de Dieu de préserver la Bienheureuse Mère de son Fils du péché originel ; cinquièmement, enfin, la relation singulière de la sainte Mère de Dieu a la Très-Sainte Trinité nous parait avoir exigé absolument qu’elle fût exempte du péché originel comme elle l’a été du péché actuel ; qu’elle fût pure. Immaculée et toujours toute belle aux yeux de Dieu. C’est pourquoi tout vrai ca-
(î) San-Flori, die I* aprilis i849 : Parlri, etc., vol. I, p^jç. 3S
(2) Voyez Auras.
tbolique sain d’esprit croit d’une foi ferme, finna fille cre- * dit, h l’Imniaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, et personne n'oserait rien avouer de contraire à cette croyance. »
Cependant l'Évèque de Saint-Gall, ne jugeant pas opportune la définition dogmatique de l'immaculée Conception, ajoutait : « Je suis persuadé, et ceux que j'ai consultés sont persuadés comme moi, que la vénération pour la Bienheu- , reuse Vierge Marie, que nous croyons fermement, avec les Saints Pères et la sainte Église, avoir été conçue sans tache, exemple du péché originel, ne peut s’augmenter par la définition dogmatique de celle prérogative, et qu’une telle définition serait superflue pour le temps présent. » Mais, après avoir exposé les raisons qui lui faisaient désirer que celle définition fut ajournée, il déclarait aussitôt que, nonobstant ces raisons, il n'hésiterait pas un instant à se soumettre a la décision de Sa Sainteté, étant persuadé qu elle serait inspirée par l’Esprit-Saiut (1).
DX1V. — SAINT- JE AN-DE-CUYO (Amérique méridionale).
En 1844, Joseph-Emmanuel Euphraise De Qhroga Sermiento, Evêque de Saint-Jean-de-Cuyo, ayant connaissance que plusieurs Evêques d’Italie, de France et d'autres nations avaient demandé au Saint-Siège que l'immaculée Conception de la Mère de Dieu fut déclarée mystère de la foi, écrivit luimême au Pape Grégoire XVI pour le prier, tant en son nom qu’au nom de tout son diocèse, de rendre le plus tôt possible l’oracle si désiré dans l’univers catholique, en proclamant solennellement comme mystère de la foi divine l’immaculée Conception de la Très-Sainte Vierge Marie (2J.
(1) Attamen bis rationibus nun obstmtibus, nec momentum hauilabo me subjicere décision! Sanclitalis Tuæ. persuasus eam a Spirilu Saneto esse infusam. Ad S. Gallum, di * 25 maii 1850: Pareri, etc., vol. III, pa£.30l.
(2) .Notnine s un et lotius diœcesis maximis votis postulat et deprecalur, ut quantocius dignemini emiltere Tuum oraculum a loto orbe catholico Untoperc
DXV. — SAINT-JEAN-DE-MAURIENNE Isavoie).
François-Marie Vibeut, Évêque de Saint-Jean-de-Maurienne, écrivait au Pape Grégoire XVI en 1844 : * A partir des premiers siècles de l’Eglise, les Saints Pères, gardiens vigilants de la Tradition Apostolique, nous ont transmis cette croyance, que la Vierge Mère de Dieu a été conçue sans tache. La vérité de cette Immaculée Conception a été enseignée par les théologiens les plus distingués en doctrine et en sainteté, professée et défendue par les Universités et par presque tous les Ordres religieux. 11 s’est établi successivement dans toute l'Église une fête h l'honneur de la Conception de la .Sainte Vierge Marie. Enfin, le Concile de Trente, représentant l’Eglise universelle, ne s’est abstenu d’une définition solennelle que pour conserver la paix et la concorde parmi les docteurs qui n’étaient pas encore parfaitement d’aCcord sur cette question. Mais aujourd’hui il n’y a plus aucune controverse parmi les catholiques touchant l’immaculée Conception de la Vierge Marie; tous d’une voix unanime prêchent Marie conçue sans tache ; le vœu commun de tous, Très-Saint Père, c’est que vous définissiez, par un acte émané de l’autorité qui vous vient de Jésus-Christ, que la Conception de la Mère de Dieu a été Immaculée et que vous la déclariez dogme catholique...
« Aussi, non-seulement je vous prie très-humblement de proposer et de prescrire à toute l’Eglise un Office propre de Y Immaculée Conception de la Vierge, avec l’addition du mot Immaculata dans la Préface de la Messe et l’insertion de cette invocation, Reine du ciel conçue sans tache, dans les Litanies de Lorette; mais, ce qui est capital, je vous prie, je vous conjure très-instamment, avec toute l’ardeur dont je suis capable, de déclarer, par un oracle sorti de votre bouche, la
desideratum, dedirando ci Cathedra mjaterium fldei dirinæ CoDceptionem Immaculatam Sanctissimœ Virginia Mari». Dalum in Civilale S. loanni» Cvymtv, Idibm dtrembrù, mm. 1844 : Parfit, etc., roi. IX, pag. 74.
pieuse croyance de l’immaculée Conception de la Vierge Marie comme dogme catholique et de la proclamer par une définition suprême (1). »
DXVI. — SAINT-MARC et BISIGNANO (royaume de xaples).
Livius Pariadore, Évêque de Saint-Marc et de Bisignano, adressait a Sa Sainteté, en date du 8 septembre 1850, une supplique ayant pour objet d’abord, l'établissement d’une Commémoration et Vigile de la fête du 8 décembre, et, en second lieu, la définition dogmatique du privilège de l’immaculée Conception de Marie.
Considérant ce privilège comme le préliminaire de tous les autres dont la Sainte Vierge a été revêtue, et la fête qui le consacre comme le préambule et le fondement des autres fêtes établies en son honneur, ce Prélat ne comprenait l’absence d'une Vigile qu’en supposant qu’elle avait été réservée, dans le plan de la Providence, pour annoncer la définition prochaine du dogme, comme l’aurore vient annoncer l’apparition du soleil ; et il représentait au Saint-Père son vif désir, celui de son troupeau, celui du roi des l)eux-Siciles, et les vœux des fidèles, qui déjà, spontanément et de plein gré, jeûnaient au pain et à l’eau la veille de cette fête. Il énumérait ensuite les tribulations et les dangers auxquels l’Eglise et la personne de Sa Sainteté venaient d'être arrachées, et faisait ressortir l’évidence et l’eflicacilé de la protection de Marie, à qui il convenait de témoigner de la reconnaissance.
Arrivant ensuite à la définition dogmatique, et passant rapidement sur son opportunité, il en prédisait les plus heureuses conséquences pour le bien de l'Eglise et pour la paix en général, et il exhortait vivement le Saint-Père en démon-
(l)Oro, obsecro, oblestor quam possum vehemenlissime atque instantiMÎmc, ul piain Virginis al> origine Immaculatæ fidem catholicam omnino déclarés oroc do vocis Tnæ, calholicumquc dogmn suprema definitionc pronunliea. Dalum in CivilaieS. Joanni * Mauriansr. dit 2 marlii 1844 : Parf.iu, etc., vol. IX, pag. 64.
trant qoe la question possédait toutes les conditions de définibilité : Écriture Sainte, liturgie, témoignage des Pères, autorité des Souverains Pontifes, enseignement des Universités, sentiment général des fidèles, qualifications appliquées à Marie par les théologiens et les écrivains catholiques, assentiment de Luther et de Mahomet, motifs d’exception h la loi générale, figures symboliques, application des prophéties, tout plaidait éloquemment dans ce savant plaidoyer la conclusion que l’auteur avait en vue. Enfin, le pieux et zélé Prélat disait h Sa Sainteté : « Après tout cela, Très-Saint Père, ouvrez au sein de l’Église cette bouche incapable de tromper; du haut de la Chaire suprême, faites entendre votre douce voix, faites éclater votre parole irréformable. Dans la Chaire de l’unité Dieu a déposé la doctrine de la vérité. Celui qui ne recueille pas avec vous disperse. La solidité de la foi proclamée dans le Prince des Apôtres est permanente. Après l’avoir reçue du Christ, base de tout l’édifice, Pierre, devenu base h son tour, l’a transmise à ses héritiers. Le Bienheureux Pierre, qui vit et préside toujours dans son Siège, montre la vérité de la foi à quiconque la cherche ; car c’est à lui qu’il appartient de déterminer ce qui est de foi, afin que tous y croient fermement. Confirmez donc par votre jugement apostolique et ineffable cette vérité déjà évidente et incontestable : Mettez au nombre des dogmes de la foi l'immaculée Conception. Tons les fidèles applaudiront; l’Église sera comblée de joie ; les révoltes de l'impiété ne renaîtront plus et tous les siècles vous béniront (1). »
DXV11. — SAUNTE-MARTIIE (amêriqie méridionale).
Louis-Joseph Serrans, Évêque de Sainte-Marthe, s’était joint aux autres Evêques ses comprovinciaux pour adresser au Pape Grégoire XVI, en 1845, une supplique ayant pour but d’obtenir que l’immaculée Conception de la Mère de
(t) S*int-Msrc, le 8 septembre 1850 : Pabebi, etc., vol. VII, psg. 57.
Dieu fût érigée par le Saint-Siège en dogme de foi. Après avoir reçu la Lettre Encyclique du 2 février, il écrivit à Pie IX, en date du 3 octobre 1849, pour faire savoir à Sa Sainteté qu’il persévérait dans sa croyance et dans son désir, et qu'il y ajoutait la considération de la fervente dévotion de tout le clergé et de tout le peuple tidèle de son diocèse ; dévotion si grande qu elle les caractérisait tout particulièrement, etqu’elle avait fait choisir pour l'étendard de Sainte-Marthe l'image de la Vierge Immaculée. Nulle vérité, après celles de la foi, ne lui paraissait :a lui-même plus certaine que celle de l’immaculée Conception, dont il attendait la proclamation comme un bienfait de la Providence (1).
DXVIU. — SAINT-MINIAT (toscane).
Torel Perazzi, Evêque de Saint-Miniat, écrivant au Pape, en réponse h l’Encyclique du 2 février 1849, assurait que le peuple de son diocèse désirait que l'immaculée Concepliou de la Vierge Marie fût définie par le Siège Apostolique, il le désirait lui-même; aussi priait-il Sa Sainteté de vouloir bien confirmer cette vérité par un oracle infaillible, oraculum falli nescium, et d'en faire un dogme catholique, tant pour la joie de l’Eglise et l'exaltation du nom chrétien que pour l'humiliation des hérétiques (2).
C’était également le vœu de tout le clergé du diocèse de Saint-Miniat, comme l'attestent les lettres que les curés de cette ville et les chanoines de la cathédrale adressèrent au Souverain Pontife en 1849. Unissant leurs prières et leurs vœux aux prières et aux vœux de leur vénérable Evêque, ils demandaient avec instance que le successeur de Pierre définit, par un oracle infaillible, infallibile oraculo, comme article de foi, que la Conception de la Bienheureuse Vierge Marie a été absolument Immaculée et entièrement exemple de toute tache du péché originel.
(1) Sanlamarla, 3 oc lob re 1849 : Pareki, etc., vol. liï, p.ig. 206.
(2) Santi Miniati. die 2 julii 1849 : I'auerj, etc., vol. 1, pig. £90.
Di
Les chanoines el les curés de Saint-Miniat rappellent dans leurs lettres qu’il avait été décidé par le synode diocésain de l’an 1843, qu’on exprimerait au Saint-Père le très-vif désir du clergé de la ville épiscopale et de tout le diocèse, qu’il fût enfin décrété par le Siège Apostolique que la Très-Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, a été conçue sans la tache originelle (1).
DXIX. — SAINT-PAUL-TROIS-CHATEAUX (france).
En 1457, Étienne Céneyès, Évêque de Saint-Paul-Trois- Châteaux, dont le Siège a été supprimé, a souscrit les actes du Concile d’Avignon, qui avait été convoqué par le Cardinal de Foix, Archevêque d’Arles. Or ce Concile a prescrit d’observer inviolablement le décret du Concile de Bâle, qui s’est prononcé formellement el dogmatiquement en faveur de l’immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie ('2).
DXX. — SAINT-SAUVEUR (amémqce centrale).
Thomas-Michel Pineda-y-Zaldana, Évêque élu d’Antigone, Vicaire Apostolique de Saint-Sauveur, disait dans sa lettre adressée au Saint-Père le 25 janvier 1851 , que son cœur avait été rempli d’une grande joie en apprenant que Sa Sainteté s'occupait à définir l'immaculée Conception de Marie, parce que c’était réaliser le vœu de tout l’Univers catholique ; que la dévotion du clergé et du peuple de son diocèse envers cette prérogative était notable et manifeste. Quant h son propre jugement, il l’exprimait ainsi : « Je crois que la Très-Sainte Vierge Marie a été conçue dans la grâce dès le premier moment de son existence : Je crois que, ni dans sa Conception
(1) La Lettre du Chapitre est datée du 7 août 1849, avec la signature de G. Thomas Leui, Secrétaire Capitulaire. Celle des curés a vraisemblablement la même date; elle est signée de Louis Ba»ti et de Rayncrio Fattobi : Pareri, etc., vol. IV, pag. 71 et 72.
(2) Voyez Avigso*.
ni après, son âme n’a jamais été accessible à aucune faule.
Je désire vivement qu'il soit défini par le Saint-Siège, que la Très-Sainte Vierge Marie a été exempte de la tache originelle, même dès le premier instant de sa Conception (1). »
DXXI. — SAINTE-SÉVERINE (royaime de naples).
Ilannibal-Raphaël Moktalcwi, Archevêque de Sainte-Sévérine, déclarait au Souverain Pontife, par une lettre en date du 10 juin 1849, que le meilleur remède aux maux actuels de l'Église lui paraissait devoir être la proclamation du dogme de l’immaculée Conception, qui d'ailleurs était l'objet de tous les vœux. Après avoir énuméré les chefs de preuves sur lesquels reposait la pieuse croyance, il pressait le Saint-Père d’ajouter encore à ce que ses Prédécesseurs avaient fait pour l'honneur de Marie, en lui décernant une nouvelle couronne de gloire. « Le Chapitre Métropolitain, disait-il en finissant, le clergé tout entier, tous les peuples que vous avez confiés â mes soins le demandent vivement et instamment ; je le sollilicite moi-même, h la suite de mon glorieux Père, saint Alphonse-Marie de Liguori, rempli d’un si tendre amour envers notre Mère Immaculée ; nous l’implorons elle-même assidûment et publiquement pour obtenir que vous vous y déterminiez (2). »
DXX1I. - SAINTS-VINCENT et ANASTASE.
Le Cardinal Ferretti, Abbé Commandataire de SS. Vincent cl Anaslase, se conformant aux vues de l’Encyclique du 2 février, rendait compte au Saint-Père, le 11 mai 1849, de ses sentiments personnels et de ceux du clergé et du peuple soumis â sa juridiction, relativement â l’immaculée Conception de la Mère de Dieu. Les fidèles de toutes les paroisses s'étaient portés en foule et avec les témoignages de la plus grande dé-
(1) Sancli-Salvaloria, 25 januarii 18cl : Pakfm, etc., vol. IX, app. I, pair. 13.
(2) Dulum Xcapoli die XVI junii 1849 : Paiicri, etc., vol. I, pag. 514.
votion aux exercices religieux prescrits selon les intentions de Sa Sainteté, manifestant ainsi le vif désir qu’ils avaient d’une définition dogmatique. Le clergé tout entier, séculier et régulier, se mettait aux genoux du Souverain Pontife pour lui demander cette même déclaration. Les magistrats, les dignitaires de l’abbaye, les religieuses, formaient le même vœu. Quant à l’Ëminent Cardinal, c’est avec une joie extrême qu’il s’adressait au Saint-Père, et que, s’unissant aux vœux et aux désirs de son troupeau, il s'écriait : « Plaise h Dieu que j’entende Votre oracle infaillible touchant la Conception Immaculée de la Bienheureuse Vierge Marie, et que je remette avec bonheur mon âme entre les mains de ma Mère bienaimée, après que cette parole salutaire aura frappé mes oreilles ! Votre oracle, Très-Saint Père, confirmera le sentiment que j’ai toujours vénéré, que j’ai adopté dans mes études et prêché dans mes discours. » Enfin , Son Éminence indiquait, en forme de souhaits affectueux et zélés, les bienfaits qu’il attendait de la Vierge Immaculée en faveur de l'Église et de son Chef, en conséquence du décret dogmatique (1).
DXXIII. — SALAMANQUE (espagne).
En 1714, le Chapitre de la cathédrale de Salamanque écrivait au pape Clément XI qu’il ne désirait rien tant que de pouvoir embrasser, commé dogme de la foi, le mystère de l’immaculée Conception de la Vierge Marie, ajoutant que c’était le vœu du roi et du royaume d’Espagne; que c’était particulièrement le vœu de l’Eglise et de l’Université de Salamanque (2).
(1) Castellone Caictæ, die il maü 1849 : Parehi, clc. , vol. I,pag. 172.
(2) Nihil nobis magis in optatis est quam mysterium (Immaculataj) Conception nis ainplecti lide dccrctum. Salmaulicte, XI kal. mart. aun. 1714: Pareri, etc.» vol. VIII, pag. 551.
DXXIV. — SALERXE ihoyai he de naples).
Marin Paglia, Archevêque de Salerne, demandait au Souverain Pontife ia définition de l'immaculée Conception, par une lettre adressée à Sa Sainteté, ia veille des Ides de novembre 1848. Ayant constaté que la pieuse croyance régnait désormais seule et h peu près sans contestation dans l'Eglise, il ajoutait : « Sa définition par un décret dogmatique est entre vos mains, Très-Saint Père ; car c’est à vous, Chef de toute l’Église, c’est à votre autorité qu’il appartient de proclamer sans plus tarder, par une définition dogmatique, ce privilège de Marie. L’Écriture, la tradition, la fête de la Conception établie partout, le sentiment des Évêques, la croyance unanime des fidèles, sont des motifs assez puissants. Prêtez donc une oreille favorable à mes humbles prières, Très-Saint Père* et rendez, sous l’inspiration de l’Esprit-Sainl, cette définition1 objet des vœux de toute la république chrétienne (1). »
DXXV. — SALUCES (états sardes).
Par une lettre en date du 22 octobre 1854, M. Jean- Antoine Glanotti, Archevêque-Evêque de Saluces, s’excusait auprès du Saint-Père d’avoir différé, par suite de circonstances indépendantes de sa volonté, de lui transmettre les renseignements demandés par l’Encyclique, espérant toutefois qu’ils arriveraient encore assez à temps pour que son diocèse ne fût pas exclu de l’honneur d’avoir concouru avec tout l’Univers catholique à orner d’une perle glorieuse le front de l’incomparable Mère deDieu. « J’ai la douce consolation de vous annoncer, ajoutait-il, qu’il résulte des réponses que j’ai reçues, que mon chapitre, mon clergé et le peuple qui m’est confié croient avec moi sans hésitation que la Vierge Marie a été réellement conçue sans la moindre tache
(I) Salerni, pridic Mus novembres, anno 1848 : Par nu, etc., vol. IX, pag. £17.
du péché originel ; et il y a des siècles que cette pieuse croyance règne dans mon diocèse, où l’on a l’habitude de chanter ces paroles : « Bénie soit la sainte et Immaculée « Conception de la Bienheureuse Vierge Marie. »
« Quant à l’opportunité de définir comme un dogme celte pieuse croyance, sur quatre centsprêtres qui sont dans mon diocèse, il n'y en a que onze qui aient pensé qu’il serait prudent de différer celle définition, h cause du malheur des temps et de la guerre acharnée que les protestants font h l’Église catholique. Je ne suis point non plus de leur avis ; car j’espère que cette définition solennelle sera le signal du triomphe que Marie doit remporter sur les erreurs du siècle. »
Dix ans auparavant, M. Gianolli avait exprimé les mêmes sentiments et le même vœu touchant le mystère de la Conception sans tache de la Vierge Marie. Il désirait vivement que celte croyance, qu’il regardait comme fondée sur la vérité, fût proclamée comme dogme de foi par uu oracle solennel et irréformable, irreformabile oraculum , de l’autorité suprême du Souverain Pontife (1).
DXXVI. — SAMOGITIE (lithuakie).
Au commencement du seizième siècle, le clergé du diocèse de Samogitie récitait l’office propre de la Conception de la Vierge, rédigé par Léonard de Nogaroles et approuvé par Sixte IV. Le Concile provincial de Gnesne, tenu en 1510, en avait prescrit l’usage pour toute la province dont faisait alors partie le diocèse de Samogitie. Or, danscet office, on célèbre, de la manière la plus expresse, l'immaculée Conception de la Bienheureuse Vierge Marie, son exemption entière et absolue de toute tache originelle (2).
il) Dabam Salutiis, Ui Uns februarii 1844 : Paueri, etc., vol. IX, pag. 40 (2) Voyez Gaesae .
DXXVIl. — SAN-ANGELO-1N-VADO et ÜRBANIA