FOI RELIGIEUSE, CROYANCE VOLONTAIRE
de Dieu. Enfin, la foi se fonde aussi sur le besoin d'une justice réparatrice, besoin très profond dans les âmes droites que blesse cruellement le spectacle de la méchanceté triomphante. Elle repose sur le désir de consolation des âmes dolentes, et sur la joie d'échapper, par l'espérance d'un avenir radieux, aux tristesses de la vie, qui, pour les malades et les faibles, n'offre aucune chance d'amélioration.
Lorsque la méditation et de cruelles expériences dans la vie ont donné à chacun de ces sentiments une force considérable, la puissance de leur faisceau est immense, et les objections n'ont plus aucune prise. A vrai dire, les objections n'ont d'efficacité que pour ceux qui les cherchent. Les doutes sont le sel qui donne à la foi sa saveur. Le mérite est d'en triompher : c Ces tentations ne sont que des afflictions comme les autres. Sachez que j'ai vu peu de personnes avancées sans cette épreuve; il faut avoir patience. Il ne faut nullement répondre, ni faire semblant d'entendre ce que l'ennemi dit. Qu'il clabaude tant qu'il voudra à la porte ; il ne faut même pas demander : qui est là * ? »
En effet, les doutes ne sont dangereux que si on s'y arrête, et cela, moins par eux-mêmes que parce que cet effort d'une attention qui les souligne, est
(1) Lettres de saint François de Sales à M"* de Chantai. Payot. — De la Croyance. 14
rindice que les passions doremenl comprimées par la foi, commencent à s'agiter et tentent d« se faire légitimer. Aussi les directeurs de conscience ne donnent-ils d'autres conseils à ceux qui cherchent la foi, que de ne rien faire contre elle, et de s'affranchir de toute entrave qui pourrait lui fermer l'accès du cœur; s'affranchir, c'est combattre en soi-même l'orgueil, l'égoïsme, la sensualité, la lâcheté vis-à-vis de l'opinion de l'entourage.
Tout philosophe doit, lui aussi, pour être digne de ce nom, chercher à combattre en lui l'égoïsme, la sensualité, la lâcheté devant l'opinion. On n'est philosophe que si on y réussit dans une large mesure. Il n'est pas de penseur qui ne soit tout aussi pénétré que l'homme de foi de la satiété et du dégoût ^que laissent les plaisirs du corps, et du néant de notre égoïsme personnel ; mais, et c'est là, à notre avis, la radicale distinction du philosophe et du religieux, ils ne sont pas d'accord sur ForgueiL Le jreligieux cote très bas la valeur de la raison (humaine, tandis que le philosophe non croyant l'esitime très haut. Le philosophe décore des noms d'indépendance de la pensée, de libre-pensée, de idigpité humaine, ce que l'autre flétrit du nom d'orgueil et môme d'impudence. Tout le débat entre eux découle de là. Un philosophe est uc