ACTE DEUXIÈME
LAURIANE
Et moi, je te présente ma femme!
LAVRIÎNÎH
Comment, ta femme?
Nous nous marions.
LA VERNIE
Tu dis 1*
LAURIANE
Nous nous marions.
LAVERNiÉ, abasourdi.
Non?
LAURIANE
Pourquoi non?
LAVERNIÉ, à Margot.
Margot?
LAURIANE, sec.
Je n'ai pas Thabitude de raconter des blagues. Tu n'as que faire de l'interroger.
LAVERNIÉ
C'est que...
LAURIANE
Que quoi? Et puis tu m'obligeras, quand tu t'adresseras à Marguerite, de ne plus la tutoyer et de l'appeler désormais « Madame ». C'est un rien que pourtant je crois devoir signaler, pour le cas où il t'échapperait, à ton sens, un peu... spécial, de la correction et des convenances. [A part.) Toc!
LAVERNIÉ
Très bien, très bien, ne te fâche pas. {Soufflant longuement.) Ah!...
80 LA CRUCUE
LAURiANE, ironique.
Tu te trouves mal?
LAVERNIÉ
Mal, n'est pas le mot. Je me trouve... je me trouve... Je ne trouve pas comment je me trouve. C'est égal, pour une surprise, voilà ce qui s'appelle une surprise 1 Ah! Ahl Ah!
LAURIANE
Ça ne va pas mieux?
LAVERNIÉ
Ça va se passer; ne t'inquiète pas.
(// s'avance vers Margol, ouvre la bouche pour la questionner, mais elle ne lui en laisse pas le temps.)
MARGOT, balbutiant.
Ne me dites rien, je vous en prie, je n'aurais rien à vous répondre... Je ne sais pas... Je ne sais jamais... Cela vaut mieux... Oui, cela vaut mieux... voilà tout.
[Wun geste vague, elle complète sa pensée. Elle veut sourire, mais les larmes la gagnent^ elle essuie ses xjeux et se tait. Lavernié, très ému, fait un grand effort sur lui-même, il tousse légèrement, passe la main sur son front. A la fin, il s'incline gravement, en homme qui accepte une sentence, et revient à Lauriane.) LAVERNIÉ, d'une voix quil tâche de rendre enjouée. Et à quand la noce?
LAURIANE
Tu le sauras. On t'enverra un faire-part.
J'y compte. En attendant, je te fais mes compliments.