ACTE DEUXIÈME Hl
LAURIANE
Tu es bien aimable, je les ai'cepte.
LAVEttNiÈ, à Margot.
Pour vous, ina chère enfant, je vous demande la permission de vous embrasser sur les deux joues, avec la plus profonde tendresse, en vieil ami, et en ami vieux que je suis. Lauriane, comme chacun en ce bas monde, peut avoir ses pelils travers, mais c'est un parfait honnête homme : il vous fait en vous épousant un honneur dont vous êtes digne. J'en suis infiniment heureux. Je vous souhaite tous les bonheurs.
MARGOT, que les larïtics élou/feni.
Je vous remercie.
LAURIANE
Eh bien, nous filons! (.4 Margot.) Tu y es?
LAVERNIÉ, tendant la main à Lauriane.
A bientôt, hein?
LAURIANE, feignant de ne pas voir.
A un de ces jours. {Laissant passer Margot.) Passe, mon chat.
(Elle franchit le seuil de la porte. Lauriane la suit. A ce moment : ) .
LAVERNIÉ
Lauriane I
LAURIANE, se retoumant.
Eh?
Donne-moi la main.
LAURIANE
Si tu veux.
LAVERNIÉ
Mieux que cela!... Allons!... Tu peux me la donner,
Lauriane, lu peux me la donner (oui à fait. — Lauriane, j'ai deux mois à te dire. Assez à la légère, sans voir où nous allions, nous nous sommes, celte enfant et moi, un peu divertis à tes frais et t'avons régalé dune mystification dont je crains que ton honnête bonne foi se soit émue plus que de raison. La comédie que nous t'avons jouée — un peu trop bien, même, peut-être — c'est moi qui en ai conçu le plan, dans le double but d'infliger à ton mauvais caractère une salutaire leçon et de venger, en la faisant rire, la gentillesse méconnue de celle qui va être ta femme. Mais les meilleures plaisanteries sont celles qui se prolongent le moins : celle-ci a duré plus qu'assez. Tu me vois extrêmement troublé et malheureux. J'ai tué comme un imbécile, en voulant faire Ihomme d'esprit, la tranquillité de mon ami : rien ne m'en consolera ; je te prie de me pardonner. Je sais qu'une parole dite est dite à tout jamais; je n'espère donc pas effacer de la mémoire les mensonges à dormir debout dont j'ai si bêtement berné ta crédulité confiante. Mais avant que tu quittes celte maison, tu me permettras bien, n'est-ce pas, pour le soulagement de ma conscience, ma main sur ton épaule et mes yeux dans tes yeux, de te jurer, sur tout ce que je peux concevoir au monde de plus sacré et de plus cher, sur mon honneur, sur Dieu, sur tout, que jamais, tu m'entends?... jamais!... pas une fois, pas une minute, je n'ai été l'amant de Marguerite.
[Un temps. Lauriane^ rassuré ^convaincu, le regarde dans Vœil avec une fixité goguenarde, puis haussant les épaules :)
LAURIANE
Je le sais bien.
[Il sort.)