‹ La cuisinière poétiqueChapitre 23 sur 44 · LA CU I S I IN 1 B R IC POÉTIQUE · texte numérisé non relu

LA CU I S I IN 1 B R IC POÉTIQUE

quant un tel régime, on risquerait fort, si la chère était bonne, d’arriver en Angleterre avec une gastrite; mais personne, si ce n’est un Anglais, ne peut craindre cet inconvénient, car les mets y sont si mal préparés et arrangés d’une façon si britannique, que, malgré tout l’appétit que réveillent en vous les brises salées de l’Atlantique, c’est à peine si vous y touchez.

Le malin, de six heures et demie à neuf heures, on vous apporte dans votre cabine et à votre choix du thé ou du café noir. Le thé n’est pas buvable; il est aussi noir et aussi fort que devrait l’être le café, qui, à son tour, est aussi faible et aussi pâle que devrait l’être le thé.

Pour remédier à ce mal, je prenais chaque matin un ou deux verres d’excellent madère dont j’avais fait provision avant de m’embarquer, et je mouillais dans celte topaze liquide quelques biscuits de Reims ; ceci remplaçait avantageusement pour moi les brouets écœurants que nos voisins d’outre- Manche décorent à bord des noms purement illusoires de tea et de coff'ee.

A neuf heures, la cloche annonce le déjeuner. La salle à manger, qui peut contenir trois cents passagers divisés en deux tables, reçoit le jour du haut par une galerie à claire-voie ouverte sur le pont; les parois sont revêtues de panneaux mobiles en verres coloriés représentant les fleurs, les

Page 1