AU DELA, LA SATIÉTÉ
Mais je m’aperçois que je prêche comme saint Jean, dans le dessert. Je veux terminer celle lettre d’une façon plus appropriée à la circonstance et au cadre de la Cuisinière poétique.
Voici donc trois recettes inédites, contre les langueurs de l’estomac.
Pâté de chasseur.
Coupez, par tranches convenables, un filet de
bœuf. Faites-leur, dans une terrine neuve, un lit de beurre et de lard; coucliez-les douillettement entre un matelas et un édredon de truffes; continuez l’opération jusqu’à ce que la terrine soit pleine. Faites cuire et refroidir. Quand vous partirez pour la chasse, au petit jour, coupez-moi quelques tranches de ce pâté-là, et, vers dix heures du matin, vous m’en direz des nouvelles.
Rognons de chevreuil au gratin.
Il ne s’agit que d’avoir sous la main douze chevreuils et dans la bourse 150 francs, pour servir, à quelques amis, ce plat divin qu’a imaginé un grand maître, qui est aussi un gourmand de génie: vous avez deviné Rossini.
Melon à V orientale.
Dépouillez un melon de son écorce et coupez-le par tranches horizontales, comme on fait des oranges en salade. Rejetez les pépins et tout ce qui les entoure. Versez ensuite sur les deux côtés de chaque tranche, préalablement saupoudrés de sucre candi, quelques filets de Kirsch ou de rhum. Reconstruisez alors entièrement votre melon et meltez-le dans une sarbotière. Je doute que, quand il sera glacé, l’ambroisie de l’Olympe ne vous pro-
ON DINOR TURC
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duise pas, en comparaison, l’effet du bronet de Sparte.
Après cela il faut tirer l’échelle, n’est-ce pas, cher Monselet? Tout autre plat serait fade, toute phrase serait mal venue.
Mange et sois ébloui.
A loi de cœur et d’estomac.
Émile Solie.