UN DINER TL' RC
pour leurs qualités stomachiques; en boulettes de riz enveloppées de feuilles de vigne ; en purée de citrouille au sucre; en crêpes au miel; le tout aspergé d’eau de rose, assaisonné d’huile de menthe, d'herbes aromatiques et couronné par le pilau sacramentel, mets national comme le puchero espagnol , comme le couscoussou arabe , comme la choucroute allemande, comme le plumpudding anglais, qui figure obligatoirement à tous les repas, dans le palais et dans la chaumière. Pour boisson, l’on buvait de l’eau , du sherbet et du jus de cerises qu’on puisait dans un compotier avec une cuiller d’écaille à manche d’ivoire.
Le festin terminé , l’on emporta le plateau de cuivre, l’on donna à laver, cérémonie indispensable lorsqu’on a dîné sans autre argenterie que les dix doigts ; l’on servit du café, et le chiboukdji présenta à chaque convive une belle pipe au gros bouquin d’ambre, au tuyau de cerisier lisse comme du satin , au lulé chaperonné d’une belle touffe blonde de tabac de Macédoine enlevée d'un seul coup et reposant sur un rond de métal posé à terre, pour préserver la natte des charbons et des cendres qui pourraient tomber du fourneau.
Théopuile Gautier.