Antiquité russe, IX, pp
i08 LA CONQUÊTE FRANÇAISE.
sont pas tous fort connus. C'est aux louanges de Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV, que La Rochefoucauld et Pascal doivent d'avoir été traduits, par fragments, dans de petites revues qui se repassent leurs pensées sur l'amour, l'amitié, la solitude, la vie de Cour, l'envie, les grands seigneurs *. Les poètes sont plus favorisés; il y a déjà, vers 1770, des traductions de Boileau, de Corneille et surtout de Racine2; pendant un demisiècle, Andromaque et Phèdre seront le champ d'exercice de tous les lettrés. Quant à Molière, que nous avons vu goûté par Pierre le Grand, il est joué, sous Elisabeth et Catherine, et au théâtre français de Pétersbourg, et parfois dans les théâtres russes. En 1757, on y fait suivre les Fourberies de Scapin du Misanthrope*) et Ton ne risque guère en affirmant que le plus gros succès n'a pas été pour ce dernier. Dans les années suivantes, jusqu'en 1774, sur 34 pièces traduites ou adaptées des langues étrangères, il y en a 28 françaises, dont Tartuffe, V Avare, VÉcole des maris, le Médecin malgré lui, Don Juan, Georges Dandin, VÉcole des femmes, le Bourgeois gentilhomme, Amphitryon; il est même question du Sicilien et du Mariage forcé. Toutes ces traductions ne sont pas que pour Pétersbourg : dès 1760, on a joué, à Moscou, le Mariage forcé, les Fourberies de Scapin, et surtout Georges Dandin, qui est encore, comme au temps de Pierre le Grand, la pièce initiatrice, le « pont-auxânes » qui conduit au Tartuffe et au Misanthrope 4.
C'est par les écrivains du début du xviif siècle qu'on fait connaissance avec nos prosateurs. Bayle est dans toutes les bibliothèques, depuis celle d'Ostermann jusqu'à celle de Catherine IL Les Dialogues des morts, de Fontenelle, seront traduits vers 1770; la Pluralité des mondes l'a été, dès 1740, par Kan-
1. Néoustroief, Répertoire des périodiques russes..., pp. 476, 581, etc.