‹ La Culture française en RussieChapitre 103 sur 518 · A. Vessélovski, L'influence occidentale..., p · texte numérisé non relu

A. Vessélovski, L'influence occidentale..., p

4. Zabiéline, Essais..., II, pp. 463 et suiv. — Messager historique, 1903, août 1902.

témir, mais son œuvre, suspecte d'impiété , a été aussitôt dénoncée par le clergé, puis condamnée, à diverses reprises, jusqu'au règne de Catherine II *. Mais le nom de ce temps qui domine tous les autres, c'est celui de Fénelon. L'Éducation des filles a déjà, vers 1760, les honneurs de trois traductions; Télémaque en a eu davantage, à commencer par celle de Trédiakovski, que ses lourds alexandrins couvrent d'un ridicule peut-être excessif, et à finir par celle de Zakharof, dont une phrase au moins a eu le même genre de succès, celle où il dépeint les « vieillards de Vun et Vautre sexe » assis aux portes de Tarente 2.

Dans la génération suivante, c'est Montesquieu qui est l'étoile. La légende veut que Kantémir l'ait connu pendant son séjour à Paris, et qu'il ait traduit les Lettres persanes ; il a fallu, en tout cas, la traduction de Miatlef, trente ans plus tard, pour que le Russe ignorant du français pût se reconnaître sous les traits du Persan Uzbekî La traduction de Y Esprit des Lois, toujours par Miatlef, et celle de Grandeur et Décadence des Romains par Radichtchef3, sont venues encore plus tard, alors que des œuvres telles que le Temple de Cnide , la Conversation avec mylord Chesterfield, le Dialogue de Sylla et d'Eucrate, etc., étaient depuis longtemps répandues partout4. Mais il ne faut pas voir en ce contraste une preuve de la frivolité du public; les petites œuvres étaient toujours les premières abordées par les traducteurs, précisément à cause de leur petitesse; les autres ne pouvaient intéresser que des lettrés qui, toujours, préféraient l'original à la traduction.

Voltaire est venu enfin, et s'il est faux de dire avec Casanova, qu'il « est, pour les Russes, toute la littérature française », il est vrai pourtant que, pendant plus d'un demi-siècle, ils n'ont

1. Maïkof, Études sur l'histoire de la littérature russe au XVIIIe siècle, p. 242.

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