Vie d'Ouchakof
éclipsent celles de La Fontaine, et son Numa Pompilius, traduit par Khéraskof, tourne à l'actualité politique; Pétersbourg n'a-t-il pas, lui aussi, une législatrice directement inspirée des dieux? Dans les petites revues, voici des traductions de Léocadie, de Héro et Léandre, de la Soirée espagnole1, etc., œuvres qu'on retrouve, en leur langue, dans toutes les bibliothèques des pétimétry. Viguel raconte avoir vu, vers 1789, celle de deux officiers du régiment Séménovski. « Il y avait là tout Florian, tout Dorât.... Ce n'étaient qu'amours et que roses... on n'y aurait trouvé ni livre militaire, ni livre russe 2. »
Après ces amours et ces roses, il faut mentionner les traités de morale, de facile morale, qui ont pullulé après 1770. Le mot de Diderot à Greuze : « Fais-nous de la morale, mon ami! » est devenu, en effet, la devise d'une foule d'écrivains qui, des petits vers, ont passé au prêche philosophique avec une aisance qui surprendrait si l'on ne retrouvait dans celui-ci le même fonds d épicurisme que dans ceux-là. La Russie a goûté ces moralistes comme elle les avait goûtés poètes; Bernis converti aux plaisirs des champs, Arnauld-Baculard, dénonçant la corruption des villes, tiennent compagnie, .dans les « Mélanges » des petites revues, à la Morale naturelle où Mme Necker remercie l'Amour d'avoir fait sortir l'homme du fond des forêts primitives3. Mais, à vrai dire, comme l'exemple vaut mieux que la théorie, on cherche des leçons de vertu, d'abord, dans les romans qui, depuis la Nouvelle Héloïse, ne sont plus que de la morale en action.
On a calculé que, sous Catherine II, on en avait traduit, de l'anglais, 6 ; de l'italien, 7; de l'allemand, 107; du français, 350 4. Ces chiffres démontrent, — même s'ils ne sont pas rigoureusement exacts — et notre avance, et la vogue d'un genre qui dé-