‹ La Culture française en RussieChapitre 11 sur 518 · Pypine, Histoire de la littérature russe, III, p · texte numérisé non relu

Pypine, Histoire de la littérature russe, III, p

neur des confédérés d'Augsbourg et, plus tard, juge inutile aux Russes la culture française. « J'ai besoin des Anglais sur mer, des Allemands sur terre, aurait-il dit, et des Français nulle part1. »

Ces légendes sont fondées, pour la plupart, sur des anecdotes rassemblées, longtemps après Pierre le Grand, par le Strasbourgeois Staehlin. On pourrait leur en opposer d'autres, citer l'affirmation de Matviéief que « le Czar, loin de haïr le Roi et la nation française... admire les vertus, la grandeur, la piété de S. M. T. C. 2 » ; citer Pierre le Grand lui-même qui, dans la tranchée, devant Vyborg, fait confidence au Danois Juel de son admiration pour Louis XIV, si grand et d'ailleurs si bien servi 3. En fait, dans ses sentiments comme dans sa politique, Pierre n'est jamais guidé que par des raisons d'intérêt russe. Quand ses rapports avec nous sont froids, c'est qu'il est en guerre avec nos clients suédois ou turcs, mais il voudrait que les choses pussent tourner autrement. En 1701, il témoigne au Français Du Héron « son désir véritable de s'unir d'une étroite amitié avec le roi Louis XIV, qu'il admire4 », et son ministre Patkul forme le projet de substituer, dans « le système français », la Russie à la Suède. Ses avances ne sont pas accueillies, et bientôt la France, fidèle à des alliances traditionnelles qui ne lui valent que des déboires, arme les Turcs contre lui. Le Tsar n'en revient pas moins, dès qu'est finie la grande mêlée européenne, à l'idée d'un rapprochement franco-russe5.

Quoi qu'il en soit, d'ailleurs, des fluctuations de sa politique, il ne songe pas à faire obstacle à notre influence. Comment le voudrait-il? Son rêve est d'européaniser la Russie, et justement

i. Soloviof, Histoire de Russie, XV, p. 73. — Staehlin, Anecdotes, passim.

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