‹ La Culture française en RussieChapitre 12 sur 518 · Société historique, XXXIV, p · texte numérisé non relu

Société historique, XXXIV, p

5. Id., Introduction, pp. VIII, IX, et plus loin, p. 29. — Alfred Rambaud, Instructions aux ambassadeurs, I, pp. 94, 155, 156.

l'Europe se francise1. Son ambassadeur Kourakine arrive à Vienne ; il y voit « César en habit français 2 ». Il va à Berlin : « le roi de Prusse s'y comporte en tout comme le roi de France » ; il faut, pour se présenter à la Cour, que Kourakine s'équipe chez des « marchands de galanteries » qui sont français3. Il se transporte à la Haye : les plésiry de cette capitale sont les mêmes qu'à Versalis. A Anvers, il loge au meilleur hôtel : c'est celui du Petit-Paris. A Bruxelles, on lui joue, en français, l'opéra et la comédie; il en est de même à Turin. Londres seul fait exception, dans une certaine mesure; encore les lettres qu'il y reçoit de Bolingbroke sont-elles en français4.

Comment, dans ces conditions, se passer de cette langue? En 1707, à Versailles, d'Iberville constate que Matviéief entend le français et, sans doute, le parlera bientôt8. A la même époque, Kourakine en est encore aux mots isolés, et, pour commencer, note les noms de tous nos vins, le Champagne en tête 6. Deux ans plus tard nous le voyons se munir d'un dictionnaire français, en quatre tomes, dont il ne peut se servir, d'ailleurs, qu'avec l'aide d'étudiants russes d'Amsterdam que, dès 1703, on a mis à l'étude de notre langue7. Quelques années plus tard, lors du voyage du Tsar en France, il sera seul, dans sa suite, à parler français à peu près couramment8.

Il va de soi que les hommes faits obligés de se livrer à ce travail l'imposent à leurs enfants. En 1708, la petite princesse Kourakine commence à la fois le français et la danse qui, pour les mondains, vont évidemment ensemble9. Mais on

1. Mercure galant, 1689, octobre, « une langue qui va devenir universelle ». CL Baldensperger, Études d'histoire littéraire.

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