Fone Vizine, Aveu sincère
plus grande partie du fonds sont françaises. Trédiakovski en est le législateur; c'est lui qui, la Lettre à V Académie de Fénelon à la main, classe les genres et numérote les casiers que les lettrés russes devront remplir pour élever leur pays au niveau de l'Occident : lui-même, tandis que Kantémir transporte Boileau dans ses satires, il donne le modèle russe de l'ode, en imitant, dans son Ode sur la prise de Danzig, celle du même Boileau sur la prise de Namur. Un peu plus tard, tandis que des écrivains de second ou de troisième ordre s'attaquent à nos fables et à nos romans, Lomonossof embouche la trompette de Jean-Baptiste Rousseau ; Soumarokof croit naturaliser, sur la scène russe, Racine et Molière, Nos héros grecs et romains, sévèrement enfermés dans le cadre des trois unités; nos Dorante, nos Léandre, nos Crispin, nos notaires et nos huissiers à verge défilent devant des spectateurs ahuris, qui les admirent peut-être, mais avec un manque de chaleur et de conviction que Soumarokof est bien obligé de constater dans la fameuse lettre où il montre, pendant ces représentations, le public des loges occupé à bavarder, et celui du parterre à casser des noix.
Au fond, l'intérêt de ces œuvres vides n'existe que pour la vingtaine d'écrivains qui s'y escriment ; les lettrés d'un goût un peu délicat ne voient, dans ces essais, que « les balbutiements d'un enfant innocent i » ; le public plus étendu ne se préoccupe que des idées qui lui arrivent à travers les imitations comme à travers les originaux. Or, que valent-elles, ces idées? que produisent-elles pour la Russie? C'est là le sujet de la longue querelle des gallophobes et des gallomanes.