‹ La Culture française en RussieChapitre 114 sur 518 · Corberon, I, p · texte numérisé non relu

Corberon, I, p

culture française parce qu'elle était alors la meilleure « savonnette à vilain » : maintenant que tout noble est savonné, ou à peu près, il faut autre chose pour sortir du commun. Or, par leurs succès politiques, par l'éclat de leur littérature, les Anglais disputent la première place aux Français; ils ont, d'autre part, des traditions hiérarchiques; tandis que deux gentilshommes français sont réputés égaux, un lord domine de haut la simple gentry, et cela plaît fort à certains aristocrates russes. Nous voyons donc, à partir de 1770, l'anglomanie se superposer, chez quelques-uns d'entre eux, à la gallomanie d'auparavant. Un comte Chérémétief, qui n'est « ni Russe par les manières, ni Français par la façon de penser », proteste qu'il aime ce qui vient de France, « hors les Français1 ». Le comte Orlof déclare, de son côté, qu'il est ridicule, pour des Russes, d'apprendre et de parler le français; à quoi le prince Chtcherbatof riposte « qu'on doit aimer sa nourrice », en pensant assurément à certain renard de la fable, qu'il ne cite pas, car c'eût été rappeler, en même temps que l'éducation négligée des Orlof, leur humble origine et quelques circonstances délicates2. D'ailleurs, ce n'est pas toujours par ignorance du français qu'on est gallophobe. Simon Vorontzof nous déteste; qu'un de ses correspondants lui écrive quatre ou cinq lignes en russe, il est obligé de confesser son embarras : « Je n'y ai pas compris un mot..., faites-moi l'amitié de ne jamais m'écrire qu'en français3 ».

Mais déblatérer contre la France n'est que la forme élémentaire de l'anglomanie. Les gens qui visent plus haut se font un masque impassible, parlent sec, et logent, dans leurs phrases françaises, des mots anglais qui leur donneront « la fermeté de l'esprit de la liberté •* ». D'ailleurs, ils ne l'apprennent guère, cette langue de la liberté; c'est tout au plus si l'on mentionne, dans

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