A. Vessélovski, L'influence occidentale..., p
la Russie de ce temps, trois ou quatre outchitels anglais '. Il suffît, pour acquérir le bel air, de traverser l'Angleterre à l'aller ou au retour de Paris, défaire, dans quelques lettres, l'éloge des vertus anglaises, des femmes anglaises, qui, seules, obéissent à leur époux, des lois anglaises qui protègent même l'étranger contre l'arbitraire des tchinovniks 2 , et de conclure enfin, comme Alexandre Kourakine, que si l'on n'était Russe, on voudrait être Anglais 3.
C'est un progrès, assurément, sur cet Ivanouchka de Fone Vizine qui veut qu'à défaut de son corps, son âme soit française4; les Ivanouchka ne disparaissent pourtant pas à côté des anglomanes, et même ils choquent moins. La raideur anglaise prend difficilement sur la vivacité slave, et quand elle a pris, elle déplaît; pour la masse des nobles, Fanglomanie, c'est la résurrection du miestnitchestvo d'autrefois, des rangs dans la noblesse. Quant à l'éloge des vertus anglaises, il ne porte guère, et le fait est que pour tout lecteur un peu lettré, il a, de bonne heure, quelque chose de conventionnel, de déjà lu. Qui, en effet, a créé l'Anglais excentrique et sensible, sinon l'abbé Prévost dans Cleveland? qui a proposé les lois anglaises à l'admiration du monde, sinon Montesquieu? qui lui a révélé les écrivains anglais, sinon Voltaire? En définitive, on peut dire que vers 1780, en Russie comme presque partout ailleurs sur le continent, l'anglomanie est le dernier vernis d'une éducation française très soignée.
Mais les Français ne se sont pas contentés de se proclamer déplorables modèles; ils ont aussi suggéré à la Russie qu'elle avait eu grand tort de rompre avec son passé. « Pierre le Grand
1. Ancienne et nouvelle Russie, 1878, III, p. 333, etc. — A. Vessélovski, ouvr. cité, p. 155.