‹ La Culture française en RussieChapitre 117 sur 518 · Hamilton, Mémoires de Grammoni · texte numérisé non relu

Hamilton, Mémoires de Grammoni

gances, qui, en enrichissant quelques manufactures de France et d'Angleterre, ruinent la Russie d'une manière cruelle1 ». Si du moins ces achats étaient faits une fois pour toutes î mais non, ils sont à refaire sans cesse, car les Français, qui créent la mode, la changent aussitôt que créée : un petit journal, dans un défilé d'hommes costumés chacun à la façon de son pays, fait arriver le Français tout nu, un coupon d'étoffe à la main, car il est entre la mode du matin et celle du soir2. Quelle chance alors, pour la Russie, d'avoir des productions naturelles dont elle ne profiterait pas sans les Français î « Nous échangeons nos inutilités contre leurs marchandises, écrit le Bourdon; à savoir, le lin, le fer, la graisse, la toile, contre ces choses indispensables, des épées à poignée de nacre, des tabatières, des dentelles, des manchettes, etc., etc.3. » Et, en effet, l'Italien Algarotti constate que « la France retire tout l'or que les Anglais laissent à Saint-Pétersbourg par le moyen de ses vins, de ses étoffes, de ses galons, et de tous ces brillants colifichets qui entretiennent le luxe de la Cour tsarienne 4 » .

De tous, le plus cher, c'est encore le Français lui-même. Que Fun d'eux condescende à venir en Russie, ce sera pour un salaire qu'aucun Russe n'obtiendra : « Je fais plus d'honneur à mon pays par mon théâtre, écrit Soumarokof, que les acteurs français et les danseurs italiens, et pourtant je suis moins payé ». Qui comptera ce que coûtent, et ces acteurs, et les écrivains que l'Impératrice comble de ses dons, et surtout ces innombrables précepteurs, qui élèvent la jeunesse russe, à grands frais, et Dieu sait comme ! %

Voilà la Mâcha qu'a formée une de nos mamzelki. Elle ne sait ni broder ni coudre — c'est bon pour des serves î — mais elle fait l'a roue comme un paon, chante comme un rossignol,

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