‹ La Culture française en RussieChapitre 119 sur 518 · Du même, Le Malheur d'avoir une voiture · texte numérisé non relu

Du même, Le Malheur d'avoir une voiture

et quels noms grossiers ! comme la délicatesse de mon ouïe en est affligée1! » Il se hâte donc de rebaptiser son intendant Klimenti, qui, devenu Clément et vêtu d'un « habit de bailli français », se montre aussitôt plus débrouillard, et peut-être aussi plus malhonnête, mais qu'importe à Firioulineî II est comme le prince, mis en scène par la Pamèla russe, qui reçoit moins bien un Russe bien élevé que le fripon français dont les friponneries lui permettent d'admirer, une fois de plus, l'ingéniosité naturelle aux Français2.

De la langue, le mépris de ce qui est russe passe naturellement aux habitudes, aux traditions, à l'histoire même de la Russie. Le Russe nouveau jeu ne veut rien savoir de ce qui précède Pierre le Grand. « Le Code du tsar Alexis! quelle bête est-ce là? » Le Réformateur lui-même, trop Hollandais, n'est pas loin d'être méprisé. Un jour, le Grand-duc Paul, qui a douze ans, et son précepteur Porochine parlent de lui avec des courtisans. Quelqu'un lui préfère Charles XII. Porochine, riposte que, selon Voltaire, Charles XII n'était digne que d'être le premier soldat de Pierre. « Vraiment? fait le grand-duc. Mais n'est-ce pas par flatterie que Voltaire a parlé ainsi? » — Porochine s'échauffe, cite une lettre de Pierre, qu'il trouve admirable, commence à la lire et s'arrête court en voyant que l'assistance se tient les côtes ; cette lettre est, en effet, adressée à un « Minger- Admirai », et signée Peter*.

Ce n'est pas tout. Le Russe dénationalisé qui demande « Pourquoi suis-je né Russe, ô nature4? » risque fort d'être un Russe démoralisé. Comment respecterait-il ses parents? « Quelles espèces! » s'écrie Ivanouchka quand il les revoit à son retour en Russie : « jmanmok! » répond-il à tous leurs reproches. La seule chose dont il ne se moque pas — après les

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